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Publié par Dreuz Info le 7 novembre 2008

  
  

  
  

Par Miguel Garroté     Or donc,  j’appartiens,  avec Guy Millière,  Ivan Rioufol,  François Célier et quelques autres intellectuels,  à la catégorie des non-Juifs,  que l’ont dit cependant Juifs,  parce qu’ils sont simplement amis des Juifs.  Aussi bien Millière,  Rioufol et moi-même avons été amenés à préciser dans nos articles que nous ne sommes pas Juifs,  tant la rumeur circulait selon laquelle nous serions Juifs.  Pour ce qui me concerne,  je reçois encore et toujours des messages (derniers en date :  le jour de l’élection d’Obama…) dans le style « crève sale juif ! ».  Et toujours en ce qui me concerne,  le fait d’être assimilé à un Juif et d’être traité de sale Juif est pour moi une joie et non pas une épreuve.  C’est pour moi une joie,  car dans ma filiation spirituelle et intellectuelle au philosophe catholique Jacques Maritain,  je désire,  comme lui,  être en communion avec le peuple juif et donc aussi en communion avec ce peuple lorsqu’on l’insulte.  Cette attitude porte pour nom l’amitié,  car l’amitié vraie inclut forcément le partage,  y compris le partage de l’insulte.

C’est ce qu’à écrit noir sur blanc Jacques Maritain en son temps.  Et c’est ce que je réécris moi dans le temps présent.  Ce choix anthropologique est très enrichissant et il réserve souvent de belles surprises.  Ainsi,  dans l’hebdomadaire français Valeurs actuelles,  sous le titre « La judéophobie, paranoïa moderne – Essai – L’antisémitisme revient en force, via l’islamisme et le gauchisme »,  Atila Ozer,  hier jeudi 6 novembre 2008,  publiait un texte fort intéressant sur le dernier livre du philosophe et politologue Pierre-André Taguieff,  livre intitulé « La Judéophobie des modernes, des Lumières au jihad mondial » (1).  Je publie ci-dessous dans son intégralité l’article d’Atila Ozer.  Et je recommande vivement sa lecture en entier.  Car ce texte est une pièce de premier choix à verser au dossier du soi-disant « antisionisme ».  Puis-je encore ajouter qu’il vaut la peine d’investir 35 € pour acheter le dernier livre de Pierre-André Taguieff ? (1)




(Début du texte de Atila Ozer paru hier dans Valeurs actuelles) – Dans une étude historique magistrale, le philosophe et politologue Pierre-André Taguieff décrypte les origines et les variations de cette forme particulière de xénophobie. Un temps,on a pu croire que la haine antijuive était morte avec le nazisme. Et puis, lentement, elle a relevé la tête. À la suite de la guerre des Six-Jours, Brejnev accusait Israël d’imiter Hitler.  Quarante ans plus tard, cette comparaison est devenue courante. Indice du fait que les juifs, de nouveau, sont diabolisés; que la judéophobie, relégitimée, s’universalise. Comme si Auschwitz n’avait pas servi de leçon. Inquiétant phénomène, qui oblige à s’interroger. Comment se fait-il que cette forme particulière de xénophobie persiste depuis l’Antiquité ?  Qu’aucun argumentaire,moral ou scientifique, ne l’ébranle ? Que l’ire populaire, systématiquement, retombe sur les juifs ?

Depuis la Force du préjugé (1988), Pierre-André Taguieff, politologue et historien des idées, traque les ambiguïtés du racisme et de l’antiracisme, à bonne distance du politiquement correct, soulevant des polémiques, s’attirant – à droite et à gauche – moult inimitiés. Son propos fait mouche. Et il s’est imposé comme le meilleur analyste de la nouvelle vague antijuive, dont la Judéophobie des modernes, son dernier ouvrage, scrute les antécédents. Nombreux sont ceux qui croient – ou feignent de croire – que cette nouvelle vague n’existe que dans l’imagination des partisans d’Israël. Insultes, agressions, attentats, tout cela n’exprimerait, en réalité,qu’une révolte grandissante contre l’injustice faite aux Palestiniens.

Comme dans la Nouvelle Judéophobie (2002), Taguieff s’oppose à la banalisation et procède aux distinctions nécessaires. On a le droit de critiquer Israël – comme tout autre État. Mais l’“antisionisme”, du moins le radical, sort du registre de la mise en cause rationnelle. « Il ne s’agit pas d’un examen critique visant telle ou telle politique, mais d’une condamnation à mort lancée contre l’État juif ». C’est la forme actuelle de la haine judéophobe, laquelle va de pair avec la haine de l’Occident. Autrefois rejetés comme venus d’Orient puis comme apatrides, les juifs sont à présent “désémitisés”, fustigés comme sionistes et occidentaux. L’antisémitisme refusait la présence des juifs au sein de la nation ; l’antisionisme leur dénie le droit d’en constituer une. La rhétorique a changé. L’anathème demeure. Ce qui n’implique nullement que la mutation soit dénuée d’importance. Elle traduit de nouveaux conflits, de nouvelles menaces. Pour Taguieff, la nouvelle judéophobie est impulsée par l’essor d’une « configuration théocratique totalitaire », l’islamisme.

