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Publié par Magali Marc le 2 janvier 2017

Selon ce texte de Leonid Bershidsky*, publié le 25 décembre dernier, les réussites de Poutine en 2016 risquent de ne pas se répercuter sur la nouvelle année, si les mauvaises nouvelles s’accumulent.

Car le Président russe devra veiller à ce que la vie quotidienne des citoyens de la Russie connaisse des améliorations.

J’ai traduit ce texte pour les lecteurs de Dreuz.

«On pouvait s’attendre à ce que le président Vladimir Poutine montre sa satisfaction face aux événements qui ont tourné en sa faveur en 2016. Mais lors de sa traditionnelle conférence de presse de fin d’année vendredi passé, Poutine semblait plus fatigué que triomphant. Il semble qu’il ait préféré détourner l’attention de la géopolitique— un domaine dans lequel il a apparemment excellé cette année— au profit des détails de gestion interne en Russie. Poutine sait qu’il a marqué des points, mais il n’a pas encore gagné.

S’il n’a pas été nommé l’homme de l’année, Poutine mérite sûrement le titre de troll de l’année.

Si les histoires d’ingérence de la Russie dans la campagne présidentielle des États-Unis sont vraies, il a réussi à se moquer de la démocratie américaine et à frotter le nez des Américains dans les imperfections de leur système.

Si elles ne sont pas vraies, c’est encore mieux pour Poutine. Dans ce cas, il aura réussi à donner l’impression qu’il représente une menace majeure sans avoir à lever le petit doigt.

Interrogé sur l’élection pendant la conférence de presse, il s’est moqué des Démocrates mauvais perdants qui préfèrent attribuer leur défaite à des «facteurs externes» ; rejetant ainsi les accusations de certains observateurs américains.

Le rôle supposément joué par Poutine afin de favoriser la victoire du républicain Donald Trump l’a également aidé à effrayer les Européens.

Le gouvernement allemand pense que Poutine pourrait essayer de perturber les élections de l’an prochain. Des nationalistes autrichiens se sont rendus à Moscou pour signer un «accord de coopération» avec le parti de Poutine, Russie Unie.

Les deux candidats en tête de l’élection présidentielle française sont des fans de Poutine. Son égo a été flatté à bon marché.

L’Ukraine reste enfermée dans un conflit et son système politique semble imploser, alors que le président Petro Poroshenko et son équipe se sont révélés être des gouvernants post-soviétiques aussi corrompus et vénaux que leurs prédécesseurs soviétiques.

Lors de la conférence de presse, Poutine s’est moqué de l’Ukraine, disant qu’un pont qu’il avait fait construire lors de l’annexion de la Crimée servirait aussi pour l’Ukraine après qu’une «normalisation des relations» avec Moscou soit intervenue.

Il s’est aussi moqué des tentatives de l’Europe d’inclusion de l’Ukraine, disant qu’il accueille favorablement les permis de déplacements sans visa pour les Ukrainiens qui veulent aller en Europe dès l’an prochain, mais que l’Union européenne devra permettre aux Ukrainiens de travailler parce que c’est ce qu’ils voudront y faire.

En Syrie, Poutine a aidé le Président Bashar al Assad à regagner Alep, contribuant à redessiner l’équilibre des forces et à minimiser l’influence américaine.

En conséquence, les puissances du Moyen-Orient, y compris les alliés des États-Unis, en sont venues à le considérer comme un acteur important dans la région pour la première fois depuis la disparition de l’Union soviétique. L’Arabie saoudite a même conclu un accord avec la Russie concernant les réductions de production pétrolière— ce qui aurait paru impossible il y a seulement trois ans.

Et Poutine n’a pas eu à payer cher pour acquérir cette nouvelle importance sur la scène internationale.

Les Russes n’ont perdu que 25 soldats en Syrie et ont dépensé entre 2,5 millions et 4 millions de dollars par jour, un montant raisonnable en comparaison avec le budget de la défense russe qui se montait à 51 milliards de dollars en 2016.

En fait, en dépit de tout ce qui a été dit au sujet des crimes de guerre commis par les Russes et de leur brutalité, les données de l’Observatoire syrien des droits de l’homme montrent que l’intervention russe n’a pas augmenté le nombre de morts de la guerre syrienne cette année. 46 442 personnes ont été tuées en 2016 contre 55 219 en 2015 et 73 447 en 2014.

Alors pourquoi, en cette fin d’année, Poutine semblait-il si réticent à crier victoire ?

Même sa déclaration jeudi dernier à l’effet qu’«aujourd’hui nous sommes plus forts que n’importe quel agresseur potentiel» était sans doute plus provocatrice que réellement vantarde.

Le porte-parole du Département d’État des États-Unis, John Kirby, s’est cru obligé de répliquer en faisant l’éloge de l’armée américaine, ce qui a permis à un Poutine ironique de souligner lors de sa conférence de presse qu’il ne parlait que d’agresseurs.

Une des raisons de son attitude plutôt humble pourrait être que Poutine n’a pas encore récolté les récompenses tangibles que devraient lui devoir ses succès apparents.
Poutine, à la différence de beaucoup de ses partisans, n’a pas réagi avec une joie débordante lors de la victoire électorale de Trump.

