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Publié par Dreuz Info le 11 juin 2010

 

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En se radicalisant contre Israël, le gouvernement Erdogan croit rassembler l’opinion publique autour de lui. Mais c’est peut-être une erreur de calcul.

 

PAR MICHEL GURFINKIEL

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« Comment une alliance de soixante ans a-t-elle pu si mal tourner ? Que s’est-il passé pour que la Turquie et Israël soient désormais des ennemis, pratiquement en état de guerre ? » 

 

C’est la question que pose, le 2 juin, Hikmet Bila, un éditorialiste du journal nationaliste turc Vatan. Après quelques phrases de rigueur sur le « terrorisme d’Etat » israélien (l’arraisonnement au large de Gaza, deux jours plus tôt, d’une flotille « humanitaire » battant pavillon turc), il souligne la responsabilité du gouvernement d’Ankara : « Nous donnons désormais l’impression d’avoir abandonné notre approche pro-occidentale en politique étrangère, et de passer rapidement d’une politique équilibrée à un alignement sur l’axe Iran-Hamas. » Et de conclure : « Cette attitude suscite l’enthousiasme sur le plan intérieur. Mais à terme, elle peut se révéler désastreuse. »

 

La Turquie moderne a quatre-vingt-dix ans. Son fondateur, Mustafa Kemal (qui devait prendre par la suite le nom de Kemal Atatürk), avait réussi à préserver au début des années 1920, dans les décombres de l’Empire ottoman, un Etat-nation réduit à l’Anatolie et à la Thrace orientale, mais relativement homogène sur le plan ethnique et religieux. Il lui avait imposé une constitution républicaine, un régime laïque, un mode de vie européen et un alphabet latin. En politique étrangère, il avait fixé cinq règles absolues : ne tenir compte que de l’intérêt national de la nouvelle Turquie ; renoncer à toute nostalgie impériale ; tourner le dos à l’Orient ; s’intégrer à l’Occident ; ne pas se laisser entraîner dans des conflits régionaux ou mondiaux.

 

Kemal Atatürk est mort en 1938. Sa politique étrangère – que résumait le slogan « Paix à l’intérieur, paix à l’extérieur » – a été poursuivie tout au long du XXe siècle. Un exécuteur testamentaire zélé y a veillé : l’armée, véritable maîtresse du pays au-delà de divers gouvernements civils. La Turquie est restée neutre, en dépit de quelques tentations pro-allemandes, pendant la Seconde Guerre mondiale. Après 1945, elle a renforcé son ancrage occidental en adhérant à l’Otan et au Conseil de l’Europe, et en faisant acte de candidature à l’Union européenne. En Méditerranée orientale et au Moyen-Orient, elle s’en est tenue à l’« égoïsme national » le plus strict : si elle n’a pas hésité à envahir Chypre en 1974 ou à faire des incursions en Irak, dans les années 1980 et 1990, pour y protéger des minorités turcophones, elle s’est gardée de prendre parti dans les querelles israélo-arables, et a même noué une véritable alliance avec Israël à partir des années 1980.

 

Le fait est que les deux pays semblent alors parfaitement complémentaires. Les Israéliens apportent aux Turcs leur technologie, leurs réseaux économiques : une coopération facilitée, à part de 1997, par un accord bilatéral de libre-échange. Les lobbies pro-israéliens, en Amérique et en Europe, font souvent fonction de lobbies pro-turcs,  ce qui permet à Ankara de neutraliser l’influence des diasporas grecque et arménienne. De leur côté, les Turcs apportent aux Israéliens l’espace qui leur fait cruellement défaut : l’aviation israélienne s’entraîne au-dessus de l’Anatolie orientale. A ce « gagnant-gagnant » s’ajoutent des affinités idéologiques : l’Establishment turc voit dans le sionisme une version juive du kémalisme, et les Israéliens invoquent le « modèle turc » – un islam modernisé – quand ils imaginent l’avenir du Moyen-Orient.

 

Mais le kémalisme s’effondre. Sous le poids de sa propre réussite. Le pays comptait 14 millions d’habitants en 1923, lors de l’instauration de la République. Il en compte 70 millions à la fin du XXe siècle. Cette croissance touche, dans un premier temps, les régions rurales d’Anatolie, où la laïcité est restée lettre morte. Mais à partir de 1970, les paysans et les fils de paysans gagnent les villes, qui se transforment en mégalopoles : près de 20 millions d’habitants à Istanbul, plus de 5 à Ankara, plus d’un million dans les grandes villes de province.

 

A la campagne, les paysans votaient docilement pour les partis de l’Establishment, la gauche kémaliste ou une droite à la fois plus libérale et plus religieuse. A la ville, déracinés, ils sont attirés par des partis extrémistes néo-islamiques : les ultra-nationalistes d’Alparslan Türkes, et les nationaux-islamistes de Necmetin Erbakan. Les premiers prônent une fusion du kémalisme et de la tradition ottomane ; les seconds, un « néo-ottomanisme » impliquant, en fait une contre-révolution antikémaliste.