Ensemble peu cohérent :  l’Iran, le Hamas, les talibans, Al- Qaïda, les mouvements fondamentalistes en Europe…autant d’interprétations de l’islam. Oui, mais une seule guerre contre l’Occident judéo-chrétien, qui aurait offensé Dieu en inventant la démocratie, la séparation du politique et du religieux, l’examen critique des traditions, bref, un vivre ensemble totalement profane et fondé sur l’indépendance de l’individu. Cette guerre, l’islamisme la ramène à un combat contre les juifs, car il interprète l’occidentalisation comme une américanisation, et celle-ci comme un complot qu’ils auraient ourdi pour dominer le monde. L’amalgame fut lancé par Sayyid Qutb, l’idéologue « qui a placé le jihad au coeur de l’islam en même temps qu’il désignait l’Amérique et les juifs comme les ennemis à combattre ». Dans le contexte des guerres israélo-arabes, les masses ne sont pas restées sourdes à cette identification du sionisme à l’impérialisme américain.

En effet, la nouvelle judéophobie se présente comme une saine réaction à l’injustice – la “spoliation” des Palestiniens, des musulmans, de tous les peuples victimes de l’“arrogance” occidentale. Aussi est-elle assez largement partagée par les multiples héritiers du communisme, du gauchisme et du tiers-mondisme. D’autant plus qu’elle se veut – spécificité nauséeuse – un rejet de la discrimination. «L’antijuif de notre temps ne s’affirme plus raciste », il dénonce au contraire le racisme comme il condamne l’islamophobie et, en stigmatisant les sionistes en tant que racistes, il s’affirme antiraciste et pro-palestinien. Les antijuifs ont retrouvé le chemin de la bonne conscience.

Une telle impudence, et cet indigne basculement d’une partie de la gauche, voilà qui justifiait un livre. Mais Taguieff n’a pas voulu seulement réagir. La Judéophobie des modernes servira de référence, à l’instar des analyses d’Hannah Arendt ou de Léon Poliakov. Car c’est une somme. Et une démonstration historique implacable. Édifiants sont les chapitres où l’auteur met au jour les origines du phénomène. On le savait plus ou moins : le délire des modernes est une progéniture des Lumières. Taguieff égrène les preuves, disséquant le baron d’Holbach et son devancier,Voltaire, qui ne s’en tenait pas, dans sa dénonciation du fanatisme, à une charge contre la religion des juifs, mais agonissait d’outrances un « peuple barbare, superstitieux, ignorant, absurde ». Ainsi, « la responsabilité des philosophes dans la formation de l’antisémitisme en tant que forme moderne de judéophobie, culminant dans le racisme antijuif, apparaît immense ».

Avec l’utopiste Fourier, le juif se mue en ploutocrate. Identifié aux marchands, à la finance, il devient le symbole répulsif de l’exploitation capitaliste. Le tableau donne le tournis. De Bonald, le catholique traditionaliste, à Proudhon ou Bakounine, tous les contempteurs de la société bourgeoise brodent sur le thème du juif parasite ou adorateur de l’Argent. Mais, cela crève les yeux, dans cette compétition de bêtise, les fondateurs du socialisme sont les champions. À commencer par Marx,qui, non content de condamner le capitalisme comme réalisation de « l’esprit juif », vitupère les « youpins » à longueur de correspondance. Pierre- André Taguieff relève l’étrange obsession :  il n’est pas un révolutionnaire, au XIXe siècle, qui ne voie dans l’éradication de la supposée mentalité juive un préalable au dépassement du “vieux monde”. Le socialisme serait-il, en son fond, un antisémitisme ? Contemporain de son essor, Nietzsche le suggérait, qui voyait en lui une politique du ressentiment. Taguieff pose la question :  le mouvement révolutionnaire, au départ, a-t-il pour moteur la haine des juifs ?

L’antisémitisme au sens strict se constitue après 1850, postulant que l’Histoire est structurée par une lutte des races entre Sémites et Aryens. L’idéologie, colportée par le pangermanisme, culminera, comme on sait, dans les atrocités nazies. Ultime phase de la paranoïa moderne, le conspirationnisme, dont le coup d’envoi est donné par “Les Protocoles des sages de Sion”, célèbre faux de la police tsariste “dévoilant” un plan secret de domination du monde. Suivront le “complot judéo-bolchévique”, “l’État panjuif ” de Henry Ford, le “sionisme mondial”des islamistes… Depuis un siècle, ce mythe « offre une réponse indéfiniment réadaptable à la question de l’origine du mal ».

Ainsi, la persistance de la judéophobie est liée à son “utilité” sociale. Comme tout mythe, elle fournit repères et horizons de sens. Taguieff montre que, de l’Antiquité à nos jours, le juif représente la cause diabolique de tous les malheurs. Car les mythes judéophobes se ramènent en réalité à quelques grands thèmes d’accusation constamment réinventés :  le juif xénophobe, criminel,usurier,comploteur… L’antisionisme parachève donc le réquisitoire, dévoyant la colère comme naguère le fascisme ou l’Inquisition. Il fallait oser le dire, alors que la bienpensance, drapée dans la cause palestinienne, accrédite la rhétorique islamiste, attisant les plus dangereuses passions (fin du texte de Atila Ozer paru hier dans Valeurs actuelles).

(1) « La Judéophobie des modernes, des Lumières au jihad mondial »,  de Pierre-André Taguieff, Odile Jacob, 688 pages, 35 €.



  
  
  

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