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Publié par Guy Millière le 14 septembre 2010



 

La situation actuelle des Etats-Unis n’est pas excellente. Le chômage se maintient alentour de dix pour cent. Le secteur de l’immobilier reste asthénique. L’administration Obama a creusé des déficits vertigineux, qui, contrairement à ce que dit la Maison Blanche ne doivent à peu près rien à la guerre, mais énormément aux dépenses ineptes décidées par Barack Obama et ses acolytes Nancy Pelosi et Harry Reid (le plan de « stimulation » qui n’a rien stimulé du tout a coûté à lui seul entre trois et quatre fois plus que sept années de guerre en Irak et en Afghanistan).    

 

On peut ajouter un retrait des Etats-Unis de la scène du monde, décidé, là  encore, par Obama, un abandon des projets de conquête spatiale, une stratégie désastreuse dans la région du monde qui va du Pakistan au Proche-Orient, une attitude de faiblesse face à la Chine, à la Russie, et même face au Venezuela, ce qui n’est pas brillant. 

 

Je dirai : les Etats-Unis sont déjà passés par des phases de ce genre. La crise de 1929 a laissé le pays exsangue et affaibli, et les politiques de Franklin Roosevelt ont non pas permis au pays de se redresser, mais au contraire prolongé la crise, comme de nombreux travaux économiques le montrent (voir par exemple : Amity Shlaes, « The Forgotten Man: A New History of the Great Depression »). Ce n’en est pas moins ce pays exsangue et affaibli qui, sous l’égide du même Franklin Roosevelt, qui, là, s’est montré essentiellement à la hauteur de la situation, est devenu la puissance qui a permis de vaincre le fascisme, le nazisme, et le militarisme japonais, puis la puissance qui a recomposé le monde et qui, dans le cadre de la politique d’endiguement mise en place sous Harry Truman, a mené face à l’Union Soviétique une « guerre froide » qui aboutira à l’effondrement de l’empire soviétique.  

 

Dans les années Carter, pendant la « guerre froide » même, les Etats-Unis ont douté : effet d’une stratégie désastreuse au Vietnam et du défaitisme actif de la gauche américaine. Sous Carter, s’est opérée la plus grande avancée de l’Union Soviétique sur la carte du monde depuis les années 1945-49, en même temps que le pays s’installait dans la stagflation, stagnation dans l’inflation, démonstration par les faits que la théorie keynesienne ne marchait pas et produisait les effets prévus depuis longtemps par Friedrich Hayek ( voir sur le sujet : Gerald O’Driscoll, « Keynes Vs. Hayek : le grand débat continue »). On a parlé à l’époque de « déclin inexorable ». On a vu dans le Japon le pays qui allait dominer les années à venir : rôle qu’on attribue aujourd’hui à la Chine. C’est  néanmoins le pays qui avait élu Carter dans un moment d’égarement qui a porté Ronald Reagan au pouvoir quatre ans plus tard. Et non seulement Ronald Reagan a achevé la guerre froide par une victoire libératrice (car on l’oublie en Europe, il y a eu une stratégie Reagan pour parvenir à la victoire), mais il a suscité un renouvellement profond de l’économie américaine, en des années qui ont fait l’objet d’analyses de référence (cf. Robert Bartley, « The Seven Fat Years: And How to Do It Again »).  

 

Les Etats-Unis, disais-je, sont passés par des phases de ce genre. Et ils les ont surmontées. Assez facilement.  

 

Je pense que les Etats-Unis surmonteront la phase dans laquelle ils sont. Si, comme je le pense, la majorité change dans les deux chambres du Congrès dès le 2 novembre, le redressement pourra s’amorcer assez vite. Si Obama ne fait qu’un seul mandat : ce qui sera le cas, je pense aussi, sauf s’il a l’intelligence de Bill Clinton qui a su laisser les Républicains prendre l’essentiel des décisions à partir de 1994, le redressement se confirmera davantage encore.  

 

J’ai expliqué dans un article précédent que la Chine ne dominerait pas le vingt-et-unième siècle, et je ne vais pas redonner des explications déjà fournies.  

 

Je me contenterai d’énoncer les atouts majeurs dont disposent les Etats-Unis.  

 

Le premier d’entre eux est un système politique qui n’est pas à l’abri d’accidents (l’élection d’Obama peut être placée dans la catégorie des accidents, comme celle de Carter en 1976), mais qui permet un équilibre des pouvoirs, une surveillance par le peuple de ce que décide ses gouvernants, avec possibilités d’alternances rapides, une subsidiarité forte, une stabilité remarquable des principes fondamentaux du droit.  

 

Le deuxième d’entre eux est fait des incitations qui ont constitué le peuple américain et qui forment un capital essentiel dans l’époque contemporaine : le capital culturel. Les Etats-Unis restent un pays où les idées d’initiative individuelle, d’esprit d’entreprise, de liberté d’action et de création sont profondément ancrées. Et ces idées continuent à modeler les Etats-Unis, à les définir, à y faire venir de nouveaux immigrants : même les immigrants venus avec d’autres intentions son tôt ou tard happés par la définition et eux-mêmes redéfinis par elle. 

 

Le troisième d’entre eux est le capital intellectuel et humain : si le secteur des lettres et sciences humaines dans les universités est gangrené par le « politiquement correct », les secteurs scientifiques et économiques restent les meilleurs et les plus performants du monde et attirent des étudiants du monde entier qui, pour une partie d’entre eux, restent aux Etats-Unis, et pour une autre partie repart ailleurs, tout en gardant des liens de réseau avec les Etats-Unis.  

