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Publié par Dreuz Info le 29 octobre 2007
  
Miguel Garroté, journaliste
http://monde-info.blogspot.com
  
menewzz.gifDepuis quelques semaines, nous voici confrontés à l’énigme kurde. Le Kurdistan s’étend à cheval sur la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie. Vu sous cet angle, un Kurdistan indépendant, ce n’est pas pour demain. Cela dit, la décision, subite et inattendue, du gouvernement islamique turc et de son armée laïque, d’en finir avec le PKK (un groupe terroriste à idéologie communiste, qui regroupe des Kurdes de Turquie, et qui a des bases militaires dans le nord de l’Irak), cette décision donc, risque de bouleverser les priorités fixées, non sans difficultés, pour le Proche et le Moyen Orient.
  
Mi-octobre, en dépit de l’opposition de la Maison-Blanche et du Département d’Etat, une commission de la Chambre des représentants américains adoptait de justesse (27 voix contre 21) un texte reconnaissant le génocide arménien perpétré en 1915 par les Turcs. La Turquie déclarait cette décision inacceptable et rappelait son ambassadeur. « Personne n’a le droit de traiter la Turquie comme cela. Ceux qui osent s’en prendre à un pays important comme la Turquie en paieront le prix », déclarait le Premier ministre islamique Recep Tayyip Erdogan.
  
De son côté, le général Yasar Büyükanit, chef d’état-major de l’armée turque, déclarait : « Si cette résolution est adoptée par la Chambre, nos relations dans le domaine militaire avec les États-Unis ne seront plus jamais les mêmes. » Résultat : l’ouverture d’un nouveau front, dans la province kurde du nord de l’Irak, jusqu’alors épargnée par la violence. Une opération turque de grande ampleur contre les bases du PKK (mouvement terroriste à idéologie communiste qui regroupe des Kurdes de Turquie) en Irak se prépare. Cent mille soldats turcs sont massés à la frontière irakienne. « La manipulation opportune de groupes kurdes par les services turcs n’est pas à écarter », peut-on lire dans Valeurs Actuelles. Mais ce n’est là qu’une partie de l’énigme kurde.
  
La Turquie est partenaire de l’occident au sein de l’Otan, y compris en Irak et en Afghanistan. La Turquie est importante pour la logistique américaine en Irak : 70 % du fret aérien, 95 % des blindés et 30 % du carburant, via la base turque d’Incirlik. Vu sous cet angle, ce n’était ni le moment, de la part des USA, de réactiver l’affaire du génocide arménien ; ni le moment, de la part de la Turquie, de vouloir soudain en finir avec le PKK à l’intérieur de l’Irak.
  
Ces derniers jours, l’armée turque a continué de masser ses troupes à la frontière avec l’Irak en vue d’une offensive contre le PKK au Kurdistan irakien. Des hélicoptères ont acheminé des soldats supplémentaires à la frontière où sont déjà stationnés près de 100.000 militaires turcs(!), pour neutraliser…3’000 combattants du PKK. Des hélicoptères et avions turcs ont bombardé des bases du PKK en Irak. La Turquie veut que les USA et l’Irak ferment les camps du PKK et lui livrent les chefs rebelles.
  
Le président de la région autonome kurde du nord irakien, Massoud Barzani refuse d’agir contre le PKK et promet que les Kurdes irakiens se défendront en cas d’attaque turque. Côté diplomatique, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, doit se rendre en Turquie le 2 novembre. Et le Premier ministre turc Tayyip Erdogan doit rencontrer George W. Bush aux USA le 5 novembre. Bref, c’est l’agitation sur tous les fronts.
  
Mais au fait, qui finance l’armée du PKK ? Les sources de financement du PKK provoquent l’inquiétude, étant données les sommes importantes dont dispose le groupe kurde. Aujourd’hui, le PKK vit des campagnes annuelles de dons, des cotisations mensuelles des sympathisants, de la taxe dite révolutionnaire ponctionnée sur les commerces et entreprises, des gains venant des ventes de journaux et de vidéos. Si nécessaire, les dons, les cotisations et les taxes sont perçus à coup de pied au derrière, voir bien pire (l’Union européenne et les USA considèrent que le PKK communiste est un groupe terroriste). L’argent perçu et racketté par le PKK en Europe, notamment en Allemagne où vivent 600’000 Kurdes de nationalité turque (ou de nationalité allemande par naturalisation), cet argent donc, représente une part importante du magot du PKK. Outre l’Allemagne, d’autres pays accueillent des Kurdes taxés par le PKK, notamment la Grande Bretagne, la Belgique, l’Espagne, l’Italie, la France, la Suisse, l’Autriche, les Pays-Bas, les Pays Nordiques, la Grèce, les pays de l’ex-Yougoslavie ainsi les pays d’Europe Centrale et Orientale et de l’ex-URSS, la Syrie, l’Iran etc.
  
