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Publié par Abbé Alain Arbez le 26 mars 2014

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Comme l’an passé, le Dies Judaïcus (Jour du Judaïsme), instauré par les Evêques suisses et fixé au 2ème dimanche de carême, a été célébré avec ferveur à St Antoine de Padoue, dans le quartier populaire de la Servette, Genève, dans une église comble.

Nous avons cette année voulu visualiser le fait historique et théologique que les trois branches du christianisme : catholique, orthodoxe et protestante, partagent le même héritage commun issu du judaïsme. L’assemblée très nombreuse était composée de personnes des trois appartenances chrétiennes, mais aussi de membres des communautés juives. Autour de moi, qui présidais la célébration, le pasteur Bernard Buunk, coéquipier dans le groupe de dialogue judéo-chrétien de Genève depuis plus de 20 ans, le père Habtom, prêtre copte orthodoxe dont la communauté célèbre son culte à l’église catholique St Hippolyte, et rabbi Hillel Habibi, d’Annemasse, participant comme spécialiste de la Mishna aux activités de relations judéo-chrétiennes de Genève.

La procession d’entrée a été magistralement accompagnée à l’orgue par Thierry sur des mélodies hébraïques de Ravel. Après les paroles de bienvenue à tous, j’ai entonné le chant pénitentiel Adoshem be hasdekha, soutenu par la chorale paroissiale pour introduire à l’écoute de la parole de Dieu. C’est le rabbi Hillel, revêtu du tallit, qui a cantilé la paracha de la Genèse sur la vocation d’Abraham, et tenant à la main une lumière en forme d’étoile de David. Le pasteur Buunk a ensuite lu le texte biblique en français et donné sa prédication, dont voici des extraits :

Répondant à l’appel de l’Eternel, Abraham, né à Ur en Chaldée, quitte sa ville avec toute sa famille pour s’installer dans le pays de la promesse. Il entrevoit que l’Eternel est unique et singulier et renonce au polythéisme. C’est pourquoi on le considère à juste titre comme le fondateur du peuple juif et il est significatif que de nos jours encore ceux qui se réclament du judaïsme sont appelés « enfants d’Abraham ».
Abraham: le premier ennemi de l’idolâtrie. Le premier rebelle à s’insurger contre le « système ». Le premier croyant. Seul contre tous, il se déclare libre. Seul contre tous, il brave le feu et la foule, affirmant que Dieu est un et qu’il est présent là où on l’invoque, que le secret du ciel rejoint celui de l’homme.

C’est par une vision que l’Eternel entre en contact avec Abraham. Cette rencontre se déroule dans la tente. Cela veut dire que l’Eternel se manifeste dans un cadre simple et familial. « Contemple donc le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter. Telle sera ta descendance » Cette scène est spectaculaire. Les étoiles sont innombrables. Ce n’est plus une affaire privée mais publique, mondiale, cosmique, L’Eternel n’est pas seulement un ami mais le Créateur dans toute sa majesté. Il y va du sort et de l’avenir du peuple élu. Il y va de l’avenir du monde.

Toutes ces étoiles sont au service de l’Eternel. Ces étoiles sont les sacrements de la Promesse de Dieu. Nous savons que l’eau du baptême, le pain et le vin de l’eucharistie sont les sacrements de la Parole de Dieu. Les étoiles sont les signes visibles et lumineux de la promesse. Abraham adhère à la promesse de l’Eternel. « Adhérer » est la traduction d’ « Amen » en hébreu. Dire Amen dans la liturgie c’est adhérer à la promesse de l’Eternel. Cette promesse n’a jamais été révoquée par l’Eternel. Tous les membres du judaïsme sont bénéficiaires de cette promesse hier, aujourd’hui et demain. Sans le peuple d’Israël, le monde n’aurait plus d’avenir. Chaque Juif est le signe visible de la promesse accordée à Abraham. Les chrétiens sont les cohéritiers de cette promesse. C’est grâce à cette promesse que nous sommes invités à respecter et aimer le peuple juif.

Le psaume qui suivait était : « Ah ! qu’il est bon d’être ensemble comme des frères »…Sophie Ellen et son petit groupe de chant a lancé le refrain originel Hine ma tov hou manaîm joyeusement repris par l’assemblée.

