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Publié par Guy Millière le 10 novembre 2010

LORSQU’IL GLORIFIE LE TERRORISME PALESTINIEN ?

Par des circonlocutions étranges, en invoquant des projets qui n’ont pas vu le jour, Bernard-Henri Levy, dont j’ai souvent beaucoup de mal à suivre la pensée, même si je lui reconnais de n’être pas anti-américain et pas anti-israélien, défend le cinéaste Jean-Luc Godard, et déclare inadmissibles les accusations d’antisémitisme énoncées contre lui par la Zionist Organization of America, par Phyllis Chesler et par diverses publications juives aux Etats-Unis. Il dénonce une opération de « basse police de la pensée ». Il reconnaît que, certes, Godard a un rapport « complexe, contradictoire, ambigu » au « fait juif », et a apporté son soutien aux  « points de vue palestiniens les plus extrémistes », mais cela ne suffit pas à le convaincre. Un certain Antoine de Baecque, auteur d’un ouvrage sur Godard, publie au même moment un texte qui va dans une direction identique et explique des passages de films parfaitement nauséabonds par des effets de montage et de « style ».

Je serai le premier à énoncer mon hostilité à toute forme de police de la pensée. Mais, en l’occurrence, il ne s’agit pas de cela. Il ne s’agit pas d’inculpation ou de mise en examen. Il s’agit de remise à Hollywood d’une récompense honorifique, et l’adjectif indique bien les choses et renvoie à un mot : honneur. Rendre honneur à quelqu’un, c’est dire que son travail, dans son ensemble, est honorable. C’est dire aussi que ce qu’il a fait et accompli est globalement exemplaire.

Je pense que le mot ‘honneur’ n’est là, pas à sa place. Je pense que dire que le travail de Jean-Luc Godard est, dans son ensemble, honorable, est pour le moins excessif. Je pense que trouver que ce que Jean-Luc Godard a fait et accompli, est globalement exemplaire est aussi très excessif.

Les « points de vue » palestiniens les plus extrémistes dont parle Bernard-Henri Levy excédaient à l’époque (et excèdent toujours) les limites du point de vue, puisqu’ils impliquaient le terrorisme, le passage à l’acte, le meurtre d’Israéliens qui, pour être Israéliens, n’en étaient pas moins juifs. Ces « points de vue » incluaient (et incluent toujours) des incitations à la haine en lesquelles il ne fallait pas creuser beaucoup pour voir, derrière l’antisionisme, l’antisémitisme le plus vil. Inclure dans un film (« Ici et ailleurs », 1975), une phrase disant « Les juifs font aux arabes, ce que les nazis ont fait aux juifs » était contribuer directement à une assimilation des Juifs aux nazis. Et ce n’est pas parce que ce genre d’amalgame s’est trouvé ensuite beaucoup pratiqué à l’extrême-gauche (mais aussi, je le noterai, à l’extrême-droite) que cela en est devenu plus acceptable. Avoir placé (dans le même film) une alternance accélérée entre les portraits de Golda Meïr et d’Adolf Hitler est peut-être « génial » cinématographiquement parlant (ce n’est pas du tout mon avis), mais c’est surtout digne des programmes télévisés diffusés jusqu’à ce jour par le Hamas et l’Autorité Palestinienne. Avoir défendu, quelques années à peine après les faits, le massacre des athlètes israéliens à Münich, ne me semble pas pardonnable. Avoir décrit Israël comme un « cancer sur la carte du Moyen Orient » ne me semble pas pardonnable non plus.

Ceux qui, à Hollywood, ont décidé de récompenser Jean-luc Godard parleront, si on leur pose la question, comme Bernard-Henri Lévy ou comme Antoine de Baecque. Pour eux, ce que j’évoque ici, ce qu’évoquent la Zionist Organization of America, Phyllis Chesler et diverses publications juives aux Etats-Unis, n’est sans doute, comme dirait l’autre, qu’un ensemble de points de « détail ».

Je fais partie de ceux qui considèrent qu’il ne s’agit pas de points de « détail ». C’est avec des « détails » comme ceux-là qu’on alimente la banalisation de la shoah, la diabolisation d’Israël, un antisionisme qui, à force de frôler l’antisémitisme, finit par constituer simplement un nouveau visage de celui-ci. On sait comment, en laissant passer des « détails », on peut contribuer à ce que s’enclenchent des engrenages qui finissent par des cadavres et des camps d’extermination.

Je suis hostile à une police de la pensée, oui. Très hostile. Mais j’estime que certains mots, certaines images, certaines idées ne sont pas honorables, non.

Et j’estime qu’il n’y a pas à les placer sous les lumières de l’honorabilité. L’industrie cinématographique américaine a commis une faute. Ne pas dénoncer cette faute est, à mes yeux, la cautionner.

Guy Millière.

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