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Publié par Dreuz Info le 28 mai 2008


Je réponds ici à un billet intitulé «Islam:Pour un dialogue interreligieux ouvert» publié sur le blog de Hani Ramadan. La présente a également été postée sous forme de commentaire de son billet.

Je me propose de démontrer ci-après, en contextualisant ses références coraniques, que HR induit ses lecteurs non musulmans en erreur et, d’une manière générale, travaille à la perte de la société dans laquelle il vit. J’encourage vivement les lecteurs à consulter systématiquement les liens, notamment vers les versets concernés du Coran, pour se faire une idée du contexte textuel de ces versets ainsi que du ton et de l’esprit général de l’ouvrage.

Voici le premier des versets du Coran cités par HR:

16:125
Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les hommes) à (suivre) la voie de ton Seigneur, et discute avec eux de la meilleure façon.

Au vu du contenu global de cette sourate, le choix peut paraître audacieux. La sourate 16 (les abeilles) date de la Mecque, soit d’une période à laquelle le prophète était encore très seul – les Mecquois sont alors multiculturels, acceptent de nombreux dieux, et Mahomet tente, en vain (il sera finalement chassé), de les inciter à les remplacer tous par celui qu’il présente comme le seul vrai dieu.

Cette sourate commence par glorifier dieu de diverses manières puis, dès le 20e verset, se consacre essentiellement à la condamnation et à la promesse de châtiments des infidèles, de (22) «Ceux qui ne croient pas en l’au-delà». Et il n’y a en fait pas grand-chose à faire contre cela, car (93): «Si Allah avait voulu, Il aurait certes fait de vous une seule communauté. Mais Il laisse s’égarer qui Il veut et guide qui Il veut.»

Il y a bien encore quelques versets qui vantent les qualités de Dieu, notamment les ordres qu’il donna aux abeilles (68), ou qui parlent de la chance de certains de ne pas être esclave (71), mais le texte revient sans cesse à son leitmotiv (85): «Et quand les injustes verront le châtiment, on ne leur accordera ni allégement ni répit.»

C’est aussi dans la sourate 16 qu’on trouve l’un des passages fondant la fameuse théorie dite de l’abrogation (101-102) (l’autre passage étant le verset 2:106):

Quand Nous remplaçons un verset par un autre – et Allah sait mieux ce qu’Il fait descendre – ils disent: ‹Tu n’es qu’un menteur›. Mais la plupart d’entre eux ne savent pas.

Dis: ‹C’est le Saint Esprit [Gabriel] qui l’a fait descendre de la part de ton Seigneur en toute vérité, afin de raffermir [la foi] de ceux qui croient, ainsi qu’un guide et une bonne annonce pour les Musulmans.

Des réformateurs affichés (le gouvernement turc actuel, par exemple) voudraient supprimer cette pratique, car elle a pour effet de prioriser les versets tardifs et guerriers de Médine par rapport aux versets seulement menaçants et parfois, quand on les sort de leur contexte, comme ici, apparemment raisonnablement pacifiques de la Mecque, mais, théorie de l’abrogation ou pas, n’est-il pas évident que les décisions récentes d’une autorité priment sur ses décisions plus anciennes?

Certes, on peut considérer que chaque cas doive être observé et jugé en fonction du contexte le plus similaire, mais on ne saurait pour autant nier l’enseignement de l’évolution d’une législation en fonction de celles des circonstances, comme on le verra plus bas.

Cette sourate se termine sur des incitations à répandre la «bonne parole», car (128e et dernier verset):

Certes, Allah est avec ceux qui [L’] ont craint avec piété et ceux qui sont bienfaisants.

 Ce verset est très important pour le discours apologique envers l’Occident et les Chrétiens, car sa syntaxe permet de penser qu’Allah est (aussi) «avec» les bienfaisants qui ne l’ont pas «craint avec piété», c’est-à-dire avec les bienfaisants tout court, qu’ils soient musulmans ou pas. Hélas, si l’on observe l’ensemble des occurrences de cette expression dans le Coran, on s’aperçoit qu’elle ne saurait désigner, globalement, des gens qui se refusent à adopter l’Islam ou qui l’ont quitté.

