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Publié par Dreuz Info le 7 août 2010

 

 

 

Par Michel Gurfinkiel


« Un lien spécial existe entre nos deux pays… Il est indestructible… Notre soutien à Israël est inébranlable… Je suis convaincu que le premier ministre Netanyahu veut la paix… »  Ces mots, c’est le président américain Barack Obama en personne qui les a prononcés à Washinghton le 6 juillet. En présence du chef du gouvernement israélien, qui venait de lui rendre visite à la Maison Blanche.

 

 

La dernière fois que les deux hommes s’étaient rencontrés, le 23 mars, le ton était bien différent. Obama et l’ensemble de son administration affichaient leur « colère » devant une soi disant « provocation israélienne » : l’affaire, montée en épingle, d’un projet urbanistique à Ramath-Shelomo, une banlieue juive de Jérusalem. Le président n’avait pas osé annuler son entretien avec le chef du gouvernement israélien, mais l’avait réduit au plus bas niveau protocolaire possible : ni conférence de presse conjointe, ni même de poignée de main sur le perron de la Maison Blanche. Certains conseillers d’Obama recommandaient alors de « jeter Israël sous un autobus ». D’autres attribuaient au commandant en chef américain pour le Proche et le Moyen-Orient, le général David Petraeus, une petite phrase – que l’intéressé devait démentir avec force et à plusieurs reprises – selon laquelle les liens avec Israël coûtaient trop cher à l’Amérique en termes stratégiques.

 

 

En quatre mois, que s’est-il donc passé ? Netanyahu a-t-il fait acte de soumission, donné à Obama des gages qu’il lui refusait auparavant ? Pas le moins du monde. C’est Obama qui a révisé sa politique. A 180°. Comme Barberousse allant à Canossa. Pour une raison bien simple, la seule qui compte pour les hommes politiques, du moins dans un pays démocratique : la peur de perdre les prochaines élections.

 

 

Le 4 novembre prochain, l’Amérique procédera aux midterms : les élections de la mi-mandat, à mi-chemin entre deux présidentielles. La Chambre des Représentants sera entièrement réélue. Ce sera également le cas du tiers du Sénat, d’une bonne partie des gouverneurs d’Etat et de nombreux maires de grandes villes. Les sondages, depuis plusieurs semaines, sont mauvais pour le président et pour son parti, les démocrates.

 

 

Obama avait bénéficié d’une popularité exceptionnelle lors de son installation à la Maison Blanche, en janvier 2009 : 68 % selon un sondage Gallup. Le 7 juillet dernier, il était tombé, selon le même institut, à 46 % d’opinions favorables, contre 47 % d’opinions défavorables. Les analystes estiment qu’il ne descendra probablement jamais en-dessous de 40 % à titre personnel, en raison du soutien des minorités ethniques et religieuses qui se reconnaissent en lui, à commencer par les Afro-Américains. Mais il ne dispose plus d’une majorité viable. Ce que confirme un autre chiffre, qui correspond probablement au vrai rapport de forces entre droite et gauche dans le pays : 62 % des Américains pensent que le pays va dans la mauvaise direction, 30 % seulement qu’il va dans la bonne direction.

 

 

Pour les démocrates en tant que parti, la chute n’est pas moins nette. 44 % des Américains s’apprêtent à voter républicain en novembre, 42 % démocrate. Les républicains pourraient se trouver à égalité avec les démocrates au Sénat, ou légèrement devant eux. Ils pourraient les dépasser d’une trentaine de sièges à la Chambre des Représentants. Sans majorité au Congrès, Obama ne serait plus qu’un lame president, un « président boiteux » : il serait sans cesse contraint de négocier avec le pouvoir législatif pour exister en tant que chef de l’Exécutif.

 

 

Or au moment même où Obama s’effondre, la popularité d’Israël atteint une sorte de sommet historique aux Etats-Unis. De février 2009 à mai 2010, l’Etat hébreu a recueilli en moyenne 61 % d’opinions positives, ses ennemis 16,50 % seulement. En d’autres termes, la politique pro-arabe, propalestinienne et pro-islamique affichée par le président actuel depuis son arrivée au pouvoir est allée à l’encontre des sentiments de la majorité des Américains, y compris d’une grande partie de ceux qui ont voté pour lui en 2008. Et il y a lieu de penser que l’ « illisibilité » d’Obama sur ce point a catalysé la montée des opinions négatives. Chez les Juifs américains, qui – pour des raisons complexes – avaient voté à 77 % pour Obama en 2008 (le taux le plus élevé en dehors de la communauté noire), le soutien est tombé à quelque 50 %. Il pourrait descendre plus bas encore.

 

 

Obama est assez pragmatique pour en tirer les conséquences. Il se rapproche donc aujourd’hui d’Israël, en gestes, en paroles. Il faut souhaiter que les électeurs juifs et pro-israéliens américains soient assez pragmatiques, à leur manière, pour ne pas oublier comment il s’est comporté quand il croyait encore que l’opinion lui était acquise.


 

© Michel Gurfinkiel, 2010

 

L’article originale peut être consulté sur le blog de Michel Gurfinkiel


 

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