 

En 1987, les extrémistes, tous courants confondus, obtiennent 10,1 % des voix. Mais ils passent à 16,9 % en 1991, 29,9 % en 1995, 34,9 % en 1999, 54 % en 2002 et enfin 66,2 % en 2007. Et parmi eux, les islamistes sont nettement en tête : de 7,2 % en 1987 à 36,8 % en 2002, puis 48,9 % en 2007. Dès 1993, toutes les grande villes turques ont des maires islamistes. En 1996, à l’issue de querelles interminables qui discréditent la droite classique, le président conservateur Süleyman Demirel fait appel à Erbakan pour diriger un gouvernement de coalition réunissant les islamistes et une partie des conservateurs.

 

Les militaires tentent d’enrayer cette évolution. Ils contraignent Erbakan à la démission au bout d’un an à peine, le traînent en justice pour atteintes diverses à la constitution et dissolvent son parti. D’autres dirigeants islamistes seront emprisonnés puis déchus temporairement de leurs droits civiques. Notamment Recep Tayip Erdogan, le maire, fort populaire, d’Istanbul. Israël est l’un des enjeux de ce« coup d’Etat à froid ». Pour les militaires, l’alliance avec Jérusalem a fini par symboliser, plus que toute autre chose,  l’« intérêt national ». Pour les islamistes, au contraire,  c’est l’exemple même d’une« trahison de l’islam ». Les tensions entre Erbakan et les militaires s’aggravent, en 1996, quand le premier ministre refuse de ratifier un accord de coopération avec Jérusalem. Elles tournent à la crise, en 1997, quand il cherche à suspendre des manœuvres navales conjointes.

 

Dès 2002, la formation islamiste, qu’Erdogan a reconstituée sous le nom de parti de la Justice et du Développement (AKP), revient au pouvoir. La leçon de 1997 a été entendue : afin d’éviter une nouvelle intervention militaire, le nouveau gouvernement affiche un programme particulièrement modéré, plus« musulman-démocrate » que fondamentaliste. En politique étrangère, le maître d’œuvre de cette opération de séduction – ou de dissimulation, conformément à la pratique traditionnelle de la takiah – est un universitaire jusque là peu connu, Ahmet Davutoglu, qui a longtemps enseigné en Malaisie. Un physique assez terne, une propension au dogmatisme : il évoque d’abord, aux yeux d’un observateur français, le « pauvre Bitos » de la pièce de Jean Anouilh. Mais il sait manier l’amphigouri. Il ne remet pas en question la vocation européenne et occidentale de la Turquie, mais entend la « compléter »  par une plus grande « profondeur stratégique » : un rapprochement avec « tous les pays voisins » , des« ennemis héréditaires » grec et arménien aux pays arabes, de la Russie à l’Iran. De même, il ne rejette pas l’alliance avec Israël, mais prétend la « renforcer » par des « liens privilégiés » avec les Palestiniens. En menant ainsi deux stratégies à la fois, l’une pro-occidentale et l’autre anti-occidentale, Davutoglu légitime peu à peu la seconde aux dépens de la première. Et prépare, pour le moment opportun, l’abandon de la première au profit de la seconde.

 

En apparence, les relations turco-américaines et turco-européennes restent étroites sous Erdogan. Tout comme les relations turco-israéliennes. Entre 2002 et 2009, la plupart des grands groupes israéliens renforcent leur présence en Turquie. Les contrats bilatéraux atteignent un montant de 2,5 milliards de dollars. Tsahal poursuit la modernisation des forces armées turques.

 

Mais les signaux négatifs se multiplient. La Turquie refuse de soutenir les Etats-Unis dans la guerre d’Irak, en 2003, et exige bientôt le rappel d’un  ambassadeur américain d’origine juive. Elle renforce son rôle à l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) à partir de 2004, noue des liens étroits avec la Syrie et l’Iran. Si elle propose ses bons offices entre Israël d’une part, la Syrie ou l’Autorité palestinienne d’autre part, c’est en s’alignant de plus en plus souvent sur la position arabe : notamment après la guerre en Israël et le Hezbollah libanais, à l’été 2006.

 

Parallèlement, des campagnes d’opinion anti-occidentales, anti-israéliennes et antisémites se multiplient, tolérées sinon inspirées par le gouvernement. En 2005, Kavgam, la traduction turque deMein Kampf, fait l’objet de rééditions à grand tirage. A partir de 2006, un feuilleton de politique-fiction,Kurtlar Vadisi (La Vallée des Loups), passe en boucle à la télévision : il présente l’intervention américaine en Irak comme la première étape d’une agression occidentale contre la Turquie, et les personnages juifs y jouent des rôles particulièrement odieux.