En effet, dans le Coran, soit cette expression qualifie nommément des «croyants» ou des Musulmans, soit elle récompense, comme ici, des gens qui ont fait acte de bien sans préciser leur croyance. Mais jamais elle ne désigne un incroyant (qui aurait fait une bonne action). Ainsi, si une lecture rapide peut donner une impression d’universalité, la lecture assidue et complète de l’ouvrage incitera le croyant à éviter de considérer qu’un être incroyant en connaissance de cause puisse être bienfaisant. De sorte que plus les gens lisent le Coran et y prêtent foi, moins ils ont de considération pour les incroyants. Ceci à d’autant plus forte raison que le Coran, par ailleurs, condamne ces derniers avec une régularité et une violence stupéfiantes.

Mais si le verset proposé par HR, le 125, procède d’un artifice, c’est pour une autre raison. En effet, HR omet de nous dire que ce verset se rapporte à une situation dans laquelle le Musulman, pour qui Mahomet est un modèle à suivre, n’a aucune autorité et ne peut guère qu’argumenter. Il omet de nous dire que le prophète, dès qu’il a eu de l’autorité, a prôné l’attentat, le pillage, l’assassinat politique, la tromperie, la tuerie de masse (accompagnée de la mise en esclavage de masse), la torture et autres joyeusetés dont la suppression de tous les cultes de la Mecque, censée en accueillir de très nombreux à l’époque.

Il omet de nous dire que ceux qui connaissent et respectent sa religion, notamment qui connaissent l’entier du Coran et de la vie du prophète et tiennent à en faire leurs guides dans l’existence, en sont puissamment incités à nous assassiner et à supplanter nos lois et nos autorités, une fois en position de force, si nous continuons de réfuter leurs arguments.

Si HR voulait vraiment tenir un dialogue religieux, il commencerait par admettre ceci et par le condamner. Ensuite, il serait possible de dialoguer avec lui au sens usuel du terme. Mais en l’espèce, avec lesdites omissions, HR fait simplement du prosélytisme. Du prosélytisme pour une idéologie qui encourage ses adeptes à la subversion, la sédition, l’assassinat, le pillage, la suprématie théocratique. Et, en tant qu’expert et prédicateur, nous devons admettre qu’il le sait ou que son ignorance à cet égard relèverait de la négligence grave.

29:46
«Et ne discutez avec les gens du Livre[1] que de la meilleure façon.»

Ce verset est amputé. En voici la version intégrale:

Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites: ‹Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c’est à Lui que nous nous soumettons›.

Il ne faut donc discuter «de la meilleure façon» qu’avec les «gens du livre» (désignation musulmane des Juifs et des Chrétiens) qui ne sont pas «injustes». Et, hélas, les termes «injuste» et «injustes» sont très souvent utilisés dans le Coran comme synonymes d’infidèle, de mécréant. Quelques exemples: la consommation du fruit défendu par Adam et Eve fait d’eux des «injustes», verset 2:35; tous les contemporains de Noé étaient des «injustes» destinés à être noyés, verset 11:37; tous ceux qui n’ont pas cru le message de Mahomet sont des «injustes» destinés à l’enfer éternel, sourate 52; seuls des «injustes» renient les versets du Coran, verset 29:49, trois lignes après la citation de HR…).

De sorte qu’un non-Musulman convaincu ne saurait être un juste aux yeux d’un esprit pénétré de ce livre. De sorte que plus un esprit est familier avec le Coran, moins il pourra considérer qu’un non-croyant informé de l’existence de l’Islam puisse ne pas être aussi, par là-même, un injuste. Et de sorte que HR, qui connaît sans doute le Coran sur le bout du doigt, induit ses lecteurs en erreur en prêtant à croire que son livre sacré l’invite à se montrer agréable envers les non-Musulmans, sauf bien sûr à s’efforcer ainsi de les convertir.

2:111
Dis: «Donnez votre preuve, si vous êtes véridiques!»

Le verset complet a la teneur suivante: 

Et ils ont dit: ‹Nul n’entrera au Paradis que Juifs ou Chrétiens›. Voilà leurs chimères. – Dis: ‹Donnez votre preuve, si vous êtes véridiques›.

Le prophète exigeait donc des Juifs et des Chrétiens une preuve que lui-même, qui répétera cette même promesse de paradis (et autres jardins) pour ses croyants à de nombreuses reprises, n’apportera jamais. Personne, sans doute, n’apportera une telle preuve et l’exiger est une gageure, la promesse de discussions sans fin ni débouchés.

