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Publié par Michel Garroté le 28 décembre 2010

Sarkozy va-t-il perdre 1,5 million d’électeurs ?

Par Michel Garroté

Dans mon analyse intitulée Sarko dira en 2011 qu’il est candidat pour 2012 depuis 2010, j’ai tenté de démontrer qu’aujourd’hui en France, les contradictions, les anachronismes et surtout, le ridicule, sont élevés au rang de vertus républicaines. Et qu’en la matière, l’actuel président surpasse tous ses prédécesseurs. Dans l’analyse ci-dessous, j’aimerais tenter de démontrer que la « République irréprochable », selon la formule sarkozique, n’est en réalité qu’une « République bananière », selon la formule du journaliste Franz Olivier Gisbert. Et j’aimerais tenter de démontrer, dans l’analyse ci-dessous, que Sarkozy risque de perdre 1,5 million d’électeurs aux présidentielles de 2012.

Pour commencer, j’aimerais rappeler que la ministre française des Finances, Christine Lagarde, annonce 184 milliards d'euros de dettes – obligataires à moyen et long terme émis par la France – pour 2011. En termes moins prosaïques, la Sarkozie s’offre donc 184 milliards d'euros de dette supplémentaire en 2011. 184 milliards d'euros qui viennent s’ajouter à la dette totale qui elle dépasse les 1'600 milliards d’euros. Pour mémoire, en 2010, la France a emprunté 210 milliards d'euros. Le besoin de financement, autrement dit l’accroissement de la dette française, prend en compte un déficit du budget de l'Etat de 91 milliards d'euros déjà planifié pour 2011. Autrement dit, la Sarkozie sait déjà que son déficit budgétaire en 2011 sera de 91 milliards d'euros. En 2011, la France va donc ainsi créer un déficit de 91 milliards d'euros supplémentaires tout en s’endettant à hauteur de 184 milliards d'euros supplémentaires. C’est le côté « décalé » des politiciens français qui dans ce climat économique désastreux nous annoncent néanmoins la croissance économique et la baisse du chômage pour 2011.

En réalité, ce côté « décalé » des politiciens français n’échappe à personne. A cet égard, on notera que les correspondants à Paris des plus grands médias étrangers s’accordent pour voir en Sarkozy un monarque républicain, à la fois dangereux, autiste et fanfaron. Je me souviens que Sarkozy, d’origine hellèno-magyare, marié à une cisalpine, avait promis en 2007, aux Français, notamment aux Juifs Français de droite et aux Chrétiens Français de droite, une « laïcité positive ». Et en guise de « laïcité positive », Sarkozy a surtout instauré l’Allahïcité, reconnaissant le culte musulman dans une République dont la Constitution ne reconnaît aucun culte ; et plaçant, lors d’une déclaration publique, adressée aux policiers français, « l’islamophobie », sur le même plan que le racisme et l’antisémitisme.

Qu’en pensent les électeurs ? Pour mémoire, la blogosphère de droite (aile droite de l’UMP + droite située ‘à gauche’ du FN) rassemble 1,5 millions de « lecteurs / électeurs ». Si l’actuel président français continue d’écouter son épouse, au lieu d’écouter ce 1,5 millions de « lecteurs / électeurs », alors, il pourrait lui en cuire, plus vite qu’il ne pense. Pour autant qu’il sache encore penser. Et compter.

Car en effet, j’ai récemment additionné les blogues de droite sur le Net francophone. Et j’ai additionné leur nombre de lecteurs qui sont aussi des électeurs. Des électeurs qui s’inspireront de ce qu’ils lisent sur Internet pour déterminer leur choix de vote en 2012 (je veux ici parler des Français). Je signale – juste en passant et sans la moindre émotion – que ces lecteurs, qui constituent aussi des électeurs, sont environ 1,5 millions. Si moi je le sais, alors faites-moi confiance, les services de L’Elysée et de Matignon le savent aussi. D’un côté, je fais partie d’un courant qui défend la société libre et laïque de culture judéo-chrétienne. D’un autre côté, je note que d’une part, l’aile droite de l’UMP reste à moitié sourde lorsque nous nous manifestons (à moitié sourde, sachant qu’il y a encore trois ans, elle restait totalement sourde) ; et je note que d’autre part, le Front National, avec ou sans Marine Le Pen, ne semble pas vouloir évoluer en profondeur. Il n’y donc pas, à ce stade (décembre 2010), un véritable courant de droite en France. Il n’y a que les étatistes centristes de l’UMP et les versatiles du Front National. Comment le lectorat / électorat susmentionné (1,5 millions de Français) va-t-il gérer tout cela, aux présidentielles de 2012 ? A plus court terme, que pensent les 1,5 millions de lecteurs / électeurs des « affaires », notamment l’affaire Sarkozy-Woerth-Bettencourt et l’affaire Sarkozy-Karachi ? Sarkozy et sa « République bananière » vont-il perdre 1,5 millions d’électeurs aux présidentielles de 2012 ?

