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Publié par Guy Millière le 12 juillet 2010

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Dès le vendredi 9 juillet, Obama a téléphoné à Mahmoud Abbas pour l’assurer à nouveau de son souhait de voir se créer un Etat palestinien dans les plus brefs délais. L’information a été transmise aux médias par l’Autorité palestinienne, et aussitôt confirmée par la Maison Blanche. Dans l’un et l’autre communiqué, il est question de « paix », de « sécurité » et, ce qui ne surprendra que les derniers naïfs, des « frontières de 1967 ».  Non : Obama n’a pas changé le 6 juillet en se levant le matin, avant de rencontrer Binyamin Netanyahu. Je l’ai dit ailleurs, et je le redis ici : c’est toujours une ennemi d’Israël. Il a seulement quelques soucis électoraux, et tente de se donner une façade d’amitié envers Israël, qui tiendra quelques semaines, et qui, comme lorsqu’un replâtrage est fait de manière hâtive, laisse voir en partie ce qu’il fallait cacher.  


Dans l’entretien qu’il a accordé le 8 juillet à la deuxième chaîne israélienne, Obama s’est, d’ailleurs, laissé aller à des propos qui, pour le moins, laissent songeur.  


Je cite un article, paru dans Haaretz, très précisément le 9 juillet : « lorsque confronté à l’anxiété que les Israéliens ressentent face à lui, Obama a répondu ‘cela provient en partie du fait que mon deuxième prénom est Hussein : cela crée des soupçons’ ».  


En somme, si les Israéliens se défient d’Obama, ce n’est pas du tout parce que la politique de l’administration Obama a été très négative envers Israël, non. Ce n’est pas non plus parce qu’Obama lui-même s’est conduit de manière insultante vis-à-vis de Shimon Peres et de Binyamin Netanyahu non plus. Ce n’est pas parce que la Maison Blanche a insinué à de nombreuses reprises qu’Israël, en se comportant de manière « irresponsable » et « provocatrice », mettait en danger la vie de soldats américains, non là encore. C’est moins encore parce que la Maison Blanche a décidé de transformer la décision d’un ministère israélien de donner un permis de construire des habitations juives dans un quartier juif de la capitale d’Israël, c’est évident. 


C’est « en partie » parce qu’Obama se prénomme aussi Hussein, et que les Israéliens, en soi, ont un a priori hostile vis-à-vis de quelqu’un qui se prénomme Hussein. Si vous avez le sentiment qu’Obama sous-entend ainsi que les Israéliens sont racistes, vous avez le même sentiment que moi. Cette façon d’user de manière sinueuse d’une accusation de racisme en recourant pour cela à son deuxième prénom est un « truc » qu’Obama a utilisé en 2008 pendant la campagne. Il y ajoutait, à l’époque, que ceux qui ne votaient pas pour lui non seulement se défiaient d’un Hussein, mais trouvaient que ce Hussein (lui) avait un aspect différent, la peau sombre. Les Israéliens peuvent donc se rassurer un peu : ils n’ont pas été les premiers à être accusés, à mots couverts de racisme par Obama, les Américains ont eu droit à ce traitement avant eux.  


Dans le même entretien, Obama a ajouté : « J’ai un chef de cabinet appelé Rahm Emanuel. Mon principal conseiller politique est le descendant de survivants de l’Holocauste ». Obama semble penser, là, que ceux à qui il s’adresse ignorent le passé de Rahm Emanuel en tant qu’exécuteur des basses œuvres (manipulations, diffamations bien orchestrées, subornation de témoins) sous Bill Clinton et, malgré un passage par l’armée israélienne en 1991, auteur de déclarations très modérément favorables à Israël. Et il semble penser aussi que l’histoire tragique  de membres de la famille de David Axelrod  fait automatiquement de celui-ci un ami d’Israël, et peut permettre d’escamoter qui est David Axelrod : celui-ci, outre ses activités de conseiller de plusieurs politiciens démocrates avant Obama, a entretenu des liens étroits et servi longtemps de conseiller financier à l’église Saint Sabina, où le prêtre, Michael Pfleger, est en fait un activiste gauchiste travaillant en relation étroite avec la Trinity United Church of Christ de Jeremiah Wright et The Nation of Islam de Louis Farrakhan. A ce compte, on pourrait rappeler que l’histoire des parents de Shlomo Sand est elle-même tragique et marquée par l’ombre d’Auschwitz, ce qui n’empêche pas Shlomo Sand d’être Israélien et ennemi résolu d’Israël.  


Après avoir accusé les Israéliens de racisme, en somme, Obama essaie de les séduire en laissant entendre que, dès lors qu’ils voient un juif occuper un poste important à la Maison Blanche, cela doit suffire à les rassurer, quelles que soient les positions politiques de l’individu en question. Cela constitue une seconde accusation de racisme, et appartient aux classiques de l’antisémitisme : les juifs se conçoivent comme une grande tribu, mon cher, et s’ils voient un de leurs congénères, ils sont immédiatement heureux, de manière presque instinctive.  


 

L’entretien contenait une troisième et une quatrième phrases, qui doivent être soumises à l’examen : « Je pense que parfois, particulièrement au Proche-Orient, le sentiment est que l’ami de mon ennemi ne peut qu’être mon ennemi, et la vérité est que mon ouverture au monde musulman a été conçue précisément  pour réduire l’antagonisme et les dangers qu’un monde musulman hostile peut poser à Israël et à l’Occident… Je pense que la relation entre les Etats-Unis et Israël est suffisamment forte pour que nous ne cherchions pas à surprendre l’autre, mais pour que nous nous coordonnions sur les questions qui nous préoccupent mutuellement ». 


Si la population et le peuple israéliens ont eu le sentiment que celui qui tendait la main aux musulmans et aux islamistes n‘était pas un ami d’Israël, ce n’est pas seulement parce que la politique de la main tendue n’a donné aucun résultat autre que la poursuite du programme nucléaire iranien, le basculement de la Turquie, une recrudescence d’attentats en Irak, le renforcement du Hezbollah au Liban et du Hamas à Gaza, c’est aussi, Obama l’oublie volontairement, que la politique de la main tendue s’est accompagnée de discours anti-israéliens  dont l’apothéose a été la reprise de la narration palestinienne du Proche-Orient dans le discours du Caire.  


La coordination dont parle ensuite Obama ne s’est pas vue du tout dans des questions qui préoccupent beaucoup les Israéliens : toutes celles concernées par la politique de la main tendue. Je doute fort qu’Obama ait consulté Netanyahu avant de s’abaisser de manière répétée devant Ahmadinejad, par exemple.  


Lorsqu’Obama parle de « surprise », il est évident qu’il évoque l’hypothèse d’une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. Si le gouvernement israélien envisageait ce genre d’attaque, je pense que la « coordination » consisterait, de la part d’Obama, à exiger qu’Israël renonce. Et je pense aussi qu’Israël, si c’est une question de survie, ferait mieux de réserver une « surprise » à Obama plutôt que pratiquer ce genre de « coordination ». 


Avec un ami tel qu’Obama à la Maison Blanche, Israël a toutes les raisons de préférer des ennemis avérés, et d’espérer que la page Obama se tourne au plus vite.  


Guy Millière

 

 

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