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Publié par Dreuz Info le 6 juillet 2007

Par Hazem Saghieh, Al Hayat / Courrier International

La conséquence la plus importante de ce qui se passe à Gaza est probablement que la « cause sacrée », la « priorité absolue des Arabes » [à savoir la cause palestinienne], a cessé d’exister. En cela, il s’agit d’un événement plus important que la défaite de 1967, qui nous met face à des questions considérables, au niveau des individus, de nos peuples et sociétés, et de nos modes de pensée.
 
Depuis 1948, notre vie tournait autour de cette « cause ». C’est à son aune que nous mesurions les pays étrangers et jugions nos propres régimes, qui, à leur tour, s’en servaient pour justifier leurs méthodes dictatoriales. Toutes les ambitions politiques, culturelles ou bassement matérielles y ont cherché leur prétexte ; les guerres civiles y ont puisé leurs ressources ; on a pardonné les pires travers à tous ceux qui s’en réclamaient.
 
Des défaites cinglantes et des échecs retentissants y ont trouvé leur explication. Des révolutions scientifiques et techniques ont eu lieu sans que nous nous en apercevions et des transformations économiques majeures se sont produites sans que nous leur accordions d’importance, car nous étions embourbés jusqu’au cou dans les sables de la « cause ». Mais notre comportement se fondait sur un mensonge.
 
Imaginons qu’un jour un historien écrive l’histoire que nous sommes en train de vivre. Cela donnerait ceci :

« En 2006, le Hezbollah affirme avoir remporté une victoire contre Israël et explique que cela a fait avancer la cause palestinienne. Moins d’un an plus tard, cette cause agonise à Gaza. Après des décennies de rêve d’unité arabe, c’est l’unité même entre la Cisjordanie et la bande de Gaza qui vole en éclats, à quoi s’ajoutent les désunions libanaises et irakiennes. »

On avait espéré dépasser la cause palestinienne en lui trouvant une solution juste et équitable. Or une telle solution a été impossible, non seulement par la faute des Américains et des Israéliens, mais également, eh oui, par celle des Palestiniens et des Arabes eux-mêmes. Cette « cause sacrée » a été dévoyée. Elle a alimenté dans la région toute une série de luttes entre factions, et a été exploitée par des régimes arabes, comme le régime syrien.
 
Il y a quelque chose de libérateur et de jubilatoire dans le fait de quitter cette cause. C’est un peu comme la chute d’un régime totalitaire monolithique, fermé à toute contestation, ou comme le moment où l’enfant atteignant l’âge de raison se libère de l’omniprésence de sa mère et s’occupe lui-même de ses affaires, sans en référer en permanence à une autorité incontestée et incontestable.
 
Toutefois, il faut veiller à ne pas verser dans l’excès inverse qui consisterait à basculer de la sacralisation de la cause palestinienne à la haine des Palestiniens. Un tel retournement serait à la fois ignoble et dangereux : car la fin de la cause palestinienne ne signifie pas la fin des problèmes des Palestiniens, victimes des Israéliens, des Arabes et de leur cause elle-même.
 
Il faut surtout ne pas succomber à la logique de la vengeance et du rejet raciste, qui marginalise les Palestiniens et les paupérise. Voilà les conditions humaines et morales pour parvenir à un début de stabilité de nos sociétés.

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