Puis le groupe d’enfants orthodoxe a magnifiquement accueilli l’évangile avec ses tambours liturgiques, et le père Habtom a chanté dans le rite copte l’acclamation de la Bonne Nouvelle. (L’assistance n’a pu s’empêcher de les applaudir !) Il s’agissait de l’évangile de la Transfiguration, proclamé par François, montrant Jésus rayonnant et entouré de Moïse et d’Elie, auquel Pierre propose de mettre en place trois tentes, comme durant l’Exode. Voici quelques éléments de ma prédication qui a développé ce thème fondamental :

Jésus est un rabbi qui réunit autour de lui des disciples attentifs. Ceux-ci doivent se poser beaucoup de questions en le voyant et en l’écoutant, et ils se demandent : au nom de qui et de quoi Jésus se comporte-t-il comme il le fait? D’où lui vient cette étonnante manière d’actualiser la parole de Dieu?

Et c’est sur ce chemin de formation et de questionnement qu’a lieu ce qu’on appelle la Transfiguration, pour Pierre, Jacques et Jean ; une partie du mystère s’éclaire à leurs yeux, sur la montagne. Non pas les yeux de la chair, mais les yeux de la foi. La montagne, dans la tradition biblique, c’est toujours un lieu spirituel, l’espace où la terre et le ciel se rejoignent. Avec la nuée qui n’est pas celle de la météo, mais qui rappelle l’exode, la présence de Dieu est perceptible par son peuple, mais d’une manière voilée.

C’est en effet lors de l’épisode fondateur du Sinaï que l’alliance entre Yahvé et Israël s’écrit en lettres de feu sur les tables de la Loi (Brit esh). La torah, est une loi génératrice de nouvelle harmonie dans les relations humaines, une éthique bienfaisante, que les prophètes aimeraient tant voir accueillie dans toutes les nations pour les libérer de la servitude des idoles. Cette loi, présentée dans le 1er testament, Jésus a toujours précisé qu’il ne voulait surtout pas l’abolir ; et ainsi, elle reste d’actualité pour tous les membres de l’alliance, juifs et chrétiens, chacun selon sa tradition.

Lors de la transfiguration, c’est ce qui donne à son visage cette clarté saisissante, et c’est pour cette raison qu’apparaissent à ses côtés Moïse et Elie, la loi et les prophètes, on pourrait dire « toute l’israélité » de Jésus et de son message. Non seulement la Loi et les prophètes, mais le Dieu d’Israël lui-même, viennent authentifier la mission de Jésus. La prière du « Shema Israel » traditionnel, « écoute Israël » s’actualise ainsi dans l’appel à l’écoute du Fils: « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le! »

Et voici que Pierre propose de mettre en place trois tentes pour ce moment privilégié. Pourquoi trois tentes? C’est là encore une évocation du temps de l’Exode, quand le peuple accompagné par Dieu chemine vers la Terre promise; car lors de cette étape de purification au désert, les Israélites habitent des huttes provisoires, et même l’arche d’alliance a sa cabane spéciale : le Mishkan, où elle est transportée et honorée.

Cette demande de Pierre signifie que la vie du croyant est toujours un cheminement vers l’étape finale des temps nouveaux. C’est le sens de la fête de Soukkôt : nous sommes des pèlerins en marche vers notre accomplissement. En tension créatrice entre le monde présent « olam ha zè », et le monde à venir : « olam haba »… Pour les gens de la Bible, la tente c’est aussi le lieu privilégié de l’hospitalité, de l’accueil, où l’on partage les galettes de pain avec l’huile et le sel, ainsi que l’eau, comme beaucoup l’ont fait, par exemple Abraham au chêne de Mamré avec ses trois visiteurs mystérieux. Les 3 tentes et la halte que propose Pierre, c’est l’invitation – très utile à notre époque de la vitesse et du stress- à savoir s’arrêter, faire étape, pour prendre le temps de nous connaître les uns les autres, et également, de mieux connaître la Parole de Dieu, afin de nous diriger vers ce qui est essentiel. Le repos du 7ème jour (le shabbat) a d’ailleurs été institué précisément pour cela, comme temps du repos, moment privilégié du culte rendu à Dieu, temps de la rencontre avec soi-même et avec les autres.

