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Publié par Dreuz Info le 27 novembre 2016

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Après La guerre de six jours* (2011) et La Politique, la politique considérée comme souci* (2014), les éditions Les provinciales publient à nouveau un texte du fondateur de La Nation Française, Pierre Boutang.

Cette réédition de Reprendre le pouvoir, paru une première fois en 1978 aux éditions Le Sagittaire, est précédée d’une remarquable introduction d’Olivier Véron, révélant le texte de Boutang à la lumière, notamment, du sens politique du mariage.

Il apparaît en effet que les dernières attaques portées contre la famille traditionnelle – mariage homosexuel-pour-tous – confirment certain pressentiment de Boutang, son attachement à la filiation et à l’origine comme conditions de l’accomplissement politique de l’homme. Contre la soumission à un libéralisme des mœurs mortifère, la souveraineté passe par la famille, la différence des sexes, la parenté échappant à tout constructivisme.

Déconstruction, déracinement, déculturation : la molle Europe, l’Occident techno-débile, sont aujourd’hui encore les jouets des Modernes lesquels n’ont de cesse de préparer le terrain aux nouveaux totalitarismes, réduisant toujours plus en nous « la part de l’origine, sa puissance politique, sa souveraineté obsédante. »

Philosophe, théoricien politique, traducteur, poète et romancier, engagé aux côtés du Général Giraud pendant la guerre avec lequel il préparera le débarquement américain en Algérie, Pierre Boutang est un homme de la trempe d’un Jünger et un penseur dont l’œuvre est à découvrir impérativement en ces temps obscurs de « panmuflerie sans limites »1.

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Avertissons tout de même le lecteur pressé, « l’énorme médiocratie alphabète », le réac post-moderne nourri aux réseaux sociaux et aux livres jetables, Reprendre le pouvoir est une lecture exigeante, un livre qui nous lie, et nous oblige : Boutang, philosophe chrétien, philosophe de combat, être rayonnant, y élabore et développe une théorie du pouvoir salvateur.

« Celui qui peut, celui qui détient, ou réinvente, un pouvoir, sauve, est né pour sauver : sauve qui peut. »

Mais, cher lecteur profane qui, de philosophie, ne sait plus, tout comme nous, que les vieux rudiments ânonnés en classe de lycée : ne passe pas ton chemin, car lire Boutang aiguise l’esprit et affûte l’âme ! Si les pages ne se tournent pas si vite, qu’elle se froissent entre nos doigts maladroits et devant nos cervelles mal dégrossies, en donnant l’impression d’être si denses qu’elles en seraient parfois impénétrables, ne boudons pas le plaisir de saisir, par fulgurances ou persévérance, de précieuses, jubilatoires, coruscantes et lumineuses pensées. Car cet or spirituel purifie et éclaire infiniment tout l’antre où gisent nos maigres savoirs amassés.

Et puisque nous ne prétendons pas être de taille à proposer une juste recension de cet immense texte, laissons parler Boutang et soyons les témoins de la force de cette parole vivante, à travers un extrait de la postface :

« Et nous qui essayons d’être chrétien, sans renoncer à une foi politique, qu’oserons-nous proposer, indiquer à l’horizon du désir, qui ne soit objet premier du mirage ? La réflexion sur Foucault nous a, bizarrement, conduit à l’idée, ou au mythe d’une légitimité révolutionnaire, d’une révolution pour instaurer l’ordre légitime et profond. Ce n’est pas que nous n’éprouvions du dégoût pour le mot de révolution. Nous savons d’expérience comment elles se terminent toutes, et nous n’envions, pour nous ni pour nos fils, les prestiges de leur commencement. Il y aurait pire que l’usage – indirect ou adjectif – de ce mot : ce serait l’illusion que la société par nous héritée, puis empirée, est compatible avec une légitimité quelconque, qu’un État légitime peut être greffé ou plaqué sur cette désolante pourriture. Mais, si corrompue qu’elle soit par le mal universel de l’usure (plus encore que par la pornocratie et l’alphabétisme idiot), chaque enfant d’une race et d’une langue, chaque nouveau-né recommence l’énorme aventure, retrouve la chance de tous les saluts ; le tissu premier de la politique, la source et l’objet du pouvoir sauveur, c’est la naissance. Chaque naissance dans une famille est le modèle idéal et réel des renaissances nationale ; l’apparition effective d’une telle renaissance exige la conjonction (…) d’un état de la corruption ploutocratique avec une décision de rétablissement de la nature politique et du droit naturel. Que cette conjonction doive être héroïque, cela résulte de l’extrême contrainte exercée, à l’âge moderne, par l’extrême artifice, et par les techniques d’avilissement. Le noyau naturel de notre présence terrestre est attaqué de telle sorte que la nature même ne peut plus être que l’objet d’une reconquête. Que cette reconquête puisse demeurer pacifique est probablement une illusion dont les écologistes sérieux ne soutiennent pas la vraisemblance.

Lorsque « l’âge de l’homme » décrit (…) par Vico, tombe, à l’occasion de l’un des ricorsi, bien au-dessous des Lumières, et produit la société d’usurpation et de mensonge que nous connaissons, il n’y a plus qu’à attendre et préparer activement le nouvel âge héroïque. (…) Une théorie du pouvoir associée à une foi politique doit prévoir quelle entropie elle peut supporter et risquer, et quelle « néguentropie » elle apporte avec elle, comme toute décision vivante. Il doit – on est tenté de dire il va – y avoir un moment où survivre dans cet état de pourriture apparaîtra, dans un éclair, comme indigne et impossible. Cette prévision ne diffère de celle des marxistes que par les sujets de l’impossibilité vécue : là où les marxistes les délimitaient comme prolétariat victime du salariat, nous reconnaissons en eux les Français (et les diverses nations d’Europe selon une modalité particulière), en tant qu’hommes empêchés de vivre naturellement, soumis à des objectifs étatiques tantôt fous, tantôt criminels. Quelques-uns parmi eux sont capables de guetter la conjonction libératrice, mais, à l’instant élu la communauté tout-entière, par l’effet de l’universelle agression qu’elle a subie, peut être capable de consentir à la décision d’initier un nouvel âge héroïque. (…)

Un « nouveau Moyen Âge » comme l’ont entrevu Berdiaeff et Chesterton ? Les ricorsi ne sont pas de pures répétitions ni même de simples renouvellements. Sûrement : une manière de rendre vaine l’opposition de l’individualisme et du collectivisme, telle qu’en usent, pour leurs courtes ambitions, les barbares et les freluquets. L’âge des héros rebâtira un pouvoir ; il n’est pas de grand siècle du passé qui ne se soit donné cette tâche : même aux âges simplement humains, où les familles, lassées de grandeur, confiaient à quelque César leur destin, à charge de maintenir le droit commun, le pouvoir reconstruit gardait quelque saveur du monde précédent. Notre société n’a que des banques pour cathédrales ; elle n’a rien à transmettre qui justifie un nouvel « appel aux conservateurs » ; il n’y a , d’elle proprement dite, rien à conserver. Aussi sommes-nous libres de rêver que le premier rebelle, et serviteur de la légitimité révolutionnaire, sera la Prince chrétien. »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gédéon Pastoureau pour Dreuz.info.

Pierre Boutang, Reprendre le pouvoir (présenté par Olivier Véron), Les provinciales, 224 p., 2016 (1977 pour la première édition)

Acheter le livre sur le site de l’éditeur : Les provinciales.

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