C’est qu’on ne sait pas encore réellement comment le milliardaire imprévisible se comportera envers la Russie et dans quelle mesure il sera contraint par l’attitude hostile de l’establishment républicain et des démocrates.

Le choix par Trump du PDG d’Exxon Mobil, Rex Tillerson, comme Secrétaire d’État fait l’objet d’une enquête empreinte de scepticisme par le Sénat.

Les intentions de Poutine concernant les sanctions liées à l’Ukraine ne sont pas claires— il n’est pas revenu sur cette question depuis une réponse qui ne l’engageait à rien à la question d’un journaliste, en juillet dernier.

En 2017, Poutine pourrait établir une relation amicale avec Trump ou au contraire se quereller avec lui.

L’UE a prolongé les sanctions contre la Russie. La popularité des alliés nationalistes et eurosceptiques de Poutine en Occident demeure une menace latente pour l’establishment.

En Autriche, le Parti de la Liberté, dont les dirigeants sont venus récemment à Moscou faire des courbettes, vient de subir une douloureuse défaite électorale, perdant la course à la présidence.

Le Brexit n’a pas produit un gouvernement favorable à Poutine au Royaume-Uni.
Il est possible qu’en 2017, les partis nationalistes ne réussissent pas à se faire élire aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, mettant fin à l’effet post-Trump.

Le Français François Fillon pourrait se révéler moins pro-russe, une fois élu président, que lors de ses années dans l’opposition. Son objectif immédiat pourrait être de maintenir l’unité de l’UE, or l’unanimité des Européens concernant les sanctions russes est devenue un test décisif d’unité.

Poutine a bien essayé de démontrer que les sanctions étaient devenues lettre morte lorsqu’il a vendu des parts dans le géant étatique du pétrole Rosneft, à un consortium incluant le Qatar, le négociant suisse Glencore, et le financement de la banque italienne Intesa.

Mais la banque semble maintenant avoir des doutes de dernière minute sur son implication dans cet accord politiquement chargé, et la Russie est peu susceptible de recevoir l’argent des investisseurs étrangers cette année. L’accord semblait idéal pour Poutine, mais en 2017, il pourrait tomber à l’eau.

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Le désir de l’Ukraine de s’éloigner de l’orbite russe est toujours aussi fort que lors de la révolution de 2014. Bien que le gouvernement soit impopulaire, il est difficile d’imaginer que le prochain soit pro-russe. Il pourrait même être plus fortement nationaliste que celui de Poroshenko. Jusqu’à présent, Poutine a réussi à déstabiliser son voisin, mais sans avoir amélioré ses chances d’en prendre le contrôle.

Le succès syrien est également fragile. Le souhait de Poutine, selon sa déclaration lors de la conférence de presse, serait d’établir un cessez-le-feu afin que la Russie, la Turquie et l’Iran puissent négocier un accord entre les parties belligérantes.

Toutefois, ce résultat dépend d’une défaite de l’État islamique, ce qui est loin d’être évident, et de la possibilité d’amener tous les belligérants à la table des négociations -ce qui grandirait la réputation de Poutine en tant qu’expert en matière de politique étrangère- une perspective qui paraît aujourd’hui aussi lointaine qu’un voyage intergalactique.

Poutine a réussi à affermir la position de son allié Assad en vue de négociations qui ne pourront même pas avoir lieu dans un avenir prévisible— ou bien qui se révéleront aussi inefficaces que les précédentes tentatives de pacification de la Syrie.

Pour couronner le tout, la situation économique de la Russie demeure précaire.

Le budget de 2017 est basé sur un pétrole russe à 40 dollars le baril et si l’OPEP ne réalise pas les réductions de production promises ou si les frackers américains commencent à pomper (pour extraire le gaz de schiste) au premier signe de chute des stocks, la Russie risquera de connaître une nouvelle année de récession et de réductions de ses dépenses.

La population russe a été patiente au cours des deux dernières années de difficultés économiques, mais une année de plus de souffrances avec peu de bonnes nouvelles pourrait miner l’avantage apparemment indestructible de Poutine lors de l’élection présidentielle de 2018.

Poutine a fait de son mieux pour gérer les finances de la Russie prudemment et en 2016, les réserves de devises du pays ont été préservées, mais il s’agissait davantage d’une gestion visant à la stabilisation plutôt que d’une brillante stratégie anticrise.

C’est peut-être la raison pour laquelle Poutine préfère parler de gestion à la petite semaine des problèmes intérieurs russes— les routes, l’environnement, l’explosion de consommation d’alcool bon marché (les Russes boivent énormément et n’ont plus les moyens d’acheter de la vodka de qualité) qui met la vie en danger— et non de ses réalisations géopolitiques.

Il s’efforce de montrer qu’il comprend les questions budgétaires et les chiffres macroéconomiques. Il dit aux Russes qu’il pense à eux, pas à l’hégémonie mondiale.

La géopolitique a surtout aidé Poutine à consolider son soutien interne, et si l’an prochain ses réussites sont réduites en poussière, Poutine devra s’assurer que la vie quotidienne des Russes donne des signes d’une certaine amélioration.

Cela nécessitera au moins autant de chance que celle qu’il a connue en 2016.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

*Leonid Bershidsky est chroniqueur de Bloomberg View

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