A ce propos, Philippe Broussard, sur L’EXPRESS.fr, écrit (extraits adaptés avec mes commentaires entre parenthèses) que « pour Nicolas Sarkozy, l'année judiciaire a été marquée par le feuilleton Woerth-Bettencourt et par l'enquête sur l'attentat de Karachi. La Ve République a renoué ainsi avec la "tradition" des affaires. Nicolas Sarkozy s'est longtemps cru préservé des "affaires". Comme si les scandales politico-financiers relevaient de temps lointains, et d'autres présidents de la République, à commencer par son prédécesseur, Jacques Chirac. De fait, quand il est arrivé au pouvoir, en mai 2007, Nicolas Sarkozy n'avait pas de "casseroles" majeures dans ce domaine. Mais les années ont passé et deux dossiers largement médiatisés sont venus troubler sa quiétude en 2010. Le premier, l'affaire Bettencourt, a notamment abouti à la mise en cause d'un ministre, Eric Woerth, personnalité importante du sarkozysme. Les accords passés dernièrement entre Liliane Bettencourt et sa fille Françoise pour mettre un terme aux conflits qui les opposaient depuis 2007, n'ont pas éteint toutes les procédures judiciaires "annexes" » (Michel Garroté :  quand il est arrivé au pouvoir, en mai 2007, Sarkozy avait des casseroles majeures dans ce domaine, comme tous les présidents de la Ve République ; simplement, en mai 2007, personne n’avait jugé utile de soulever ces casseroles).

« Ainsi, celles concernant Eric Woerth, dépaysées du tribunal de Nanterre à celui de Bordeaux, sont toujours en cours. Elles portent notamment sur la période où ce dernier était trésorier de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. En filigrane, c'est donc bien du président de la République dont il est question dans ce volet de l'affaire Bettencourt. Rien ne prouve, à ce jour, que Nicolas Sarkozy ait bénéficié d'un soutien financier illégal de la part des Bettencourt ou de leur entourage, mais le soupçon perdure. L'affaire a même pris de telles proportions, au printemps dernier, que le président a été contraint d'y répondre publiquement. A cette occasion, Nicolas Sarkozy ou ses fidèles ont d'ailleurs fait preuve d'une nervosité révélatrice de leur embarras. Ne sont-ils pas allés jusqu'à mobiliser les services secrets pour connaître l'origine de certaines fuites dans la presse ? » (Michel Garroté :  et Sarkozy, dans une prestation lamentable, a joué le rôle du clown triste qui ignore ce que font les services secrets de l’Etat qu’il préside ; que l’on cesse donc enfin de nous raconter que Sarko serait fort en communication alors qu’il est pathétique et médiocre en la matière).

« A l'évidence, cet embarras est pourtant moindre que celui provoqué par un autre dossier : l'affaire Karachi. L'enquête sur cet attentat qui a coûté la vie à 11 employés français de la Direction des constructions navales, le 8 mai 2002, au Pakistan, a rebondi à plusieurs reprises en 2010. Contrairement à ce qui a pu être dit ici ou là, rien ne permet de conclure aujourd'hui que l'explosion de 2002 fut une conséquence de l'arrêt, par la France, du versement de commissions liées à la vente de sous-marins au Pakistan. En revanche, en examinant dans le détail ce dossier complexe, il apparaît que des rétro-commissions ont pu être versées au bénéfice de personnalités françaises. Le nom de Nicolas Sarkozy est apparu dans le dossier Karachi car il était très proche, à l'époque des négociations avec le Pakistan, d'Edouard Balladur, candidat malheureux à l'élection présidentielle de 1995. Le juge Renaud Van Ruymbeke, qui enquête sur le volet financier de l'affaire, tente de démêler l'écheveau de ces contrats d'armement et de savoir si un système de rétro-commissions avait été mis en place par divers intermédiaires au bénéfice des balladuriens ou de leurs alliés » (Michel Garroté :  autrement dit, il apparaît que des rétro-commissions ont pu être versées à Balladur et Sarkozy. La justice française sera-t-elle en mesure de confirmer tout cela en temps opportun ?).

« Comme dans le dossier Bettencourt, l'Elysée a fait preuve, sur ce deuxième "front", d'une extrême nervosité. Après en avoir longtemps sous-estimé l'impact, Nicolas Sarkozy a pris la pleine mesure du scandale au printemps, à la publication du livre Le Contrat (éditions Stock), de deux journalistes de Mediapart, Fabrice Lhomme et Fabrice Arfi. A l'époque, L'Express avait publié en avant-première de larges extrait de ce livre. En couverture du magazine, s'affichait le titre suivant : "l'affaire qui fait peur à Sarkozy". Tout indique que l'inquiétude est toujours de mise, au "château". Si L'Express a accordé une large place à ces dossiers, il a également puisé dans ses archives pour publier un livre de près de 500 pages sur les "Grandes affaires de la Ve République". Cet ouvrage, constitué en partie d'articles d'époque, permet de mesurer à quel point chaque période a eu ses scandales, et chaque président sa manière d'y résister » (Michel Garroté :  nous touchons là le cœur du problème. Aujourd’hui en France, les contradictions, les anachronismes et surtout, le ridicule, sont – plus que jamais – élevés au rang de vertus républicaines ; et en la matière, l’actuel président surpasse tous ses prédécesseurs ; sa République irréprochable reste une République bananière. De ce fait, il est permis de se demander si l’actuel locataire, à l’instar de tous ses prédécesseurs, traîne, lui aussi, des casseroles. Oui, il est permis de se poser cette question. Cette question qui pourrait « coûter » 1,5 millions d’électeurs en moins à Sarkozy en 2012).

Michel Garroté

Sources :

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/2010-le-retour-aux-affaires_946319.html#xtor=AL-447

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