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Publié par Abbé Alain Arbez le 10 avril 2017

Jésus, comme Mahomet, pour l’égorgement ?

Récemment, un intervenant de plateau de télé a suscité beaucoup de réactions. Interrogé sur le problème récurrent des sourates belliqueuses du coran, cet expert autoproclamé s’est empressé de prétendre – évangile à l’appui – que Jésus avait appelé lui aussi à mettre à mort ses adversaires ! Ce scoop mettant à égalité le rabbi de Nazareth avec le prophète de Médine a semble-t-il ravi une grande partie des participants…Surtout ceux pour qui toutes les religions se valent, et en particulier ceux qui minimisent les injonctions agressives de l’islam et cherchent à banaliser la radicalisation : ils avaient trouvé là un porte-parole idéal.

Le fait est que la parabole dite « des mines » citée par le contradicteur peut prêter à confusion, mais à condition que, par méconnaissance du sujet, on en reste à une lecture superficielle et anecdotique. Le texte soit-disant criminogène se situe en Luc 19, 11-27

« Quant à mes ennemis, dit le roi, amenez-les devant moi et égorgez-les ! »

Dans les débats interreligieux, on a vu souvent des musulmans se saisir de cette référence pour établir un parallèle complaisant avec les sourates assassines de leur texte sacré.

Avant toute chose, il faut savoir qu’il existe des genres littéraires différents dans les écrits bibliques. Certains fondamentalistes font une lecture littérale du texte, un peu comme si on avait tenu un micro pour enregistrer les propos de Jésus en direct. Or on sait que, même si la rédaction des évangiles a suivi de près les premiers témoignages oraux, les paroles attribuées à Jésus sont des recompositions théologiques formulant la dimension de foi de la première génération.

L’intervenant télévisuel faisait référence à cette parabole bien précise – la seule pouvant jouer ce rôle – pour étayer sa démonstration. On sait que la parabole est un mode d’expression populaire à l’époque de Jésus. C’est pourquoi il les affectionne afin de donner un enseignement en prise avec les réalités courantes. Mais pour comprendre le débat, le fait que Jésus mette en scène, dans son discours, un homme dont le comportement n’est pas exemplaire n’a rien d’extraordinaire. Dans son propos, Jésus s’inspire de faits divers de la vie économique ou politique. Ainsi, lorsqu’il raconte comment un gérant malhonnête s’est tiré d’affaire après son licenciement, il ne fait pas l’apologie de la corruption ! Il invite les pratiquants de la torah à avoir autant d’habileté pour faire le bien.

Dans le cas de la parabole des mines, il est question d’un homme de haute naissance, un roi ou un gouverneur important, qui élimine cruellement ses adversaires par égorgement. Peut-être est-ce, comme le pensent certains spécialistes, une allusion historique aux attitudes sanguinaires d’Archélaüs, souverain aux jugements expéditifs. Mais comment – à partir de là – pourrait-on attribuer à Jésus lui-même, homme de Dieu pacifique s’il en est, ce rôle d’égorgeur ? C’est vraiment tordre le texte…

Il suffit de regarder le contexte global de son action au sein du peuple. Ainsi, lorsqu’il commence la tournée des villages pour annoncer le règne de Dieu, Jésus recommande à ses disciples de se présenter dans une maison en annonçant d’abord la paix aux habitants. Ni contrainte, ni pression. Et il suggère à ses coéquipiers de secouer la poussière de leurs sandales pour aller plus loin si ces gens refusent leur paix. Pourquoi exigerait-il un traitement inhumain envers des personnes qui n’accueillent pas son message ?

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De plus, Jésus, qui affirme que son Royaume n’est pas à la manière de ce monde, manifeste une perception critique des puissants de ce monde, ce qui signifie qu’il ne cautionne aucun abus qui ferait violence à qui que ce soit : « les grands de ce monde font sentir leur pouvoir, qu’il n’en soit pas ainsi parmi vous… » (Matthieu 20.25) C’est pour cette raison que Jésus ne recherche jamais pour lui-même une position dominante, mais qu’il reste dans une humble attitude de service. Et donc quand la foule, enthousiasmée par ses gestes réconfortants envers les plus faibles, veut lui attribuer une fonction officielle, il se retire à l’écart dans la prière.

En Matthieu 27.52, nous voyons même Jésus avertir fermement ceux qui seraient tentés par la force et la contrainte envers les adversaires : « qui combat par l’épée périra par l’épée… » L’exact contraire des sourates coraniques.

Cela doit encourager à ne pas faire de contresens sur la dimension prophétique que Jésus a donnée à son action : « Je ne suis pas venu apporter la tranquillité, mais le glaive tranchant de la Parole de Dieu » ( Matthieu 10.34) Le glaive est une expression biblique habituelle pour désigner la manière dont la Parole de Dieu permet de discerner les situations de la vie. Ce qui permet de trancher, c’est-à-dire de prendre des décisions, pas de décapiter des êtres vivants !

Au cours des siècles, des courants antijudaïques dans l’Eglise ont instrumentalisé littéralement la parabole des mines (l’aplatissant comme l’intervenant de la télé ) et en ont profité pour prôner l’exécution des juifs qui refusaient la croyance devenue officielle et dominante. Ce genre d’exégèse meurtrière, et infidèle au sens biblique des récits, a conduit à des exactions à grande échelle. On voit à quelles extrémités d’inhumanité peuvent entraîner des lectures irresponsables de textes inspirés, simples reflets d’un genre littéraire spécifique.

L’intention du plaideur de la TV était clairement de mettre au même niveau coran et évangile. C’est la manipulation fréquente des « trois monothéismes »…Or comment le rabbi juif Jésus aurait-il pu inciter ses adeptes à égorger d’autres juifs, au nom d’une autorité transcendante, simplement parce qu’ils ne partageaient pas ses options sur le salut d’Israël et du monde ?

Les écrits évangéliques sont, dans leur style, le reflet fiable de la vraie personnalité de Jésus, qui a cassé les engrenages de toute violence, qui a livré sa propre vie sans aucune haine, en pardonnant à ses bourreaux. Aucune arrogance, aucun esprit de vengeance ne transparaît dans ses comportements guidés par l’amour de Dieu et l’amour de ses frères.

Il suffit de s’armer de bonne foi et de prendre en compte le genre littéraire et les références bibliques par lesquelles Jésus annonce la bonne nouvelle d’un monde de paix.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez prêtre, pour Dreuz.info.

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