FLASH
Le géant de l’acier United States Steel annonce : « maintenant que Trump élu, nous allons investir et réembaucher jusqu’à 10 000 personnes »  |  Viola Desmond, activiste noire engagée dans la défense des droits des noirs, va apparaître sur le dollar canadien, première femme sur un billet de banque  |  Les premiers avions de combat F35i sont en route vers Israël, premier Etat au monde à être livré  |  L’espérance de vie a baissé de 78.9 à 78.8 ans aux Etats-Unis en 2015 (mais progresse régulièrement depuis 1990)  |  Australie : les tapis de prière d’un hôpital de Sydney vont être nettoyés après que du bacon ait été posé dessus  |  L’ex-ministre Michèle Alliot-Marie (0 chances d’être élue) annonce sa candidature à la présidentielle  |  Fraude fiscale : Jérôme Cahuzac condamné à trois ans de prison ferme  |  Grèce : la Cour bloque l’extradition de 2 soldats turcs suspectés de complicité du coup d’Etat  |  Les forces israéliennes ont arrêté une cellule du Hamas qui s’apprêtait, depuis la Judée, à commettre attaques et kidnappings  |  Sondage Gallup: 47% des Américains sont pour le droit à l’avortement, 46% sont pro-vie  |  Où l’on apprend que Trump a eu plus de 30 heures de conversations téléphoniques avec Obama depuis son élection  |  Sondage : le taux de popularité de Donald Trump est monté à 50%, celui des médias est tombé à 6%  |  Après l’attentat islamique de l’université, le Sénat de l’Ohio autorise le port d’arme pour les étudiants  |  Trump annonce qu’il va chercher à faire baisser le prix des médicaments – la bourse réagit en baisse  |  Trump veut demander avis à Obama en raison de son expérience, pour de futures nominations  | 
Rafraichir régulierement la page
Publié par Dreuz Info le 27 mars 2014

poutine

Les « grands » media généralistes et officiels ont rapporté à peu près tout et n’importe quoi concernant les événements récents en Ukraine et en Crimée. Je sépare les deux entités car la Crimée est aujourd’hui de facto russe. Elle est russophone dans son immense majorité et veut son rattachement à la « Matoushka Rossiya » (la Mère Russie) pour toujours.

Les vues de Poutine quant à l’Histoire de la Russie sont tronquées

Cependant, il serait bon de revenir sur certaines parties du discours du Président Vladimir Poutine adressé récemment à la Douma pour annoncer et célébrer la réintégration de la Crimée à la Russie. Cela vaut la peine de s’y intéresser afin de constater ô combien les vues du Président Poutine quant à l’Histoire de la Russie sont tronquées, voire complètement erronées, ainsi que de mettre en relief la nouvelle idéologie officielle du régime russe, désormais faite d’un étrange mélange de victimisation et d’hyper-nationalisme agressif.

A propos de l’Ukraine continentale, Poutine semble laisser entendre qu’il n’a pas l’intention de diviser le reste du pays et qu’il en restera là. A l’écouter, on pourrait se prendre à en oublier que la Russie est et a été pendant des siècles le plus grand pays du monde après avoir conquis ses vastes territoires par cet expansionnisme impérialiste qui la caractérise, souvent accompagné de génocides et de nettoyages ethniques. Le Président Poutine préfère présenter la Russie comme un pays qui doit être en permanence sur ses gardes, comme une victime à la fois des Occidentaux et des errements du communisme.

« En un mot, nous avons toutes les raisons de croire que la politique de « containment » pratiquée à l’égard de notre Russie aux 18ème, 19ème et 20ème siècles se poursuit encore de nos jours. Ils [les Occidentaux] s’évertuent constamment à nous mettre dans des situations difficiles parce que nous osons avoir des vues différentes des leurs, parce que nous osons les défendre et parce que nous osons appeler les choses par leur nom, sans hypocrisie », déclare Poutine.

