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Publié par Guy Millière le 24 septembre 2010

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Vous ne connaissez pas Teresa Lewis. Moi non plus. Ni vous ni moi n’auront l’occasion de la connaître puisqu’elle sera exécutée aujourd’hui dans un pénitencier de Virginie aux Etats-Unis. Les ennemis de la peine de mort vont une fois de plus s’indigner. Et ils vont utiliser tous les arguments qu’il leur est possible d’imaginer. Cette fois-ci, c’est, comme disent les journaux français, la « déficience mentale ». Teresa Lewis aurait passé des tests destinés à mesurer son quotient intellectuel, et ceux-ci auraient situé celui-ci à 72. Un chiffre très bas. Teresa Lewis n’aurait sans doute pas pu soutenir une thèse de doctorat dans une grande université. Elle n’aurait pas pu devenir un génie des mathématiques. Elle n’en a pas moins mené une vie tout à fait normale pendant des années sans que personne ne s’inquiète de sa déficience mentale. Elle a eu un enfant, une fille. Elle est même grand-mère, nous dit-on dans les journaux pour nous apitoyer.

 

Ce que ne diront pas les journaux, c’est ce qui lui a valu d’être condamnée à mort. C’est pourtant intéressant. Teresa Lewis avait un mari. Vous n’aurez pas l’occasion de le connaître lui non plus parce qu’il est mort, longtemps avant Teresa Lewis. C’est même en raison de la mort de son mari qu’elle a été elle-même condamnée à mort. Teresa Lewis, dit l’acte d’accusation, menait une vie de débauche : il n’y a pas besoin d’avoir un haut degré d’intelligence pour cela. Elle avait poussé son mari à souscrire une assurance vie et avait elle-même entrepris toutes les démarches : il n’y a pas besoin d’avoir fait des études juridiques pour cela. Elle a ensuite proposé à deux de ses amants d’assassiner son mari en échange d’une partie de la prime d’assurance vie. Comme ces choses-là se font mieux à trois, a-t-elle pensé, elle y a mis du sien et a contribué elle-même à l’assassinat. Elle a même, dit  l’acte d’accusation, laissé son mari agoniser pendant quarante-cinq minutes, à ses pieds, pendant que ses complices, eux, s’étaient enfuis. Sa fille, au moment des faits, avait seize ans. Et Teresa Lewis a offert la virginité de celle-ci à ses amants et complices pour les récompenser : c’est aussi dans l’acte d’accusation. Car elle a fait la proposition en présence de témoins. Le mari de Teresa Lewis ayant un fils d’un premier mariage, celui-ci a été assassiné en même temps que son père.  

 

Teresa Lewis n’a pas pu profiter de l’argent de l’assurance-vie, car elle a été arrêtée immédiatement. Des voisins, entendant les cris de l’agonisant, ont appelé la police. Quand celle-ci est arrivée, Teresa Lewis était en train de retourner les poches de son presque défunt époux pour voir si elle pouvait trouver encore quelques dollars. Des psychiatres ont estimé qu’elle était responsable de ses actes, et elle a dû en assumer les conséquences.  

 

Aux Etats-Unis, pour qu’une condamnation à mort soit prononcée, ce qui est possible aujourd’hui dans trente-huit Etats sur cinquante, il faut l’unanimité du jury, et celui-ci doit se prononcer « au delà de tout doute raisonnable » (beyond any reasonable doubt). Un seul juré qui doute, et c’est l’acquittement. Le cas est ensuite examiné par les plus hautes instances juridiques de l’Etat. La Cour Suprême se trouve saisie du dossier et doit se prononcer. Le gouverneur de l’Etat peut exercer un droit de grâce. Tout s’est déroulé dans les règles. Aucune place n’a été laissée au doute parce qu’il n’y avait aucun doute.

 

Teresa Lewis, dans l’un des Etats où la peine de mort n’existe pas, aurait fini sa vie en prison, car, aux Etats-Unis, une peine à perpétuité est vraiment une peine à perpétuité, et les assassins ne se voient jamais accorder l’occasion de sortir et de recommencer. Ce qui montre que les Etats-Unis sont un pays moins « civilisé » que la France, où même un assassin récidiviste peut avoir l’opportunité de tenter à nouveau sa chance et où des violeurs pédophiles peuvent même parfois se faire prescrire du Viagra avant de passer à nouveau à l’acte. On est un pays « civilisé » ou on ne l’est pas.  

 

Dans le Bill of Rights américain, il est écrit qu’aucun châtiment ne doit être disproportionné par rapport au crime, et qu’aucun châtiment cruel et inusuel ne sera infligé. La peine de mort n’est pas considérée aux Etats –Unis comme disproportionnée par rapport au crime lorsqu’il s’agit d’un homicide volontaire avec préméditation, et c’est le cas. Elle n’est pas considérée comme cruelle et inusuelle pour ce qui concerne les techniques employées : chaise électrique, injection, pendaison, peloton d’exécution, asphyxie. Des gens de familles de victimes ont dit, en nombre, qu’assister à l’exécution de celui qui avait pris la vie d’un être cher leur donnait le sentiment que justice était effectivement faite.

 

Rien, de fait, n’est plus précieux qu’une vie, et lorsqu’on respecte la vie, lorsqu’on considère qu’il n’y a rien de plus atroce que de voir un être humain se faire retirer la vie, retirer la vie à celui ou celle qui a retiré la vie est une compensation à hauteur de ce qui a été perdu. Il ne s’agit pas de vengeance. Mais de justice, oui.  

 

Et pour ce qui me concerne, je considère les Etats-Unis comme bien plus civilisés, cette fois sans guillemets, que la France et l’Europe en général. On y respecte les victimes. On y sait encore ce que le mot justice signifie. On y a de la compassion pour les tués et non pas pour les tueurs. On considère qu’une victime innocente est déjà une victime de trop.  

 

Le respect pour la vie des assassins en Europe contribue à faire perdre de vue le prix infiniment précieux d’une vie. En Europe, un assassin peut tuer en sachant qu’il risque une vingtaine d’années en prison, parfois moins. En Europe, un assassin peut avoir l’opportunité de récidiver : cela se produit chaque année plusieurs fois. Les faux humanistes sortent alors des statistiques destinées à expliquer qu’il n’y a que très peu de récidivistes parmi ceux à qui on a donné une opportunité. Un seul cas de récidive, c’est déjà infiniment trop pour la victime, qui est un être humain, et pas une statistique.  

 

Le mari de Teresa Lewis a perdu la vie à jamais, et il n’avait qu’une seule vie. Teresa Lewis l’a payé de sa propre vie. Mes pensées vont au mari assassiné, pas à la meurtrière.

 

Guy Millière

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