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Publié par Dreuz Info le 26 juin 2009

  

Michel Garroté

Jeudi 25 juin 2009

Je verse ci-dessous à notre dossier Pie XII des extraits d’un article du Figaro présentant le nouveau livre « Le Pape et le Diable » (1) de l’historien et professeur allemand Hubert Wolf.  Dans les extraits reproduits ci-dessous,  les sous-titres des paragraphes sont de mon cru.

Michel Garroté




Du pinacle (avec le grand rabbin Elio Toaff) aux abysses (avec l’historien Saul Friedlander)     Dans un article intitulé « Ce que les archives du Vatican disent sur Pie XII »,  Éric Roussel,  pour Le Figaro du jeudi 25 juin 2009,  écrit (extraits) :  « L’historien allemand Hubert Wolf a consulté un fonds de documents inédits du Saint-Siège.  Il publie «Le Pape et le Diable – Pie XII, le Vatican et Hitler : les révélations des archives»,  une synthèse de ses recherches.  Quand Pie XII mourut,  en 1958,  un concert de louanges salua sa disparition.  Le grand rabbin Elio Toaff,  qui bien plus tard devait accueillir Jean-Paul II à la synagogue de Rome,  déclara : ‘Les juifs se souviendront toujours de ce que l’Église a fait pour eux sur l’ordre du pape au moment des persécutions raciales’.  À partir de 1963,  tout changea.  Le dramaturge Rolf Hochhuth,  dans sa pièce Le Vicaire (Note de Michel Garroté :  « pièce » concoctée avec l’assistance technique des services secrets des pays de l’Est),  fit grief au pontife disparu de ne pas avoir assez vigoureusement condamné la Shoah et,  la même année,  l’historien Saul Friedlander reprit cette accusation en se fondant sur les archives allemandes.  Depuis la controverse sur le rôle de Pie XII face au nazisme n’a cessé de faire rage (…) ».




Un certain jansenisme hérité du 19e siècle     « Le premier mérite de l’ouvrage est de rendre intelligible et cohérent un pape dont la culture et la vision du monde apparaissent à des années-lumière de notre époque.  Né en 1876 dans une famille de juristes liée de longue date au Vatican,  Eugenio Pacelli,  brillant sujet,  polyglotte,  était avant tout un homme de foi à l’ancienne,  profondément étranger au monde de son temps,  pénétré des principes du thomisme,  adversaire déclaré des tendances modernistes qui avaient agité l’Église au début du XXe siècle.  À ses yeux,  les dogmes et la tradition de l’Église ne souffraient pas la moindre discussion (Note de Michel Garroté :  encore faudrait-il s’entendre sur les dogmes et la tradition ;  primo le Credo de l’Eglise ne souffre pas la moindre discussion si l’on est catholique ;  secundo l’antisémitisme est incompatible avec les dogmes et la tradition catholique ;  ce qui n’a pas empêché nombre de catholiques d’être antisémites ;  tertio, le tout est donc d’être fidèle au Credo sans pour autant déraper dans l’antisémitisme).  À titre personnel,  Eugenio Pacelli était capable d’éprouver de la sympathie pour un protestant ou pour un juif,  cela ne l’empêchait pas de considérer que les deux étaient dans l’erreur.  Aussi fin diplomate qu’il ait pu apparaître,  seul comptait en définitive à ses yeux l’intérêt supérieur de l’Église romaine ».




Du laïcisme au national-socialisme     « Dans une situation politique donnée,  le futur pontife avait pour premier réflexe de privilégier ce qui pouvait favoriser la capacité d’action du Saint-Siège dans le domaine pastoral,  et les archives prouvent qu’il observa scrupuleusement cette ligne tant au cours de sa mission diplomatique en Allemagne que plus tard à la tête de la secrétairerie d’État.  La République de Weimar,  où il exerça ses fonctions,  constituait le cadre le plus déconcertant pour cet esprit réfractaire à la ­cul­ture laïque.  Ayant récusé la plus infime référence à une vo­lonté divine,  le régime l’inquiétait au plus haut point.  Il évita pourtant de paraître entrer en conflit avec l’autorité po­litique légalement constituée. En contrepartie d’un accès des fi­dèles aux sacrements,  il renonça à intervenir dans les affaires de l’État,  et cette prise de position initiale explique sa conduite postérieure,  objet de polémiques.  Quand les nazis prirent le pou­voir,  en janvier 1933,  Eugenio Pacelli,  nommé entre-temps ­­se­cré­taire d’État,  ne changea pas fondamentalement d’attitude ».




Eglise allemande et Eglise universelle     « Hostile jusque-là à une alliance entre le Zentrum,  parti d’inspiration catholique,  et les diverses formations de gauche,  il déconseilla l’affrontement avec les nouveaux maîtres de l’État et,  « le revolver sur la tempe » – son expression -,  il accepta la signature d’un concordat,  un pacte avec le diable qui garantissait la pastorale et la stabilité de l’Église dans le cadre de la dictature nationale-socialiste.  D’après les archives,  Mgr Pa­celli semble avoir fait preuve d’une stricte réserve :  rien ne permet notamment d’affirmer qu’il ait incité les députés du Zentrum à voter en 1933 les pleins pouvoirs à Hitler,  ou qu’il ait poussé les prélats allemands à lever leurs mises en garde contre le nazisme.  ‘Ces démarches sont à mettre sur le compte de l’Église allemande’, souligne Hubert Wolf ».




Pas de condamnation formelle des théories hitlériennes ?     « Ces points importants ainsi éclairés reste le problème de l’op­portunité d’une dénonciation solennelle par le Saint-Siège des persécutions antisémites dans le IIIe Reich.  Une telle initiative aurait-t-elle pu éviter le pire ?  Ou bien n’aurait-elle fait que déchaîner la fureur des hitlériens ?  À cette question,  Hubert Wolf apporte des réponses nuancées,  toujours fondées sur des documents irrécusables.  Des pièces mises à la disposition des historiens,  il ressort que,  si Eugenio Pacelli réprouvait l’antisémitisme hitlérien,  et qu’il se montra toujours disposé à aider les personnes menacées,  il resta en revanche opposé à une condamnation formelle par le Saint-Siège des théories hitlériennes ».




Tous aveugles sauf Churchill ?     « Sur ce point,  les archives ­confirment une différence d’ap­préciation entre Pie XI,  que la mort empêcha de rendre publique une dénonciation énergique du nazisme,  et son successeur,  manifestement plus prudent,  soucieux du sort des catholiques à l’intérieur du Reich.  Quoi qu’il en soit,  l’attitude du futur Pie XII ne peut être dissociée de celle des responsables politiques de l’époque,  qui,  pa­reil­lement avertis des agissements des nazis,  refusèrent de prendre au tragique ces informations.  La cécité des dirigeants des démocraties occidentales et,  dans une large mesure,  des intellectuels face au national-socialisme demeure l’une des grandes énigmes de ce temps.  Seul,  sans doute,  Winston Churchill se montra très tôt clairvoyant et refusa de croire,  comme tant d’autres,  à l’éventualité d’un adoucissement de la tyrannie établie par Hitler en Allemagne » (fin des extraits de l’article de Éric Roussel,  Le Figaro, jeudi 25 juin 2009).

(1) « Le Pape et le Diable – Pie XII, le Vatican et Hitler : les révélations des archives », Hubert Wolf, traduit de l’allemand par Marie Gravey. CNRS Éditions, 340 p., 25 €.

Mis en ligne et sous-titré par Michel Garroté pour drzz.info et pour monde-info le jeudi 25 juin 2009.

  

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