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Publié par Michel Gurfinkiel le 20 novembre 2010

 

Le peuple américain désavoue Obama. Mais celui-ci ne désarme pas.

 

Par Michel Gurfinkiel

 

LE POUVOIR DU PEUPLE. L’Amérique est vraiment une démocratie : le pouvoir y appartient au peuple, et celui-ci n’hésite pas à l’exercer comme bon lui semble. En 2008, les électeurs avaient donné leur confiance à Barack Obama et au parti démocrate. Aujourd’hui, ils la leur retirent. Les républicains disposent désormais d’une majorité de 61 sièges à la Chambre des Représentants, avec 240 sièges sur 435, contre 187 aux démocrates : leur meilleur score depuis 1946. Au Sénat, la progression a été apparemment moins forte, puisque les démocrates conservent la majorité, avec 53 sièges sur 100, contre 47 aux républicains. Mais cela tient au fait que trente-sept sièges seulement étaient en jeu : alors que la Chambre des Représentants est entièrement renouvelée tous les deux ans, le Sénat est en effet renouvelé par tiers successifs.

REJET DE L’IDEOLOGIE. Les Américains sont plus sensibles aux faits qu’aux idéologies. 62 % d’entre eux reprochent à Obama de n’avoir pas fait face efficacement, depuis deux ans, à la crise économique et à son corollaire, le chômage. 58 % souhaitent l’abrogation de sa principale réforme – la mise en place d’une assurance médicale universelle – parce qu’ils y voient, au delà des bonnes intentions, plus d’inconvénients concrets que d’avantages.

POLARISATION RACIALE. Le facteur communautaire ou racial pèse de plus en plus lourd dans la politique américaine. Le président et son parti ont reculé dans tous les électorats par rapport à 2008, sauf deux : les Noirs, qui leur sont restés fidèles à près de 100 %, et les Latino-Américains, qui sont restés au taux de près de 70 %. Les Blancs, qui s’étaient répartis assez équitablement entre les deux partis voici deux ans, se sont nettement portés aujourd’hui vers les républicains.

STRATEGIE DE LA TENSION. Obama ne semble pas décidé à coopérer avec le nouveau Congrès, comme Bill Clinton l’avait fait, dans des circonstances analogues, après les élections de 1994. Sa stratégie, pour les deux ans à venir, pourrait être au contraire de multiplier les conflits avec la Chambre des Représentants afin de faire retomber ses propres échecs sur cette dernière. Cela lui donnerait peut-être une chance d’être réélu, en misant sur le vote communautaire ou sur d’éventuelles divisions chez les républicains.

UN PRESIDENT ANTI-ISRAELIEN. Depuis l’été, Obama avait relâché ses pressions sur l’Etat hébreu afin de conserver, le 2 novembre, le soutien de la majorité de l’électorat et des donateurs juifs. Cette attitude a en effet facilité la réélection in extremisde plusieurs personnalités démocrates, notamment le sénateur du Nevada Harry Reid. Mais dès le lendemain du scrutin, Obama est revenu à ses positions antérieures. Il a condamné publiquement, lors d’une conférence de presse à Djakarta le 9 novembre, la construction éventuelle à Jérusalem de 1300 logements dans des quartiers juifs de Jérusalem. Selon un journaliste particulièrement bien informé, Aaron Klein, le président américain se préparerait à faire une déclaration faisant porter à Israël l’entière responsabilité de « l’impasse des négociations israélo-palestiniennes ». L’échec apparent de la rencontre entre le premier ministre israélien Benjamin Nethanyahu et la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton – huit heures d’affilée de discussions le 11 novembre à Washington – semble confirmer ce retour en arrière.

JUIFS REPUBLICAINS. Selon un sondage Gallup récent, 63 % des Américains ont de la sympathie pour Israël. Mais les républicains sont plus nettement pro-israéliens, avec un taux de 85 %, que les démocrates, tombés à 48 %. Quant aux indépendants (qui ne se réclament d’aucun parti et votent pour l’un ou l’autre au gré des événements), ils soutiennent Israël à 60 %. Traditionnellement, les Juifs votaient démocrate : un réflexe qui l’emporte toujours dans les milieux les plus âgés, venus à la politique entre 1950 et 1970. Mais 30 % des Juifs – les milieux les plus attachés à leur identité, dont la moyenne d’âge est beaucoup plus basse – ont voté républicain le 2 novembre. Cette proportion devrait augmenter au cours des prochaines années. Surtout si Obama persiste dans ses attitudes anti-israéliennes

LA LIGNE RAND PAUL. Comme son père Ron Paul, député du Texas, et candidat à la nomination républicaine en 2008, le nouveau sénateur du Kentucky Rand Paul incarne au sein du conservatisme américain un courant à la fois antiétatiste, isolationniste et pacifiste qui par certains côtés se rapproche étrangement de la gauche et même de l’extrême gauche. Il préconise le démantèlement de l’Otan, l’arrêt des opérations en Irak et en Afghanistan et la fin des « relations spéciales » avec des pays étrangers, à commencer par Israël. Selon lui, « un Iran nucléaire ne menacerait pas les intérêts nationaux des Etats-Unis ». La ligne Rand Paul est minoritaire chez les républicains, mais pourrait parasiter le renouveau du parti.

SLOGAN. Une formule constamment utilisée par les républicains pendant leur campagne : « Le devoir de la majorité, c’est de gouverner. Et celui de la minorité, de devenir une majorité ». A retenir. Et à méditer.

© Michel Gurfinkiel, 2010

L'article original peut être consulté sur le blog de Michel Gurfinkiel

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