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Publié par Dreuz Info le 17 juin 2007
Par Guy Millière, 13 juin 2007
 
 

On a beaucoup parlé
, au moment du sommet du G8 qui vient de se tenir, de l’utilité ou de l’inutilité de tels sommets, de la nécessité éventuellement d’y inclure des puissances émergentes telles que l’Inde ou la Chine. Ce qu’on a pu discerner, surtout, c’est le spectacle d’un monde qui ne va pas très bien et d’un Occident plutôt malade.
 
La violence des gauchistes altermondialistes avait quitté un peu le devant de la scène au cours des deux dernières années. Elle a fait son grand retour et a montré qu’il fallait toujours compter avec elle pour perturber, casser, gaspiller l’argent des contribuables et nuire au développement harmonieux du monde.
 
La Russie, en plein déclin depuis l’effondrement de l’empire soviétique, retrouve de la vigueur, comme une ploutocratie du tiers-monde, grâce à ses revenus gaziers et pétroliers ; et Vladimir Poutine montre de plus en plus clairement ses tentations autoritaires. Après avoir assassiné des journalistes et des opposants jusqu’au c¦ur de Londres, après avoir tout fait pour faciliter l’accès de l’Iran au nucléaire et montré que ses alliances de choix le conduisaient vers Chávez, Ahmadinejad ou les dirigeants chinois plutôt que vers le monde libre, voici qu’il entreprend d’intimider non seulement l’Estonie, mais la Pologne, la République tchèque et l’ensemble de l’Europe, qui ne trouve guère à répliquer, comprenant trop bien que ses approvisionnements énergétiques dépendent en bonne partie de décisions prises à Moscou.
 
Non seulement, les Européens n’ont pas répliqué et ont laissé à George Bush le soin de calmer le jeu et de tenir des propos rassurants, mais ils ont semblé gênés que Pologne et République tchèque aient accepté d’abriter un bouclier antimissiles destiné à protéger l’Europe et le continent américain du risque incarné par l’Iran : dès lors que Poutine veut que l’Europe reste vulnérable, l’Europe semble prête à obtempérer. Non seulement, elle dépend du gaz et du pétrole russe, mais elle n’a pas de forces militaires, et elle continue à se complaire dans un discours de supériorité morale selon les termes duquel tous les conflits peuvent se résoudre par la diplomatie et la négociation et selon lequel l’Europe est plus pure.
 
La façon dont, en un temps où la menace terroriste et islamiste reste majeure, on a laissé celle-ci de côté pour se centrer sur le « réchauffement global » et pour accuser les États-Unis de ne pas accepter d’objectifs chiffrés pour ce qui concerne les réductions d’émissions de dioxyde de carbone, a été très significative. George Bush a fait plaisir aux Européens en signant une déclaration d’intentions qui ne coûte rien, sachant que, si discussions il doit y avoir, elles doivent inclure les nouvelles puissances industrielles. Les Européens ont semblé heureux de cette signature. Le temps n’est plus à l’antiaméricanisme effréné du temps de Chirac et Schroeder. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont l’intelligence de discerner que le discours antiaméricain de tant d’Européens a laissé des traces dans l’opinion américaine.
 
Ils savent fort bien qu’à trop s’éloigner des États-Unis en ces temps incertains, l’Europe risque de découvrir d’une manière trop évidente qu’elle est faible et risque de devoir prononcer des propos de soumission multiple : vis-à-vis de Moscou, vis-à-vis de Pékin, vis-à-vis de Téhéran.
 
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel vont essayer de recoller la porcelaine brisée par leurs prédécesseurs. La grande question qui se pose est : y arriveront-ils ? Le discours antiaméricain tenu en Europe a laissé des traces aux États-Unis, disais-je, et je suis loin d’être certain que, quel que soit le prochain Président des États-Unis, il soit prêt à sauver la face des Européens comme cela fut le cas lors de la crise des Balkans où les Européens se sont révélés incapables de maintenir l’ordre sur leur propre continent.
 
Les États-Unis regardent l’Europe comme un ventre mou et un empire de chimères. Ils préfèrent Sarkozy et Merkel à Chirac et Schroeder, mais leurs préoccupations se situent désormais davantage du côté de l’Asie ou du Proche-Orient, du côté de l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan. L’Europe est l’héritage des États-Unis, la source de leurs racines et quelquefois leur fardeau. Rien de tout cela n’a été dit lors du G8, bien sûr : pour voir, il faut savoir lire entre les lignes.

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