 

Ce conditionnement porte ses fruits. Selon un sondage PEW réalisé en 2006, 12 % seulement des Turcs ont une opinion favorable de l’Amérique, contre 52 % en 2000, et 5 % seulement une bonne opinion d’Israël ; mais 53 % d’entre eux ont une opinion favorable de l’Iran, et 63 % des Palestiniens. Un autre sondage PEW, en 2008, révèle que 76 % des Turcs ont une mauvaise opinion des juifs en général, contre 49 % en 2004. Et 74 % une mauvaise opinion des chrétiens en général, contre 52 % en 2004.

 

En 2007, de nouvelles élections donnent la majorité absolue au parti islamiste. Pour l’AKP, c’est le moment de vérité. Va-t-il avoir le triomphe modeste, comme le souhaite son aile modérée – d’anciens conservateurs pro-occidentaux ralliés après 2002 – ou au contraire jeter le masque et lancer enfin une révolution nationale-islamique, comme le désirent les anciens partisans d’Erbakan ? La tentation est trop forte : Erdogan choisit la révolution. Raidissement intérieur, qui passe par une purge de l’armée – celle-ci ne pouvant guère invoquer la légitimité républicaine face à un gouvernement disposant d’une telle assise électorale – et une délaïcisation de la constitution. Raidissement extérieur : Davutoglu, nommé ministre des Affaires étrangères, ne cherche plus à pratiquer une politique d’équilibre entre l’Occident et l’Orient, mais bien à s’insérer dans une grande coalition anti-occidentale, avec l’Iran, la Russie, le Venezuela, le Brésil. Sur Israël, le retournement est abrupt et total. En 2009, au sommet de Davos, Erdogan injurie publiquement le président israélien Shimon Peres, allant jusqu’à refuser d’employer quand il s’adresse à lui – en turc – les formules de politesse traditionnelles. La coopération militaire bilatérale est bloquée. La Fondation pour l’assistance humanitaire (IHH), une ONG islamiste proche de l’AKP – et de divers réseaux terroristes, comme le rappelle, en France, le juge Jean-Louis Bruguière – organise enfin la provocation de la « flotille de la paix ». 

 

Mais l’opinion turque hésite. Les conservateurs modérés commencent à refluer vers le parti républicain du peupe (CHP), la principale formation kémaliste, qui obtient depuis le début de l’année presque autant d’intentions de vote que les islamistes : un succès du à l’élection d’un nouveau leader, Kemal Kiliçdaroglu, « M. Propre » charismatique qui, en dénonçant divers scandales politico-financiers, vient de contraindre deux vice-présidents de l’AKP à la démission . En outre, la troisième formation turque, le parti d’action nationaliste (MHP) des disciples de Turkes, pourrait être tentée de s’allier aux kémalistes. En fait, certains analystes vont jusqu’à supposer que c’est ce déclin qui a poussé Erdogan à patronner l’équipée de l’IHH. Burak Bekdil, dans le journal kémaliste Hürriyet, accuse ironiquement le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d’être un « crypto-mollah » : chacune de ses « agressions »contre la Turquie permet à Erdogan de remonter dans les sondages…

 

Le CHP et le MHP cèdent aujourd’hui à la même rhétorique anti-israélienne et antisémite que l’AKP. Mais ils gardent, à la différence des islamistes, la notion d’un « intérêt national » légitime, aussi bien pour la Turquie que pour les autres pays, y compris Israël. Yusuf Kanli, un éditorialiste de Hürriyet, écrit le 31 août : « Personne ne peut remettre en question les préoccupations de sécurité légitimes d’Israël. L’Etat juif est une réalité dans la région. C’est son droit légitime de s’attendre et au besoin d’exiger qu’on respecte sa souveraineté et son intégrité territoriale. Et comme pour tous les autres Etats, c’est son devoir de prendre des ‘mesures adéquates’ pour protéger la sécurité de ses citoyens. Le droit d’Israël de réagir à toute agression, et de défendre son peuple, son territoire et son Etat, ne sont pas négociables. » 

 

Le même 31 août, quelques heures après le drame du Mavi Marmara, un commando du mouvement nationaliste kurde PKK a attaqué une base navale turque à Iskenderun, à proximité de frontière syrienne. La presse islamiste a bien sûr évoqué une éventuelle « coordination » entre les deux « agressions ». Mais la presse kémaliste a noté, de son côté, que cet attentat pourrait démontrer l’inanité de la politique de rapprochement avec Damas poursuivie par Erdogan et Davutoglu.

 

© Michel Gurfinkiel, 2010

 

L’article original est consultable sur le blog de Michel Gurfinkiel

 

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