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Publié par Dreuz Info le 27 avril 2009

  
  
  

  

Michel Garroté     Notre société virtuelle,  avec ses médias et avec son Internet, nous accorde certes la liberté d’expression ;  mais à condition que nous nous taisions.  C’est du reste – peut-être – ainsi que les historiens définiront ce curieux début de 21e siècle,  début décidemment très virtuel,  que nous expérimentons,  jour après jour.  Après avoir passé un mois en Amérique du Sud,  je dois avouer que la dimension virtuelle de notre société me laisse songeur.  J’en avais bien entendu conscience auparavant,  mais depuis mon retour en Europe,  le virtuel m’inquiète encore davantage.

Les commentaires de presse sur la conférence soi-disant antiraciste de « Durban II » à Genève,  conférence qui a débuté le jour où j’ai repris le travail,  ces commentaires de presse ont témoigné – une fois de plus – de cette absurde liberté virtuelle d’expression.  Ainsi,  personne ou presque n’a relevé que si la France et l’Angleterre ont refusé de se joindre au légitime boycott de cette abjecte conférence,  c’est parce que la France et l’Angleterre ont la trouille de leurs banlieues islamiques ;  et parce que la France et l’Angleterre ont d’abord songé à leur business dans le monde arabo-pétrolier.  Personne ou presque n’a relevé que les délégations jordanienne et marocaine ont quitté la salle avec les pays européens lorsque Ahmadinejad a prononcé ses versets sataniques.  Personne ou presque n’a relevé que cette conférence est l’oeuvre de violeurs systématiques des droits de l’homme,  tels l’Iran et la Libye.  Personne ou presque n’a relevé que les musulmans (et leurs alliés,  notamment cubain et vénézuélien) ont chaudement applaudi les versets sataniques d’Ahmadinejad.

Mais qu’est ce que le virtuel au fond ?  Le virtuel qualifie ce qui est certes en puissance,  mais souvent sans effet réel.  Le virtuel qualifie ce qui est possible,  mais sans être forcément réel.  Dans le domaine de la liberté d’expression,  on doit distinguer l’intention virtuelle de l’intention réelle.  L’intention virtuelle ne suffit pas pour accomplir l’intention réelle.  Parce que ce que dit quelqu’un virtuellement est indépendant de ce qu’il pense et de ce qu’il fait réellement,  à chaque fois qu’il ouvre la bouche.  Vu sous cet angle,  le virtuel a toujours existé.  Mais de nos jours le virtuel a une fâcheuse tendance à envahir tout l’espace,  à remplacer toute action réelle.  Et il en résulte que nous sommes libres de nous exprimer,  mais à condition de nous taire.  Car quiconque ouvre la bouche est instantanément et automatiquement jugé pour ce qu’il a dit,  pour ce qu’il a virtuellement dit.

D’un côté,  il est vrai,  être jugé pour ce qu’on a dit,  c’est une bonne chose.  Par exemple,  lorsque l’actuel président de la République française assène,  chaque jour,  son idée virtuelle du jour,  il est sain et il est bon que l’on puisse qualifier cela,  chaque jour,  de fanfaronnade.  D’un autre côté,  c’est aussi une mauvaise chose.  Car si quiconque osant ouvrir la bouche,  est instantanément et automatiquement jugé pour ce qu’il dit,  alors il n’y a plus de valeurs réelles,  seulement des valeurs virtuelles.  Il n’y a plus que le jugement et la condamnation,  par les uns,  de tout ce que disent,  les autres.  De ce fait,  hélas,  nombre d’intervenants publics parlent – uniquement – en fonction de ce que les autres ont dit hier,  et en fonction de ce que les autres vont dire demain.  C’est ce qu’accomplit notamment l’actuel président de la République française.  Et c’est ce qui fait de lui un président virtuel.  Un président que les médias – hors de France – taxent régulièrement de fanfaron.

Or,  si le virtuel remplace tout le reste,  et si au nom de ce virtuel,  quiconque ose ouvrir la bouche de façon atypique est instantanément et automatiquement jugé (à tors ou à raison) pour ce qu’il a dit,  alors il n’y a plus de liberté d’expression.  Et,  à part Sarkozy bien sûr,  plus personne ne va vouloir continuer à ouvrir la bouche indéfiniment ou à écrire indéfiniment.  Seul sera libre de s’exprimer celui qui se taira (à part le continu Sarkozy qu’on n’a toujours pas débranché).  Il est naturel que celui qui parle chaque jour (par exemple Sarkozy) soit tourné – chaque jour – en dérision.  Il n’est,  en revanche,  pas naturel du tout,  que n’importe quel malade noctambule et oisif,  se sente appelé,  à commenter,  tout ce que les autres disent et écrivent.

Quiconque,  par son comportement,  vit dans le mensonge,  dans la contradiction ou dans l’imposture,  s’expose,  à ce qu’un jour,  son comportement rentre dans le domaine public.  Cela fait partie de la liberté d’expression et de la liberté tout court.  Mais commenter ce qu’un tel a commenté,  à propos de tel commentaire,  effectué par tel autre,  cela n’est pas de la liberté d’expression.

Cela n’est plus qu’un cirque virtuel,  où n’importe qui peut dire et écrire tout et n’importe quoi,  sans aucune compétence,  et dans des proportions obsessionnelles et conspirasionnistes hallucinantes (avec les ridicules thèses du « complot »).  Proportions obsessionnelles et conspirasionnistes hallucinantes qui relèvent,  non pas du travail des idées,  mais d’une pathologie neuropsychiatrique aiguë ;  une pathologie qui a pris ses quartiers notamment sur les alter-blogues ;  et aussi dans certains trolls (trolls postés la nuit,  mais supprimés par les webmasters dès le lendemain matin,  et donc trolls lus par personne,  excepté leurs tristes « auteurs »).

Je note,  pour conclure sur une note positive,  que rebelles.info,  drzz.info,  monde-info,  upjf.org,  juif.org et quelques autres,  donnent la parole,  à celles et ceux qui savent distinguer liberté d’expression et liberté virtuelle d’expression,  tels Guy Millière,  François Celier et Ivan Rioufol entre autres.  Il est vrai que généralement sur Internet le débat reste au niveau des urinoirs.  Il n’en demeure pas moins que les blogues cités plus haut transmettent une forme de pensée et d’expression qui participe – encore et pour l’instant – d’une certaine culture.  C’est là un antidote salutaire contre « la virtuelle dictature de la réelle médiocrité ».

© Michel Garroté http://monde-info.blogspot.com


  

  
  
  

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