Selon Vladimir Poutine, après la Révolution de 1917, ce fut le tour des Bolchéviques de s’en prendre à la Russie. Cependant, Poutine ignore parce ce que cela l’arrange bien, que l’immense majorité des Bolchéviques étaient russes et que le parti fondé par Lénine était russe de par sa nature institutionnelle. Mais ceci n’est sans doute qu’un petit détail.

Et Poutine de déclarer : « Les Bolchéviques, pour un certain nombre de raisons – que Dieu ait pitié d’eux – ont cédé de grands territoires du sud historique de la Russie à la République d’Ukraine sans tenir aucun compte de l’origine ethnique des populations vivant sur ces terres qui forment à présent le sud-est de l’Ukraine. Ainsi, en 1954, la décision fut prise de transférer la Région de Crimée à l’Ukraine….Ce qui importe aujourd’hui est que cette décision fut prise en violation flagrante des bases constitutionnelles qui étaient en vigueur même à l’époque ».

Encore une fois, force est de constater l’impressionnante myopie historique de Poutine : la décision de Nikita Khrouchtchov d’offrir la Crimée à la Russie était bel et bien constitutionnelle, aussi constitutionnelle que tout ce que n’importe quel autre dirigeant communiste a pu faire durant la période soviétique. Le pouvoir soviétique reposait lui-même sur l’illégalité, sur l’imposture et sur les violations des droits humains civils et politiques. Si Khrouchtchov avait tort, c’est seulement parce que l’URSS était elle-même une imposture et n’aurait jamais dû être créée en premier lieu.

La Russie a conquis le Khanat des Tatars de Crimée en 1783 pour ensuite chasser sa population

Il est également bien peu surprenant que le discours de Poutine passe sous silence le fait que l’impérialisme russe ait presque réussi à exterminer les Tatars de Crimée. La Russie avait conquis le Khanat des Tatars de Crimée en 1783 pour ensuite chasser cette population de sa terre ancestrale et y installer des Russes. Des dizaines de milliers de Tatars ont péri.

Cet article vous a intéressé ? Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir les nouveaux articles de Dreuz, une fois par jour en fin d’après-midi.

Deux tiers ont dû quitter la Crimée.

En 1944, le nettoyage ethnique fut achevé lorsque Staline, dans un élan de générosité constructiviste si caractéristique des régimes gauchistes, chassa les quelque 200 000 âmes que comptait alors la population tatare vers l’Ouzbékistan et d’autres régions d’URSS. Près de la moitié moururent en chemin. Ce n’est qu’à la fin des années 1980 que les survivants et leurs descendants purent regagner leur ancien territoire tout en devant affronter la nouvelle réalité que leurs terres et leurs maisons étaient à présent occupées par des Russes.

Oui, les Tatars de Crimée sont musulmans. Mais les Russes font pareil avec les autres peuples et ethnies qui la composent. Par exemple, l’Oblast juif autonome du Birobidjan fut créé selon la même logique de déportation et d’isolement. Même chose pour les Allemands de la Volga (colons invités par Catherine II, elle-même allemande) déplacés par le régime stalinien au Kazakhstan au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Selon Poutine, la Crimée compte beaucoup pour la Russie car « les tombes des soldats russes dont la bravoure a permis à la Crimée d’intégrer l’empire russe se trouvent aussi en Crimée. Et puis, il y a Sébastopol, cette cité héroïque à l’histoire exceptionnelle, une forteresse qui a servi de berceau à la Flotte de la Mer Noire, qui symbolise à elle seule la gloire militaire incomparable de la Russie ».

Quid des Tatars de Crimée ? Et Poutine ajoute : « Il est vrai qu’il fut un temps où les Tatars de Crimée étaient maltraités, tout comme les autres peuples de l’URSS. La seule chose que je puisse dire ici est que des millions de gens d’origines ethniques diverses ont souffert durant les répressions et surtout les Russes ».