La sourate 2 est la plus longue du Coran. C’est une sourate du début de la période dite médinoise du prophète, donc de son règne et de son autorité en tant que tel. Elle s’appelle La vache par référence à l’anecdote de la vache que Dieu (Bible : Nombres : 19) aurait ordonné aux Juifs (Moïse, Aaron) de sacrifier et dont Mahomet semble s’être inspiré pour réintroduire le rite du sacrifice d’animaux, mais cette fois de manière régulière et massive. La sourate 2 est trop longue pour en faire une description complète (résumé ici). J’en commenterai juste les passages les plus importants pour les non-Musulmans décidés à le rester.

2:217
Ils t’interrogent sur le fait de faire la guerre pendant les mois sacrés. – Dis: ‹Y combattre est un péché grave, mais plus grave encore auprès d’Allah est de faire obstacle au sentier d’Allah, d’être impie envers Celui-ci et la Mosquée sacrée, et d’expulser de là ses habitants. L’association est plus grave que le meurtre.›

Ce verset se rapporte à l’épisode de Nakhla, une petite oasis que les Musulmans avaient attaquée et pillée, tuant des gens au passage, pendant la trêve sacrée. Probablement le pire crime que l’on pouvait commettre à l’époque et en cette région. Mahomet aurait alors prononcé le verset ci-dessus, qui absout et justifie le crime de sang commis par traîtrise (pendant une trêve sacrée) en réponse, par exemple, à l’impiété et à «l’association», l’acte de prêter des associés à Dieu.

Depuis lors, le Musulman croyant peut invoquer le sens direct de la parole de Dieu, dans son contexte textuel et historique, ainsi que l’exemple du prophète pour tuer des gens simplement parce qu’ils appartiennent à une communauté de mécréants ou d’«associateurs» (polythéistes) ou de gens qui s’opposent à l’Islam d’une manière ou d’une autre. Et comme il s’agit, soi-disant, de la parole de dieu et des actes du dernier des prophètes, personne ne peut plus guère trancher cette interprétation avec autorité.

Autre verset important, le 2:193, que je vais citer depuis le 190 pour une meilleure compréhension (noter la répétition, au verset 191, de la phrase vue ci-dessus au verset 217 – «l’association est plus grave que le meurtre» – dont la lecture au premier degré autorise le meurtre pour incroyance en un dieu unique):

Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes. Allah n’aime pas les transgresseurs!

Et tuez-les, où que vous les rencontriez; et chassez-les d’où ils vous ont chassés: l’association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants.

S’ils cessent, Allah est, certes, Pardonneur et Miséricordieux.

Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association et que la religion soit entièrement à Allah seul. S’ils cessent, donc plus d’hostilités, sauf contre les injustes.

Le verset 2:193 (dont il est important de savoir que le contenu est répété au verset 8:39) est crucial car il définira l’objectif du djihad offensif pour toutes les écoles juridiques de l’Islam sunnite, à savoir «jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association et que la religion soit entièrement à Allah seul». Le consensus de ces écoles sur ce point indique bien l’aisance avec laquelle un esprit familier du Coran peut arriver à la conclusion que l’Islam est suprémaciste par essence.

6:148
Dis: «Avez-vous quelque science à nous produire?»

Ici encore, HR ne propose qu’un fragment. Voici le verset entier:  

Ceux qui ont associé diront: ‹Si Allah avait voulu, nous ne lui aurions pas donné des associés, nos ancêtres non plus et nous n’aurions rien déclaré interdit.› Ainsi leurs prédécesseurs traitaient de menteurs (les messagers) jusqu’à ce qu’ils eurent goûté Notre rigueur. Dis: ‹Avez-vous quelque science à nous produire? Vous ne suivez que la conjecture et ne faites que mentir›.

L’utilisation de ce verset par HR suscite un certain malaise. On peut en effet penser, si l’on en connaît le libellé complet, que HR traite ici, a priori, ses interlocuteurs (qu’il suppose chrétiens) de menteurs. Et le malaise a tendance à se confirmer lorsqu’on connaît également le contenu du verset suivant (149), lequel explicite ce que «quelque science» peut dire dans ce contexte:

Dis: ‹L’argument décisif appartient à Allah. S’Il avait voulu certainement Il vous aurait tous guidés (sur le droit chemin).

Dans le monde spirituel de HR, et du Coran, c’est semble-t-il la ruse de la présentation suivie de la force de l’affirmation qui décident de l’issue d’un «dialogue».

Face à des Chrétiens qui tiennent à leur bonne conscience il a d’excellentes cartes. Surtout si ces Chrétiens refusent de le prendre au mot et de chercher à comprendre son univers, son Coran.

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