Ce passage de l’évangile de la Transfiguration a été choisi volontairement pour soutenir la démarche du dies judaïcus. Car il nous indique qu’on ne peut pas déjudaïser la personne de Jésus, comme cela a été fait hélas durant des siècles, avec les terribles dérives que l’on sait. Le concile Vatican II a rejeté tout antijudaïsme, il a condamné la fausse approche selon laquelle l’Eglise remplacerait Israël, et l’accusation mortifère de déicide a été définitivement abolie. Depuis 1965 donc, à la suite de l’initiative inspirée prise par Jean XXIII, les papes Jean Paul II, Benoît XVI et maintenant François, continuent cette œuvre d’assainissement et de refondation des relations entre chrétiens et juifs. Du chemin reste encore à faire.

Nous savons que ces retrouvailles entre chrétiens et juifs représentent une chance nouvelle pour l’annonce au monde d’un Dieu ami de l’humanité, un Dieu qui inspire le respect de l’autre, la paix et la réciprocité – alors que, au nom de la religion, des fanatiques belliqueux manifestent de plus en plus leur haine avec leurs cortèges d’attentats et d’atteintes aux droits de l’homme. Il faut aussi être vigilants devant un antisémitisme qui s’affiche par des insultes, des agressions, des slogans dignes des années 30.

Ensemble chrétiens et juifs tenons le flambeau des 10 commandements pour apporter de la lumière humaniste là où règnent l’obscurantisme des bassesses de toutes sortes, l’agression des plus faibles, le chacun pour soi, la soif de pouvoir et l’impunité. Face aux nuages noirs qui enténèbrent l’horizon, nous avons un trésor spirituel commun rayonnant de lumière, hérité des pères dans la foi. Sachons nous en inspirer dans nos traditions respectives, pour lutter contre ce qui bafoue la dignité humaine et continuer d’ouvrir des chemins d’espérance.

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Le symbole des Apôtres a ensuite été récité, rappelant la première génération apostolique et le coup d’envoi du message. Puis la prière universelle à été dite par des participants chrétiens et juifs. Les intentions bien ciblées insistaient sur le retour aux sources juives comme clé incontournable du véritable œcuménisme entre les trois branches chrétiennes. On a prié aussi pour que les jeunes générations – aux prises avec la mondialisation et le manque de repères éthiques – prennent conscience de tout l’apport des valeurs bibliques, moteur humaniste de la civilisation occidentale. A été également évoquée la prochaine visite du pape François dans l’Etat d’Israël et sur les terres ancestrales du peuple juif depuis 4000 ans. Avec aujourd’hui le désir que la paix se réalise pour tous les habitants de cette région, quels qu’ils soient, mais pas à n’importe quel prix.

La suite de la célébration eucharistique a été marquée par le chant du sanctus en hébreu : Kadosh, Kadosh, Kadosh, Elohim tsevaot. Avant la communion où la matsa consacrée serait distribuée aux fidèles, le chant Agneau de Dieu, (seh ha Elohim), puis le shalom signifié par de chaleureuses poignées de mains entre prêtres, pasteur, rabbin – geste communiqué à toute l’assemblée, accompagné par « Shalom alekhem » chanté par Sophie Ellen et son groupe. Cette cérémonie œcuménique particulière a été conclue par la prière pour les Juifs et les Chrétiens (voir ci-joint) dite par le pasteur Buunk, et la bénédiction finale (celle d’Aaron, au livre des Nombres) a été adressée unanimement à l’assemblée par le prêtre catholique, le pasteur protestant, le prêtre orthodoxe et le rabbin. Puis l’orgue a interprété l’émouvant Hatikva, pendant que le public quittait l’église et saluait les ministres présents.

CONFERENCE DE L’APRES-MIDI :
A 15h00 une conférence propre au thème du jour fut donnée à l’église St Antoine, la première partie par moi-même et la seconde par le pasteur Buunk.

1/ « Les relations entre chrétiens et juifs au cours des siècles »
2/ « La problématique de l’Eglise protestante en Allemagne durant le nazisme, selon l’analyse du théologien Marquart »
Une cinquantaine de personnes de diverses obédiences étaient présentes à cette conférence et les échanges successifs furent intéressants et constructifs.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour Dreuz.info, Genève.

Relations avec le judaïsme
Commission nationale judéo-catholique de la Conférence des Evêques suisses

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