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Publié par Guy Millière le 20 juin 2010

 

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Saul Alinsky est né en 1909. A Chicago. Ses parents étaient juifs pratiquants. Lui, il s’est éloigné de la religion pour lire Marx,  Lénine et Trotsky. Il a fréquenté Al Capone, puis, après que ce dernier ait été jeté en prison, Frank Nitti, dont il s’est décrit lui-même comme l’ « apprenti » et auprès de qui, a-t-il noté, il a beaucoup appris. Il est devenu ensuite syndicaliste, puis agitateur social. Bien que très proche du mouvement communiste, il perçut très vite, dès la fin des années 1940, que le communisme, comme tel, n’avait aucun avenir aux Etats-Unis et que pour parvenir à certaines fins, il fallait procéder autrement.  Il fallait, entre autres, ne pas dire qui on était : un communiste, un trotskyste, aux yeux de Saul Alinsky, est un imbécile, car il est bien trop explicite dans ses propos.

  

Un homme de gauche réformiste, selon Saul Alinsky, est un imbécile aussi, car il s’imagine que le « système » est réformable. Un gauchiste ordinaire est un excité qui ne sait pas se contenir, qu’on peut utiliser, mais qui ne parviendra jamais à des résultats probants parce qu’il lui manque la méthode, la froideur, la sournoiserie absolue. 

 

Vous n’avez jamais entendu parler de Saul Alinsky, non, ou à peine. Ou sous la plume de fournisseurs de produits anesthésiants.  

 

Mais Barack, lui, a fait bien plus qu’entendre parler de Saul Alinsky. Il a enseigné ses idées, ses théories, sa méthode. Les seules photos de Barack enseignant dont on dispose le montrent devant un tableau, un morceau de craie à la main, pointer des mots tracés en majuscule, les entourer, et ces mots sont ceux de Saul Alinsky.  

 

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Barack a sans doute lu Saul Alinsky bien avant de venir s’installer à Chicago. Aucun de ceux qu’il a fréquenté à New York, en les endroits où il passait son temps, ne pouvait ignorer qui était Saul Alinsky.  

 

Ceux qui l’ont fait venir à Chicago et l’ont embauché pour qu’il travaille au Developing Community Project n’étaient pas prêtres, et ils croyaient bien moins en le Dieu chrétien qu’en les idées et théories de Saul Alinsky. Ils s’appelaient Jerry Kellman, Mike Kruglik et Gregory Galluzo. Ils étaient blancs. Ils ne pouvaient pénétrer certains milieux et y injecter les idées qu’ils voulaient injecter. Ils cherchaient un afro-américain pour cela. Ils ont trouvé Barack et l’ont formé avant qu’il n’enseigne lui-même et ne devienne formateur à son tour. Sa formation a été achevée  par John McKnight, qui se spécialisait à l’époque dans ce type très particulier d’activité. Toutes les fondations pour lesquelles Barack a travaillé à partir de 1985, sans aucune exception, ont été construites sur le modèle proposé par Saul Alinsky.


Barack, dirai-je, ne pouvait que croiser l’itinéraire de Saul Alinsky, et venir y chercher sa place. Tout ou presque l’y prédisposait. Sa mère, Frank Marshall Davis, ses fréquentations, ses choix, ses orientations.  

 

Barack est devenu travailleur social, ai-je noté plus haut : comme sa mère avant lui. L’expression « travailleur social » devrait se traduire littéralement en anglais par social worker, mais on utilise plutôt une autre expression, que vous avez rencontrée dans toutes les biographies de Barack : community organizer 

 

L’expression n’a pas été forgée par Saul Alinsky, mais a reçu de lui une estampille indélébile et renvoie directement à lui dès qu’on l’utilise aux Etats-Unis.    

 

Il y eut, dès 1946, pour définir l’expression, un premier livre, Reveille for Radicals. Le second livre est venu vingt-cinq ans plus tard. Il n’y en aura pas d’autre, car Saul Alinsky est mort, en 1972, d’une crise cardiaque. Mais par l’intermédiaire de gens tels que Barack, Saul Alinsky est resté bien vivant, et il est même aujourd’hui plus vivant que jamais.  

 

Il faut dire qu’entre 1948 et 1972, Saul Alinsky ne s’est pas reposé et a agi. Beaucoup. Dans tout le pays.    

 

« Organiser une communauté », a-t-il écrit, « ce n’est pas simplement organiser une communauté, c’est la prendre en main, y faire naître certaines idées, les répandre, les faire grandir, jusqu’à ce qu’elles enclenchent des mécanismes irréversibles ».

  

« Il s’agit graduellement de créer assez de confusion morale et de chaos pour que le statu quo s’effondre totalement ». 

 

« Il faut trouver des organisateurs charismatiques qui projetteront une aura de confiance, et qui diront comprendre que le changement est nécessaire ».  

 

Ces organisateurs doivent, continue-t-il, « créer des organisations, mais surtout pénétrer les organisations existantes : églises, syndicats, partis politiques ».  

 

Ils doivent « parler d’espoir, sans donner de définitions trop précises, en restant délibérément dans le flou ». 

 

Ils doivent « susciter des rêves qui rendraient la vie merveilleuse ». Ils ne devront reculer « ni devant la manipulation, ni devant le mensonge ».  

 

« L’organisateur », précise Alinsky, « doit adopter les armes de l’ennemi, s’habiller bien, parler posément, avec calme, porter une cravate ».  

 

Ses cibles prioritaires ? Les forces militaires et l’esprit national américain qui, écrit Alinsky, sont « l’émanation de névroses ». L’abolition de la « propriété privée des moyens de production ».   

 

« L’organisateur doit être opportuniste, prêt à exploiter n’importe quelle circonstance, à utiliser n’importe quel moyen, à utiliser  n’importe quelle notion, même s’il semble se contredire ».  

 

Encore : « L’impératif est de prendre le pouvoir, et d’utiliser le pouvoir pour détruire l’ordre établi, dans tous les domaines ».  

 

Les premières lignes de Rules for Radicals sont très explicites : « Ce qui suit est écrit pour ceux qui veulent changer le monde et le faire passer de ce qu’il est à ce qu’il devrait être. Le Prince a été rédigé par Machiavel pour les possédants, aux fins de leur expliquer comment conserver le pouvoir. Ce livre est rédigé pour ceux qui n’ont rien aux fins de leur expliquer comment retirer le pouvoir aux possédants ».  

 

Barack, dirai-je, n’est pas simplement devenu community organizer. Il n’est pas simplement devenu formateur en supplément d’être community organizer.  Il est devenu community organizer corps et âme, à plein temps et au delà du plein temps. Il a suivi les instructions à la lettre.  Sur la plupart des points. Voire au delà de la lettre. Il a  pris en main, fait naître des idées, les a répandues : avec le succès que l’on constate. Il s’est donné les moyens d’être « charismatique » et de créer une « aura de confiance » qui a pu confiner à l’hypnose collective. Il a suscité des organisations et en a fait grandir d’autres. Il a su utiliser d’autres organisations dans tout le pays. Il est entré dans des organisations existantes, églises, partis politiques, et a su aller jusqu’au cœur de la machine démocrate.   

 

Copyright : Guy Millière

 

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