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Publié par Guy Millière le 21 septembre 2010

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L’Obamazoom, blog obamalatre qu’héberge le Figaro, donne ses derniers temps des signes de nervosité qui montrent que ses auteurs sentent que le bateau sur lequel ils se sont embarqués est en train de couler. Parfois, les mots employés vont même bien au-delà de la nervosité et glissent vers les hauteurs du caniveau : les tea parties ne sont plus décrites simplement comme des mouvements populistes et racistes d’ultra-droite, non, on les présente comme dignes d’une « république bananière », ce qui laisse penser que, pour ceux qui écrivent ces mots, le retour des Républicains au pouvoir équivaudrait à une déchéance absolue des Etats-Unis. Les candidats soutenus par les tea parties sont caricaturés sur un mode insultant, vil et ordurier. Des chroniqueurs conservateurs tout à fait respectables y sont présentés comme des ramollis du bulbe rachidien. A ce rythme, on se demande quelles seront les descriptions de la soirée du 2 novembre si les résultats ressemblent à ceux qu’indiquent les sondages. Je n’ose l’imaginer.  

 

Deux événements récents ont particulièrement fait trépigner les auteurs de l’Obamazoom. L’un est la victoire d’une candidate conservatrice sur un républicain modéré (lisez : penchant à gauche et ayant voté plusieurs fois avec le camp adverse) dans les primaires du Delaware. Cette candidate est présentée comme l’équivalent d’Ahmadinejad, comme une obsédée sexuelle, comme quelqu’un qui ne paie pas ses factures, et je ne sais quoi encore : le message subliminal est que les électeurs qui ont voté pour elle sont des abrutis complets. Mais c’est bien évident : pour un Français raffiné, tout Américain vivant hors de Manhattan, du quartier des ambassades de Washington DC ou du Marina District de San Francisco est un abruti complet. Plutôt que de parler des idées de cette candidate, Christine O’Donnell, on fait sonner la charge et on recourt aux stéréotypes les plus éculés de l’antiaméricanisme le plus primaire. Parler d’idées conservatrices quand on écrit pour l’Obamazoom et qu’on est publié par le Figaro ? Parler, même, d’idées tout court ?  Vous n’y pensez pas ! 

 

L’autre évènement est la publication d’un article très précis, très argumenté, et très pertinent de Dinesh D’Souza dans le magazine Forbes. L’article s’appelle « How Obama Thinks ». Comment pense Obama. Il est extrait de The Roots of Obama Rage, le prochain livre de Dinesh D’Souza, qui est un auteur reconnu, qui a travaillé pour l’administration Reagan, et qui préside le Kings College à New York. D’Souza y explique l’influence profonde qu’ont eu sur Obama les idées de son père, Barack Obama Senior, et, citations à l’appui, montre que cette influence est réelle, jusqu’à ce jour. En sa politique économique et en sa politique étrangère, explique D’Souza, Obama est un tiers-mondiste et un anticolonialiste qui accomplit les « rêves de son père » : détruire « l’impérialisme américain ».

 

La thèse mérite d’être discutée : elle l’est aux Etats-Unis où l’article de Dinesh D’Souza est l’un des plus commentés du moment. Les auteurs de l’Obamazoom, eux, ne discutent pas : ils traînent dans la boue et s’efforcent de ridiculiser. Dans un billet appelé, « Le Kenya, cinquième colonne de l’Amérique », D’Souza est présenté comme « indigne », délateur, et mentalement « malade ».

 

Sa thèse est réduite à sa plus simple expression, si tant est, même qu’il en reste quelque chose. Le billet s’achève par une considération dont n’aurait pas voulu ma concierge quand j’habitais à Paris et que j’en avais une : D’Souza, est-il écrit, aurait mieux fait de « psychanalyser George W. Bush, qui, pour faire mieux que son père, a entraîné le monde dans la désastreuse guerre d'Irak. ». Quelle superbe analyse de la doctrine Bush ! Quelle pénétration géopolitique et stratégique ! 

 

Penser que des gens qui lisent ce genre de prose indigente s’imaginent informés, me laisse le choix entre le rire et la consternation. Si la presse française en est à ce niveau, c’est qu’elle est plus bas encore que le caniveau : au fond du plus profond des égoûts. Et si c’est ce qui reste de l’intelligence française, c’est que cette intelligence est celle d’un être en état de coma dépassé.  

 

Parfois, après un séjour outre-Atlantique au cours duquel je me suis déconnecté de la presse et des médias français, j’ai la sensation que j’ai pu avoir lorsque je suis passé, voici une trentaine d’années de Berlin Ouest à Berlin Est.  

 

L’Obamazoom, de fait, n’est qu’un symptôme d’un mal bien plus large. Dans le Figaro, les seuls textes encore lisibles sont ceux d’Ivan Rioufol. On trouve dans Le Monde et Libération autant d’informations exactes que dans la Pravda au temps de Brejnev. Combien de lecteurs lisent Drzz ? Très peu sans doute par rapport au nombre de ceux qui lisent les grands journaux de ce pays.  Trop peu en tout cas. Certains me reprochent d’être pessimiste concernant la France. Non : je ne suis pas pessimiste. Je décris ce que je vois.  

 

Quand, dans un pays, il n’y a plus de possibilités de penser l’évolution du monde, c’est que ce pays est perdu : en France, pas un seul des articles que j’ai pu lire depuis des mois, je dis bien, pas un seul, ne dit quoi que ce soit de pertinent concernant l’évolution du monde. 

 

Quand, dans ce même pays, on ne comprend plus rien à ce qui se passe dans la première puissance du monde, c’est que ce pays se déconnecte lui-même du futur tel qu’il advient : en France, pas un seul des articles que j’ai pu lire depuis l’élection d’Obama, je dis bien pas un seul, ne décrit quoi que ce soit de pertinent tant concernant Obama lui-même que concernant les Etats-Unis.  
 

Nous sommes dans une époque où la connaissance et la rigueur intellectuelle semblent parfois inutiles.  Très inutiles… 

 

Guy Millière

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