Avec 700 euros en moyenne perçus auprès de chaque Kurde résidant en Europe, rien que lors de la collecte annuelle (ou racket annuel), le PKK ne meure pas de faim et peut aisément financer ses camps d’entraînement militaire ainsi que sa chaîne de télévision par satellite. En Turquie, l’impôt révolutionnaire se monte à 6 millions d’euros par an, qui viennent s’ajouter aux millions encaissés en Europe, en Syrie, en Iran, etc. Ce qui donne au total quelques 40 millions d’euros de revenu annuel. Le PKK vit également du trafic de drogue et de la contrebande de cigarettes (devenue juteuse avec l’augmentation des taxes dans les pays européens).
  
Certes, il serait souhaitable, qu’un jour, la Turquie reconnaisse, enfin, l’évidence du génocide arménien. Certes, il serait également souhaitable, qu’un jour, la question kurde aboutisse à une issue pacifique. Cela dit, il serait également souhaitable, que l’on ne mette pas, si j’ose m’exprimer ainsi, la charrue avant les bœufs. Lorsqu’on engage des moyens militaires pour renverser des dictatures et instaurer la démocratie, ce qui en soi, est une excellente initiative, il est souhaitable de fixer : des objectifs ; un ordre de priorité dans ces objectifs ; et des moyens en vue d’atteindre ces objectifs, dans l’ordre de priorité fixé.
  
mollahs.jpgDans cet esprit, la priorité numéro un est de neutraliser l’arsenal nucléaire iranien. La priorité numéro deux est de stabiliser davantage l’Irak. La priorité numéro trois est d’affaiblir le régime dictatorial syrien. La priorité numéro quatre est de rendre au Liban son indépendance, ce qui implique le démantèlement de l’armée du Hezbollah. La priorité numéro cinq, est de démanteler la douzaine de milices terroristes de Gaza et de Judée-Samarie. La priorité numéro six est de négocier une paix israélo-palestinienne. La priorité numéro sept est de négocier une issue au dossier kurde.
  
En menaçant d’intervenir militairement dans le nord de l’Irak, la Turquie complique, d’une part, l’accomplissement de la priorité numéro un (neutraliser l’arsenal nucléaire iranien) ; et d’autre part, l’accomplissement de la priorité numéro deux (stabiliser davantage l’Irak). De fait, la Turquie oblige tous les acteurs concernés à réétudier l’ordre de priorité des objectifs fixés et les moyens de les atteindre. On notera, en passant, que la Syrie a donné son appui officiel à la Turquie, pour que celle-ci neutralise le PKK en Irak. Que la Russie a donné son appui officiel à l’Iran sur le dossier nucléaire. Que l’Iran et la Syrie se proclament alliés indéfectibles. Que par conséquent, la Syrie, la Turquie, la Russie et l’Iran sont – en ce moment et sous réserve de revirements – des alliés face aux USA, à l’Union européenne et à Israël.
  
Si les USA et l’Union européenne peuvent se permettre le luxe de réviser leurspilot.jpg priorités, Israël, en revanche, ne peut nier que la priorité numéro un reste de neutraliser l’arsenal nucléaire iranien. Israël ne peut modifier cette priorité, parce qu’Israël est la première cible à court terme de l’arsenal nucléaire iranien. Si les USA, du fait de l’initiative turque en Irak, ne parviennent plus à gérer l’ordre des priorités, Israël se verra obligé, de bombarder les centrales nucléaires iraniennes, dans un proche avenir et non pas dans six mois ou un an. L’opinion publique se focalisera alors sur cet événement. Et tous les autres acteurs concernés en profiteront pour faire le grand ménage sans trop attirer l’attention d’une opinion publique, dont les yeux seront fixés sur le nucléaire iranien bombardé par Israël. De ce scénario complexe, il serait souhaitable, que la Syrie, la Turquie, la Russie et – évidemment – l’Iran, sortent, non pas renforcés, mais affaiblis. Auquel cas, la Turquie et son coup de tête nous auront finalement rendu service.
   
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