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Publié par Guy Millière le 15 juillet 2010

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Avant l’élection de Barack Obama, j’anticipais le caractère délétère qui allait être celui de sa présidence. Je n’ai pas été surpris, je l’ai déjà noté, de ce qui est survenu depuis. J’anticipais aussi qu’il y aurait un effet de ressac. Celui-ci se dessine depuis des mois avec les « tea parties », mais il est en train de prendre forme et consistance.  


Les sources les mieux informées à Washington disent que l’atmosphère, du côté de la Maison Blanche, et chez les dirigeants démocrates des deux chambres du Congrès, commence à tourner à la panique. Les sondages se suivent et se ressemblent, et ils indiquent non pas une défaite, mais une véritable débâcle pour le parti au pouvoir aujourd’hui aux Etats-Unis. Dans la droite ligne de la plupart des élections partielles qui ont eu lieu au cours des derniers mois, on assiste à des glissements qui peuvent atteindre vingt pour cent des voix, ce qui signifie que des sièges qui semblaient imprenables par les républicains sont aujourd’hui en jeu. Le siège occupé par Barack Obama pendant sa brève carrière de sénateur, mais qui était tenu par les démocrates depuis plusieurs décennies devrait tomber en novembre prochain, celui occupé par le vice-président Joe Biden depuis de nombreuses années devrait tomber aussi.


Pourtant habitué au mensonge, le porte-parole de la présidence, Robert Gibbs, a, voici peu, dû  reconnaître que la situation se présentait très mal, ce qui lui a valu les foudres de divers sénateurs et représentants, à commencer par Nancy Pelosi. James Carville, voici deux jours, se voyait demander ce que le parti démocrate, dont il a été pendant des années, l’un des principaux conseillers en communication et l’un des stratèges, devait faire pour espèrer encore l’emporter. Sa réponse a été simple : « A ce stade ? Implorer le père, le fils et le Saint Esprit ». Et il ne croyait visiblement pas que cela pourrait fonctionner.  


Les jeux ne sont pas faits, bien sûr. On parle souvent aux Etats-Unis, de la « surprise du mois d’octobre » : un événement imprévu, un cataclysme, un coup politique qui retourne la tendance au dernier moment. Une « surprise du mois d’octobre » peut survenir. C’est une « surprise du mois de septembre », dont les effets étaient là encore en octobre, et se font sentir jusqu’à ce jour, qui a permis l’élection de Barack Obama en novembre 2008 : le krach financier qui a mené à la faillite de Lehman Brothers et qui a fait repasser Obama devant John McCain. Néanmoins, sauf très grande surprise, on peut s’attendre à ce que le phénomène que j’ai appelé alternativement le « désastre Obama » ou le « cataclysme Obama » s’achève dans quelques mois. Le parti républicain, dans les semaines à venir, va devoir se préparer, le mouvement des « tea parties » va devoir faire des propositions concrètes. Le redressement pourrait bien s’enclencher à partir du début de 2011. Dans quel état seront les Etats-Unis à ce moment là ? Quelles lois un Congrès démocrate sachant qu’il n’en a plus que pour quelques semaines, pourra-t-il faire passer pour empoisonner l’atmosphère ? Des drames sont-ils susceptibles de se produire ailleurs sur la planète ? Impossible de répondre aujourd’hui.  


Peu à peu, divers médias français commencent à se résigner et notent, sur un ton navré, la chute vertigineuse de celui qui fut leur idole. Certains espèrent qu’il va trouver une pirouette. D’autres disséminent une explication qui va sans doute beaucoup servir : finalement, les Américains seraient « racistes ». Bon sang mais c’est bien sûr ! Il fallait être raciste pour élire Barack Obama. Il fallait être raciste pour avoir un général en chef des armées américaines, voici vingt ans, qui s’appelait Colin Powell. Jesse Jackson voici quelques jours a comparé un basketteur américain qui venait de rompre son contrat pour partir ailleurs, moyennant quelques millions de dollars, à un « esclave fugitif ». Certaines gens n’ont aucune pudeur. On n’a pas relevé les propos de Jesse Jackson en France. Je n’ai pas vu commenter non plus l’imbroglio sexuel nauséabond dans lequel Al Gore, prix Nobel avant saint Barack Obama, était impliqué aujourd’hui (il a, dit la justice, abusé sexuellement d’une jeune femme dans un hôtel en des conditions particulièrement troubles). Dans le Figaro, où la seule page lisible est plus que jamais celle où écrit Ivan Rioufol, on trouve le plus obamalâtre de tous les blogs : Obama Zoom. Cela pourrait s’appeler aussi les chroniques de la gauche snob. Pour penser à autre chose, et sortir de la déprime qui pourrait le gagner, l’un des auteurs du blog est allé passer l’après-midi chez François-Marie Banier, l’ami très cher, vraiment très cher, de Liliane Bettencourt. On se console comme on peut.


Pour ce qui me concerne, je trouvais à Jimmy Carter une qualité, et une seule : avoir dégoûté le peuple américain du risque représenté par un Président démocrate pour une longue période. Au bout de quatre années, Carter a été remplacé par Ronald Reagan pendant huit ans. Au bout de douze années de présidence républicaine, Bill Clinton s’est fait élire en prétendant incarner un « nouveau » parti démocrate, recentré, pendant six années sur huit, il a dû gouverner avec une majorité républicaine au Congrès. Ont suivi huit années de présidence George  W. Bush.  


Je pense de plus en plus que je vais trouver une qualité et une seule à Barack Obama : avoir dégoûté à nouveau le peuple américain du risque représenté par un Président démocrate. Comme Obama est bien pire que Carter, la période qui suivra pourra, qui sait, être plus longue. Ce serait un bien pour les Etats-Unis et pour la planète. Si, comme c’est probable, le Congrès bascule en novembre, Obama sera là encore, bien sûr. Mais très diminué. Et, comme John Podhoretz le soulignait hier dans le blog du magazine Commentary, il lui faudra vivre le temps qui lui reste à la Maison Blanche avec les conséquences de ce qu’il a fait depuis vingt mois : ce sera un héritage lourd, très lourds à porter. J’ai appelé mon prochain livre La résistible ascension de Barack Obama pour une bonne raison. Obama est un homme dangereux, certes. Mais c’est aussi un homme tellement infatué de sa personne qu’il est tout à fait capable de foncer droit dans le mur tout en continuant à toiser la foule. Son ascension pourrait assez vite se révéler effectivement très résistible.


Guy Millière

 

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