 

Dans une époque où les ressources énergétiques comptent, les Etats-Unis ont, par ailleurs, les moyens de démultiplier leur production de pétrole et de gaz naturel dans des proportions qui n’existent dans aucun autre pays. Ils possèdent aussi des ressources en charbon quasiment inépuisables, et auraient les moyens technologiques et financiers de créer en quelques années davantage de centrales nucléaires qu’en compte l’Europe. Des choix ont été faits dans ces divers domaines ,au cours des décennies récentes, qui ne dureront vraisemblablement pas. 

  

La structure entrepreneuriale du futur, que j’explique en détail dans « La septième dimension », l’entreprise plateforme, est , de surcroît, née aux Etats-Unis, et y dispose de ses principaux centres moteurs et de ses principales matrices : tout comme les Etats-Unis ont donné le ton à l’ère industrielle en inventant le trust, ils donnent le ton à l’ère post-industrielle et post-capitaliste dans laquelle nous entrons.  

 

Dans une ère où l’organisation en réseau l’emporte sur l’organisation pyramidale, les Etats-Unis sont, enfin, la société la plus adaptée au fonctionnement en réseau et à ce que George Gilder, dans « Microcosm »,  appelle l’hétérarchie (complémentarité synergique de singularités autonomes), et ils sont essentiellement organisés comme un réseau de réseaux. La Chine reste pyramidale, l’Inde aussi, en raison de la présence des castes, l’Europe qui s’est construite repose sur un fonctionnement pyramidal, même si celui-ci se délite en ce moment.  

 

Dans une ère où la sécurité et la puissance sont des dimensions indissociables de la puissance économique, les Etats-Unis ont, pour terminer, l’armée qui est non seulement la plus puissante dans tous les domaines, mais aussi la plus avancée du monde.  Cette armée est honteusement maltraitée par Obama aujourd’hui : cela ne change rien à ce qu’elle est fondamentalement.  

 

Je pourrais ajouter que les Etats-Unis sont, aussi, la première puissance agricole du monde et que les potentialités de productivité de l’agriculture américaine sont, pour des raisons naturelles, scientifiques, techniques, sans équivalents, des Grandes Plaines au Texas, jusqu’à la vallée centrale de Californie, de Red Bluff à Bakersfield. Ces potentialités de l’agriculture américaine s’appuient sur des ressources en eau abondantes, disponibles et optimalement maîtrisées. L’agriculture américaine est elle-même très maltraitée par Obama : cela ne change rien non plus à ce qu’elle est, même si, hélas, cela ruine provisoirement des farmers et ranchers.  

 

Dois-je noter que la culture populaire américaine est la seule et unique culture planétaire aujourd’hui, et la seule culture populaire commune aux peuples des cinq continents : ce qui assure un coefficient de pénétration et de dissémination sans pareil des innovations venues d’Amérique ? (Au sein de l’Europe, la culture populaire américaine est la seule culture commune à tous les Européens).  

 

Le seul pays susceptible de faire vaciller les Etats-Unis, ce sont, ai-je déjà écrit, les Etats-Unis eux-mêmes. 

 

Obama a plu aux Européens parce qu’ils ont vu en lui quelqu’un qui pourrait affaiblir les Etats-Unis, les conduire vers le « pacifisme », le socialisme, et un déclin à l’européenne. Obama a fait son possible. S’il devait réussir, ce que je ne pense pas (je pense qu’il a d’ores et déjà échoué), ce serait un suicide des Etats-Unis. Si, comme je le pense, il ne fait que passer, il ne sera qu’une page vite tournée dans l’histoire du pays.  

 

Le seul pays sur la planète où, par tête d’habitant, existent des atouts équivalents à ceux des Etats-Unis en termes de capital culturel, intellectuel et humain, en termes entrepreneuriaux, en termes de réseau, et en termes militaires est Israël (cf. Dan Senor, Saul Singer, « Start-up Nation »). J’aurai l’occasion de revenir sur ce point. Israël est, d’ailleurs, très largement, un pays qui fonctionne en synergie avec les Etats-Unis, pour des raisons plus diverses, plus nombreuses et plus denses que nombre d’observateurs superficiels ne l’imaginent.  

 

Si les Européens voulaient que l’Europe se redresse, ils devraient regarder les Etats-Unis autrement qu’ils ne le font aujourd’hui, et voir ce que sont vraiment les Etats-Unis. Et ils devraient regarder Israël autrement qu’ils ne le font : et voir ce qu’est vraiment Israël. Ils devraient aussi s’ouvrir davantage qu’ils ne le font à l’économie du futur, cesser de regarder l’avenir dans un rétroviseur, arrêter de contempler leur nombril en pensant que c’est le centre du monde, et discerner que seule une pensée planétaire intégrant tous les paramètres composant la mondialisation accélérée dans laquelle nous sommes permet de comprendre.  

 

J’explique, dans « La septième dimension » non seulement la structure entrepreneuriale du futur, mais comment cette pensée planétaire peut s’élaborer. J’ai eu, souvent, l’impression, en parlant de « la septième dimension » en Europe, de parler de quelque chose que les Européens ne comprenaient pas : ce qui me semble préoccupant, bien plus préoccupant que l’avenir des Etats-Unis.

 

Guy Millière

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