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Publié par Guy Millière le 21 juin 2010

frontière avec le Liban et les territoires du Hezbollah

 

Jean Patrick Grumberg l’a écrit voici peu, drzz est « dans le collimateur » de la police de la pensée. Je dois le dire : cela ne me surprend pas.  


La France est un pays où la pseudo liberté de l’information est à la vraie liberté de l’information ce que le Canada Dry est à l’alcool. Il y a une vague, très vague ressemblance : peut-être la couleur, la forme du verre, mais dès qu’on goûte au contenu, la différence devient flagrante. Et cela me semble extrêmement grave.  


Etre informé sur l’évolution du monde, sur ce qui s’y passe, sur ce qui s’y trame, disposer des moyens de déchiffrer les tendances qui se dessinent et les stratégies qui s’élaborent est un moyen essentiel d’être libre et souverain sur sa propre vie. Etre soumis à une information fausse, tronquée, falsifiée, aseptisée, ne pas avoir les moyens de déchiffrer, c’est perdre sa liberté et sa souveraineté.  


Nous sommes en France dans une société où l’essentiel de la population n’a ni liberté ni souveraineté. Nous sommes dans un contexte que j’assimile à une forme de totalitarisme doux. Il n’y a pas de camps de rééducation, pas de goulag, pas de laogai, mais l’information n’est pas libre et les débats non plus : vues depuis les Etats-Unis ou, même le Royaume-Uni, les différences qui séparent le Figaro du Monde ou de Libération semblent plus minces qu’une feuille de papier à cigarette consumée, et celles censées distinguer les principaux hebdomadaires sont des nuances infimes. L’ « information » télévisée ne dépend plus d’un « ministère de l’information », mais le « ministère de l’information » est dans les têtes de quasiment chacun de ceux qui diffusent une « information » qui ressemble à une fade bouillie prédigérée destinée, surtout, à susciter des réflexes conditionnés, une somnolence des neurones et un confort léthargique. Le personnel politique ne relève pas le niveau et ne permet aucune forme d’appel d’air : la langue de bois, sculptée par des conseillers en communication chargés de raboter tout ce qui dépasse, règne en souveraine.  


J’ai comparé plusieurs fois ces derniers mois l’activité qui est la mienne et celle des autres rédacteurs de drzz à celle de « dissidents ».


Pour ce qui me concerne, je l’ai dit plusieurs fois, je n’ai pas d’opinion sur quoi que ce soit. Je suis attaché aux faits, à la connaissance, et à certaines valeurs éthiques. Je vois, et cela m’indigne, que les faits, la connaissance et les valeurs éthiques ont de moins en moins d’importance en ce pays, et cela a, je pense, des conséquences lourdes.  


Parce que quasiment plus aucun économiste digne de ce nom ne peut expliquer les paramètres de fonctionnement et de transformation de l’économie planétaire et que parlent à leur place des charlatans, l’analphabétisme économique règne, et nous conduit vers le déclin et l’euthanasie. Parce que quasiment plus aucun géopolitologue compétent ne peut expliquer les mutations planétaires en cours et que parlent à leur place des imposteurs, la stérilité géopolitique prédomine et mène vers une cécité aux allures de mort annoncée.  


Ce n’est pas seulement sur Israël que règnent en position hégémonique des idées fausses qu’un simple reportage honnête sur les émissions de la télévision palestinienne ou sur la gestion de Gaza suffiraient à dissiper, c’est aussi sur les Etats-Unis et Barack Obama, sur la situation en Turquie et en Iran, sur l’Afrique du Sud pendant la coupe du monde de football, sur l’islamisation de l’Europe, sur la réalité de la Russie, sur le Brésil, sur les tenants et aboutissants de la marée noire dans le golfe du Mexique.  


Il m’arrive souvent de penser qu’il devrait y avoir une place immense pour un médium d’information attaché à ce à quoi je suis moi-même attaché. Je me refuse, en ces moments, d’imaginer que tout un peuple, en tous ses composants ou presque entend se contenter d’une dose quotidienne de soupe tiède gorgée de somnifères et de psychotropes.  


Il m’arrive aussi de penser que si presque tous les composants de ce peuple acceptent la soupe tiède et se disent qu’ils sont informés, il n’y a plus rien à faire.  


