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Publié par Guy Millière le 21 juillet 2010

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Il semble que l’un des objectifs qu’Obama s’était fixé dans la région du grand Proche-Orient soit en passe d’être atteint : le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan. Pendant la campagne, en 2008, bien sûr, Obama disait que la guerre de libération de l’Irak avait été la mauvaise guerre, celle qu’il ne fallait pas mener, et que la guerre en Afghanistan était la « bonne guerre », la « juste guerre ». Au cours des dix-huit mois qui viennent de s’écouler, les critiques sur la guerre en Irak ont quasiment disparu du discours présidentiel. La démocratisation de l’Irak a même été présentée comme une « victoire » d’Obama par le porte-parole de la Maison Blanche, Robert Gibbs, propos repris par le vice-président Joe Biden : ce qui a justifié un retrait précipité des troupes, et permis la recrudescence d’attentats meurtriers alentour de Bagdad : une « victoire » d’Obama sans recrudescence du terrorisme ne serait pas tout à fait une « victoire » d’Obama, non ?


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Tandis que les critiques sur la guerre en Irak s’évanouissaient pour laisser place à une victoire à la façon d’Obama, les combats connaissaient une sérieuse recrudescence en Afghanistan. Les règles d’engagement se trouvaient changées, ce qui suscita une augmentation importante du nombre de morts au combat. Le militaire nommé par Obama pour superviser la situation, le général McChrystal remit un rapport demandant 40 000 hommes supplémentaires et des moyens logistiques précis : au bout de plusieurs mois, la mort dans l’âme, Obama accorda 30 000 hommes, mais pas les moyens logistiques, et surtout, accompagna son accord d’une date de retrait qui était une façon de dire à ceux que les troupes américaines et leurs alliés combattaient qu’il leur restait à tenir jusqu’à la date indiquée pour l’emporter. Pendant ce temps, le tsar nommé pour s’occuper politiquement du dossier, Richard Holbrooke, se mettait en quête de « talibans modérés ». Hamid Karzai, voyant la situation et se montrant réticent, pour des raisons très explicables, l’administration Obama tenta de le débarquer, ce en quoi elle échoua : tout en l’incitant à acheter des amis et des clients sur le mode classique de la corruption, et à se chercher, après tout, des amis chez ceux qui étaient censé être ses ennemis. Qui ? Les talibans, bien sûr !


Le résultat est là. Les talibans sont à l’offensive, et tiennent fermement une partie importante du pays. Les troupes américaines et leurs alliés piétinent. Le retrait se précise, et devrait donc être fixé à 2014 au plus tard. Le général McChrystal, pour avoir laissé filtrer son mécontentement et celui de ses troupes envers l’administration Obama a été limogé, et Obama a demandé au général Petraeus de sauver les apparences en faisant son devoir. Petraeus a obéi, et s’est comporté en soldat. Hamid Karzai entretient des relations de plus en plus étroites avec les talibans, et ceux-ci vont revenir au gouvernement dans les prochains mois. Pour sauver les apparences, une conférence internationale est organisée sous l’égide de l’Onu à Kaboul placée en état de siège. Hillary Clinton, qu’on pourrait appeler désormais la voix de son maître va renouveler les conseils déjà prodigués par Richard Holbrooke. Elle vient d’aller donner le même type de conseils au Pakistan. On dira, cela va de soi, qu’on a trouvé des « talibans modérés » et qu’on continuera à combattre verbalement les autres talibans, ceux qui soutiennent al Qaida. On dira, comment faire autrement, que ce sera une nouvelle « victoire » d’Obama : d’ici 2014, il n’y aura plus un soldat occidental en Afghanistan. Des gens très modérés qui se trouvent être talibans seront au gouvernement en Afghanistan.


Tout çà pour çà, direz-vous ? Tant de morts et de dépenses pour renverser le régime des talibans en 2001 et voir les talibans revenir au pouvoir une décennie plus tard ? Oui.Mais en 2001, les Etats-Unis avaient un mauvais Président qui n’avait pas compris qu’après tout, en cherchant bien, il y a des talibans très sympathiques. Aujourd’hui les Etats-Unis ont un Président très intelligent qui sait bien que derrière tout islamiste excité, il y a un petit cœur qui sommeille, et qu’il existe des fanatiques modérés qui fanatisent modérément, comme il existe des terroristes modérés qui tuent modérément : Obama n’a pas encore dit « les talibans sont sympa », mais je suis sûr qu’il en a envie. Dans la presse européenne, on va, cela a déjà commencé, parler beaucoup des talibans sympa, les modérés : on dira qu’ils n’ont rien à voir, vraiment rien, avec les autres, ceux qui fréquentent les émules de Ben Laden. Et puis, un jour, on ne fera plus la distinction : les talibans sympa ce sont, de fait, les talibans avec qui on parle, et les talibans pas sympa, ce sont les mêmes, lorsque, sitôt les Occidentaux ont le dos tourné et ont signé le chèque, reprennent leurs affaires habituelles. Un jour, on dira les talibans tout court. L’islamisme reprendra son expansion. Ce jour-là, les Etats-Unis seront encore gouvernés par Obama ou un homme aussi intelligent que lui, et en cas d’attentat, il fera un beau discours en lisant sur son téléprompteur les mots écrits par un conseiller en communication, ou alors celui qui sera Président des Etats-Unis sera une bête brute façon George W. Bush, et il fera ce qu’il doit. Tout ce que l’Europe compte de gens raffinés protestera alors de manière véhémente : c’est ce que font les gens raffinés face à une bête brute qui ne comprend pas que les talibans sont sympa, tout comme George W. Bush n’avait pas compris, l’abruti, que Saddam Hussein était un gentil garçon et que les dirigeants palestiniens étaient des agneaux. Faut-il être stupide !


Guy Millière

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