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Publié par Michel Gurfinkiel le 10 octobre 2010

 

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Rahm Emanuel avec le président Obama.

 

Le président américain se prépare à un désaveu massif le 2 novembre. Les  principaux conseillers juifs s’en vont. Mais l'influence de Joe Biden se renforce.

 

 

Par MICHEL GURFINKIEL

 

 

 

Larry Summers, le principal conseiller économique du président Barack Obama, a démissionné le mois dernier : il a l’intention de reprendre ses cours à Harvard. Rahm Emanuel, le chef de cabinet du président, vient de s’en aller lui aussi : en laissant entendre qu’il briguait la mairie de Chicago. David Axelrod, le principal conseiller politique du président, a annoncé qu’il quitterait l’administration « courant 2011 » : sans évoquer ses projets pour l’avenir.

 

Ces trois hommes constituaient le cœur même de l’équipe gouvernementale américaine. Leur départ annonce donc d’importants changements. Les élections nationales du 2 novembre prochain – le renouvellement de la Chambre des Représentants et d’un tiers du Sénat – se solderont probablement par un raz de marée républicain. Devant un tel désaveu, le président n’aura que deux options devant lui : adopter une politique plus centriste, en concertation avec le nouveau Congrès (comme Bill Clinton en 1994) ; ou au contraire se radicaliser, afin de remobiliser la gauche. Dans les deux cas, il devra changer son équipe.

 

Mais le départ de Summers, Emanuel et Axelrod pourrait accélérer, dans un premier temps, la déconfiture de l’administration actuelle. Juifs tous les trois, pro-israéliens déclarés en ce qui concerne les deux premiers, ces hommes rassuraient en effet leur communauté face aux« dérives » pro-islamiques ou propalestiniennes d’Obama. Leur retrait va renforcer les doutes. Certains électeurs juifs démocrates voteront peut-être républicain le 2 novembre. Beaucoup plus nombreux seront ceux qui s’abstiendront.

 

77 % des Juifs américains avaient voté pour Obama en 2008. Mais parmi ces derniers, la moitié au moins ne l’avait fait que par défaut. Leurs préférences étaient d’abord allées, en effet, à Hillary Clinton. Ils ne s’étaient ralliés au sénateur de l’Illinois qu’après l’échec de cette dernière, alors sénatrice de New-York, aux primaires démocrates. Sans enthousiasme et pour des raisons qu’il faut bien qualifier d’irrationnelles.

 

Rien de plus révélateur, à cet égard, que l’attitude de Haim Saban. D’origine juive égyptienne, propriétaire de nombreux médias et détenteur, selon Forbes, de la 102efortune américaine (3,3 milliards de dollars), ce dernier a toujours été l’un des plus gros contributeurs aux campagnes démocrates. Au printemps 2008, il pose la même question à Hillary Clinton et à Barack Obama : « Supposons que les Iraniens envoient une bombe nucléaire sur Israël. Que faites-vous ? » La réponse de Clinton tient en trois mots :« Nous les anéantirons… NOUS  LES ANEANTIRONS ! » Obama, lui, se borne à dire :« Je prendrai les mesures appropriées ». Saban demande quelques précisions. Obama propose d’en discuter lors d’un tête à tête. Mais celui-ci ne sera jamais organisé. Saban en déduit qu’Obama n’est pas fiable en ce qui concerne Israël. Néanmoins, quand Hillary Clinton perd les primaires, il se rallie à lui : « Je me disais que je ne pouvais pas abandonner les démocrates », expliquera-t-il par la suite. « Même si je n’aimais pas leur candidat ».

 

Cette inféodation mentale et émotionnelle de la majorité des Juifs américains au parti démocrate tient à deux raisons. Il y a d’abord le poids de l’histoire. Jusqu’à Ronald Reagan, le parti républicain était une citadelle Wasp (« White, Anglo-Saxon, Protestant »– blanche, anglo-saxonne, protestante). Les diverses minorités raciales, ethniques ou religieuses, qu’il s’agît des Noirs, des catholiques ou des Juifs, se retrouvaient donc chez les démocrates. La société et la politique américaines ont évolué. Mais près du tiers des Juifs américains ont aujourd’hui plus de soixante ans et ont donc formé leur vision du monde à l’époque où l’affiliation aux démocrates constituait une sorte de devoir. Il leur est très difficile, à leur âge, de changer d’identité.

 

Ensuite, il y a le poids des idées ou des croyances. Les deux tiers des Juifs américains appartiennent à des synagogues réformées ou « conservative » (« massorties ») qui ont substitué au judaïsme traditionnel, au moins en partie, une idéologie de protection sociale et d’universalisme plus compatible avec le programme des démocrates qu’avec celui des républicains. Un tiers seulement, resté orthodoxe, se borne à voter en fonction des intérêts du peuple juif et d’Israël. Et peut donc se reporter sans états d’âme vers les républicains.

 

Mais les loyautés, même passionnées, même passionnelles, supposent quelque réciprocité. Pendant les dix-huit premiers mois de son administration, Obama n’a pas su séduire, ni même ménager, Israël et le judaïsme. Ceux-là même qui, parmi les Juifs américains, sont acquis à la création d’un Etat palestinien souverain et à l’arrêt des constructions dans les localités juives de Cisjordanie ont été ulcérés au printemps dernier quand Washington, rompant avec la politique des présidents précédents, a assimilé les secteurs de Jérusalem situés au-delà de la « ligne verte » des années 1949-1967 à des« territoires occupés ». Au-delà de considérations politiques et juridiques qui auraient appelé à le gouvernement américain à une certaine prudence, il y avait dans ce comportement un mépris évident pour l’histoire du peuple juif et pour ses sentiments et croyances.

 

Après avoir voté Obama en 2008, Haim Saban a refusé de participer à un éventuel fund-raising en faveur du président et de son administration. Cela a été l’attitude au cours des derniers mois, mutatis mutandis, de nombreux Juifs démocrates. Le retrait de Summers, Rahm et Axelrod ne fait qu’encourager cette tendance. Selon divers analystes, Obama pourrait recentrer son administration, après le 2 novembre, en renforçant le rôle du vice-président Joe Biden, qui passe pour aussi être aussi pro-israélien, sinon plus, qu’Hillary Clinton. Cette évolution pourrait en effet lui permettre de reconquérir cet électorat, en vue de l’élection présidentielle de 2012. Mais le fera-t-il ? Rien n’est moins sûr. Obama ne semble tout simplement avoir aucune intuition, aucune empathie, aucun feeling, vis-à-vis d’une communauté qui ne demandait qu’à l’aimer.

 

© Michel Gurfinkiel, 2010

 

 

L'article original peut être consulté sur le blog de Michel Gurfinkiel

 

 

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