A l’époque des dissidents en Union Soviétique, certains d’entre eux parlaient d’homo sovieticus, homme soviétique façonné par l’éducation communiste, la lecture de la Pravda, la dose quotidienne de mensonge télévisé, les files d’attente dans les magasins. Ceux-là pensaient que la dissidence était minoritaire et ressemblait à un combat désespéré et un peu vain. Ils n’avaient pas totalement tort : ils ont incarné la dignité en des temps d’indignité, mais le système soviétique s’est effondré sous la poussée de la politique déterminée des Etats-Unis et du délabrement absolu du système.  


En l’époque où nous sommes, je parlerais, quand je pense qu’il n’y a rien à faire, d’homo socialistus, homme façonné par l’éducation socialiste à la française, la lecture de la presse française, la dose quotidienne de journaux et de faux débats télévisés, les embouteillages créés par les blocs de béton posés partout au nom de l’écologie. La dissidence, je dois le dire, me semble alors très minoritaire et ressembler à un combat extrêmement désespéré.  


Je veux me dire que j’ai tort quand je pense qu’il n’y a rien à faire.   


Ce qui me dira que j’ai tort sera l’audience de drzz.info au cours des semaines et mois à venir. Ce qui me dira que j’ai tort sera, le cas échéant, la synergie qui se dessinera entre tous ceux qui tenteront de faire exister des médias d’information dignes de ce nom grâce à internet.  


Par définition, un totalitarisme veut tout : le totalitarisme doux qui règne en France n’échappe pas à la définition. Il dispose de tous les pouvoirs politiques. Il dispose de quasiment tous les pouvoirs en matière d’ « information ». Il peut tolérer des doses infinitésimales d’information proprement dite : un milligramme d’information ne peut compenser des tonnes de non information et pousser les non informés à se poser des questions. Aux fins que le milligramme reste un milligramme, le recours à des chiens de garde est utile. Ceux-ci ont pour charge de caricaturer, salir, diffamer, poser des étiquettes. Ils savent qu’un mensonge répété des milliers de fois ressemble à la vérité, comme le disait Goebbels, un spécialiste en formation de chiens de garde.  


Ils savent aussi que pour préserver le totalitarisme doux, il est toujours loisible d’éliminer les dissidents. En Union Soviétique, il y avait les camps de rééducation, le goulag, en Chine, il y a le laogai. En France, il y a le silence et une censure qui ne dit pas son nom et qui empêche la parution de livres et d’articles. Il y a les interdictions d’exercer sa profession et de faire son travail. Il y a le recours à l’asphyxie financière.   


Les journalistes des grands quotidiens et hebdomadaires, ceux de la radio et de la télévision sont rémunérés et, en échange de leur rémunération, font, quasiment tous, de la non information. Je ne le leur reproche pas : il faut vivre et nourrir sa famille. Certains croient même qu’ils font de l’information : c’était le cas de certains rédacteurs de la Pravda sous Brejnev ou de Je suis partout sous Pétain.  


Les dissidents du totalitarisme doux ne sont, pour la plupart, pas rémunérés. Certains d’entre eux n’ont quasiment pas de source de revenus. Si l’asphyxie financière est complète, ils disparaîtront. Caricaturer, salir, diffamer permet l’asphyxie financière et la justifie.  


Il m’arrive de penser, disais-je, qu’il devrait y avoir une place immense pour un médium d’information attaché à ce à quoi je suis moi-même attaché.   


Si  au cours des semaines et mois à venir, l’audience de drzz.info s’accroît, si des synergies se dessinent, si un cercle vertueux permettant à une information digne de ce nom de croître prend forme, je me dirai que cette place existe. Un travail vaste et divers pourra alors être effectué et, bien au delà de moi-même, je connais des êtres d’excellence qui ont les qualités nécessaires pour l’effectuer.  


Si les choses se passent autrement, ce sera lourd de signification.  


Le fait que drzz.info soit « dans le collimateur » est en soi un bon signe : quand la police de la pensée s’agite, quand les chiens de garde aboient, c’est que le mensonge est ébranlé. A nous de poursuivre et d’élargir l’ébranlement. Vite. Maintenant. Tant qu’il en est encore temps. Avant qu’il ne soit trop tard. En un moment où il est déjà extrêmement tard.  


Guy Millière

 

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