Le caractère mensonger des propos de Poutine est à son comble

Ainsi les Tatars de Crimée n’ont pas seulement été maltraités par on ne sait trop qui. En réalité, ils ont été soumis au génocide par l’empire totalitaire russe. Les Russes ont souffert, c’est vrai, mais les plus grandes souffrances ont été infligées aux Ukrainiens et aux Polonais (voir le livre « Bloodlands*» de Timothy Snyder, historien à l’Université de Yale), sans oublier les fameux pogroms antisémites sous l’Empire des Romanovs des 19ème et 20ème siècles. Stéphane Bern, le marquis de France 2, nous dit que les tsars n’y étaient pour rien. Peut-être … mais ils ont laissé faire.

En dépit de toutes ses faiblesses passées et présentes, Poutine nous assure que la Russie est de retour en force, c’est le moins qu’on puisse dire, plus folle de rage que jamais et désormais décidée à ne plus se laisser humilier. Cette Russie, la nouvelle Russie, est à la fois victime et tyran : « Aujourd’hui, nous devons en finir avec l’hystérie, renoncer à la logique de Guerre Froide et reconnaître un fait évident : la Russie est un acteur indépendant de la vie internationale et, comme les autres pays, elle doit défendre ses propres intérêts et ceux-ci doivent être reconnus et respectés ».

Ensuite, et c’est assez remarquable, Poutine adopte un ton plus conciliant envers l’Ukraine. Naturellement, il dénonce le nouveau gouvernement démocratique qu’il considère illégitime car aux mains de fascistes, et réaffirme l’obligation qu’a la Russie d’aider les Russes de Crimée à se défendre contre les agressions supposées de ces « rapaces ».

“J’en appelle au peuple d’Ukraine. Je souhaite sincèrement que vous compreniez : en aucun cas nous ne voulons vous faire de mal, ni insulter votre sentiment national. Nous avons toujours respecté l’intégrité du territoire national de l’Etat ukrainien… Ne croyez pas ceux qui veulent vous terrifier en brandissant la menace russe, ni ceux qui crient haut et fort que les autres régions suivront le même chemin que la Crimée… Nous voulons une Ukraine forte, souveraine et indépendante… Nous voulons la paix et l’amitié avec l’Ukraine et ensemble avec les autres pays nous sommes prêts à coopérer pleinement à cette fin. Mais je vous le répète : seuls les Ukrainiens sont capables de mettre de l’ordre dans leur propre maison ».

Si ces mots sont sincères, alors ils constituent un démarquage important par rapport aux menaces proférées par Poutine lors de sa conférence de presse du 4 mars dernier où il déclarait qu’ « il n’est pas inquiet » quant à un conflit armé avec l’Ukraine. Effectivement, si ses mots sont sincères, Poutine a bien dit qu’il n’envahirait pas le reste de l’Ukraine et ne tenterait pas d’annexer ses provinces du sud-est.

Poutine est-il vraiment sincère ? N’est-ce qu’un écran de fumée avant une agression de plus grande ampleur ? Personne ne peut le dire avec certitude. Mais Poutine a suffisamment montré ses intentions belliqueuses envers l’Ukraine, et la communauté internationale ferait bien de lui rappeler très fermement que lorsque la tentation d’agiter le sabre aux frontières de l’Ukraine et de soulever les provinces du sud-est lui deviendra irrésistible, elle sera là.

En Occident, Poutine se présente comme un défenseur des grandes valeurs conservatrices qui ont fait la force de nos pays. S’il a certes raison sur certains points, il devrait d’abord appliquer ces valeurs chez lui. Ainsi l’avortement, le divorce, l’abandon, l’inceste, la pédophilie, la drogue, ont fait et font des ravages en Russie. La vie humaine et la liberté n’y ont toujours pas la même valeur qu’en Occident. L’Etat est toujours dirigiste, et ses intrusions dans la vie privée toujours aussi nombreuses et injustifiées. Que les Conservateurs et Néo-conservateurs ne se laissent jamais prendre dans les filets de cette propagande aussi cynique que grotesque.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Mandrake pour Dreuz.info.

* En achetant le livre avec ce lien, vous bénéficiez d’une remise de 5%, et vous soutenez Dreuz qui reçoit une commission de 5%.

Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz