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Publié par Guy Millière le 8 novembre 2010

Sans doute que les auteurs de l’Obamazoom, après avoir traité les membres des tea parties d’imbéciles et d’arriérés mentaux, et avoir décrit John Boehner en parlant surtout de son bronzage, mais pas de ses idées (car, dès lors que c’est un Républicain, il n’a pas d’idées, bien sûr), vont s’extasier sur le voyage entrepris par Barack Obama en Asie.  

Et il ne fait aucun doute qu’il y a, pour des membres de la gauche vison caviar tels que les auteurs de l’Obamazoom, de quoi s’extasier. Le peuple américain vient de montrer que les dépenses astronomiques de la Maison Blanche et les gaspillages en tout genre lui déplaisaient, et qu’il souhaitait un gouvernement plus modeste, moins dépensier, plus attentif aux problèmes réels des Etats-Unis. Comment Obama pouvait-il mieux lui répondre ? Une conférence de presse dans la salle la plus riche en dorures de la Maison Blanche (effet très chic assuré), quelques mots disant que la direction suivie depuis deux ans est la bonne, mais que les Américains n’ont pas compris parce qu’on ne leur a pas expliqué assez longtemps, et puis, hop, un départ vers l’Inde et d’autres lieux en Asie, dont un passage par l’Indonésie où le jeune Barry Soetoro a passé quelques années de son enfance en écoutant le muezzin et en fréquentant l’école coranique.  

Le voyage sera beau. Il l’est déjà. Il sera somptueux. Un budget de deux cents millions de dollars par jour. Du jamais vu pour le déplacement d’un Président américain. Bush coûtait bien moins cher, mais il ne connaissait rien à l’élégance, un vrai rustre, alors que Barack…  

Comment s’explique l’addition : une suite de quarante Boeing, trois mille invités personnels, six voitures blindées amenées spécialement par avion gros porteur (Bush se contentait d’une seule voiture, mais il n’avait ni la prestance ni la décontraction de Barack), trente quatre vaisseaux de guerre détournés de leurs autres missions pour veiller sur l’Empereur, pardon, le commandant en chef.  

Et puis, quelques autres exigences qui ont suscité l’irritation de la presse indienne : les arbres des avenues que devait emprunter l’Empereur, pardon, le commandant en chef, étant des cocotiers parfois, toutes les noix de coco ont dû en être retirées. Si une noix de coco tombait pendant le passage du cortège, imaginez… Des brigades de police ont été chargées de veiller à ce qu’aucun singe sauvage ne soit dans la proximité des lieux de passage, sur une distance de plusieurs miles. On voit mal comment un singe aurait pu pénétrer dans les lieux, vu le nombre d’agents des services spéciaux dépêchés sur place (il y en aurait plus d’un millier), mais est-on jamais assez prudent ?  

Rien n’étant trop superbe pour l’Empereur, pardon le commandant en chef, les six cent chambres et suites et les onze restaurants du Taj Mahal Palace ont été réservés intégralement, ainsi que trois autres palaces de la ville : les contribuables américains ont de quoi être contents.  

La délicatesse caractérisant Barack, les ministres du gouvernement local ont reçu une invitation à  la réception du soir, mais les services secrets sur ordre d’Obama, leur ont demandé au préalable de remplir un questionnaire précis sur leur vie et leurs moeurs, de fournir des photos numériques telles celles demandées pour les passeports, de donner à l’avance leurs empreintes digitales, leur certificat de nationalité et leurs documents d’identité, ce qui leur a énormément plu.  

Au Parlement indien, Barack a envoyé  des techniciens plusieurs jours à l’avance pour installer les deux téléprompteurs qui ne le quittent jamais, et pour vérifier que les modalités de réception électronique de l’oreillette qui lui permet de connaître les réponses à d’éventuelles questions fonctionnaient. La presse indienne a découvert ainsi que, pour tenir un discours de vingt minutes, Barack avait besoin de lire sur deux écrans chaque mot qu’il prononçait, et ce fut, a-t-il été noté, la première fois dans l’histoire du Parlement indien que des téléprompteurs et une oreillette électronique pénétraient l’enceinte.   

Dans le discours qu’il a lu, Barack a évoqué la nécessité d’un rapprochement entre l’Inde et le Pakistan. Il a évoqué les attentats commis à Mumbai l’année passée, et a dit partager la douleur des victimes, mais il n’a pas dit un mot sur les terroristes, sur le fait qu’il s’agissait d’islamistes, ou sur le fait que leur cible principale était une maison juive. Le fait qu’il ne dise rien de tout cela a énormément plu aux ministres indiens présents, bien sûr. C’était sans nul doute l’intention des rédacteurs du discours.  

Bien que les étudiants à qui Barack a accordé la possibilité d’un bref dialogue ait été triés sur le volet, et aient fait l’objet de contrôles de sécurité plus stricts encore que ceux dont ont été gratifiés les ministres du gouvernement local, l’un d’entre eux (plus exactement l’une) a posé une question dérangeante : « Que pensez-vous du djihad, monsieur le Président ? »). Après quelques secondes d‘hésitation, la réponse est venue et a parlé de tout, sauf du djihad : « l’islam est une religion de paix », a dit Barack (air connu), « il y a des extrémistes dans toutes les religions » (ah, ces scandaleux attentats suicides perpétrés par des bouddhistes !), et il a continué en parlant de paix et d’amour comme s’il récitait une chanson de John Lennon.  

Ce n’est que le début du voyage. La suite promet d’être magnifique. Barack Obama a commencé son voyage le jour anniversaire du massacre de Fort Hood. Il n’en a pas dit un seul mot. Il n’y a pas même eu un communiqué sur le site de la Maison Blanche. Il est vrai que ce n’était pas un islamiste, et on se demande toujours pourquoi l’homme a crié « Allahou Akhbar » en tirant. Sans doute s’agissait-il d’un islamophobe voulant faire croire qu’il existait des musulmans violents. Cet homme, le major Hasan, n’est toujours pas passé en jugement. Il vit une épreuve terrible : il est en dépression nerveuse. Que Barack Obama n’ait pas parlé des islamistes qui ont tué à Mumbai est compréhensible : pour Barack, ce n’étaient pas des islamistes. Qu’il n’ait pas répondu directement à une question sur le djihad est compréhensible : pour Barack, le djihad a de multiples définitions qui toutes convergent vers la paix. Qu’il n’ait pas songé aux victimes de Fort Hood est compréhensible : ces gens, pour Barack, n’ont pas été assassinés, mais ont été victimes d’un pauvre déprimé. Qu’il n’ait pas évoqué » cet homme est logique : pour Barack, le fait qu’un homme tire sur d’autres en criant « Allahou Akhbar » est sans aucun doute un acte d’incitation à l’islamophobie.

Guy Millière

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