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Publié par Guy Millière le 3 février 2011

Dès le début de sa présidence, Barack Obama a indiqué sa volonté de tourner le dos à la doctrine Bush et a envoyé une série de messages à tous les dictateurs de la planète destinés à leur signaler que les Etats-Unis, désormais, n’allaient plus leur poser de questions concernant les droits de l’homme, ou leur suggérer la moindre réforme en direction de davantage de liberté. Dès le début de sa présidence aussi, le même Barack Obama a indiqué sa volonté de retirer les troupes américaines d’Irak, de se désengager du Proche-Orient, de tendre la main à la République islamique d’Iran tout en montrant qu’il considérait celle-ci comme une pièce maîtresse de la « stabilité au Proche-Orient. Obama a aussi, très vite, renoncé au déploiement du bouclier anti-missile américain en Pologne et en République Tchèque, envoyé des messages de sympathie à la Syrie et indiqué qu’à ses yeux, si le problème majeur à l’échelle de la planète était la puissance américaine, à l’échelle du Proche-Orient, le problème majeur était l’existence d’Israël et l’absence de résultats du « processus de paix ».

J’ai énoncé et précisé tout cela dans de nombreux articles, et j’ai défini l’essence de ce qui est en sous jacence à ces diverses décisions dans mon dernier livre, La résistible ascension de Barak Obama.   

Nous arrivons au moment où ce que j’ai appelé la « doctrine Obama » produit ses pleins effets. La Chine projette sa puissance d’une façon de plus en plus inquiétante dans toute la zone Pacifique, la Russie reconstitue sa zone d’influence dans tous les pays qui composaient l’ancienne Union soviétique, l’Iran place de plus en plus l’Irak en position de soumission et accroît son emprise sur les émirats du Golfe arabo-persique, en lesquels on voit que le vent souffle en direction de Téhéran, le Liban est tombé aux mains du Hezbollah. La Tunisie a vu revenir, dans une économie largement ruinée par un mois d’émeutes, Rachid Ghannouchi, qu’on présente désormais comme un « islamiste modéré » (et dont on oublie les déclarations djihadistes et les appels au meurtre innombrables au cours des années passées). Elle a vu se produire aussi de premiers actes antisémites et ce que Ftouh Souhail a qualifié ici de « mini Nuit de Cristal ». Certains veulent parler encore de l’éclosion miraculeuse d’une démocratie tunisienne : j’ai dit déjà mon scepticisme.

Ce qui est clair est que l’armée tunisienne a été en contact étroit avec l’administration Obama, et que la décision de lâcher Ben Ali, dans un contexte d’immenses incertitudes, a été prise à la Maison Blanche où, jusque là, on a montré un amour très modéré pour la démocratie. 

Deux semaines après la chute de Ben Ali, ce fut le tour de l’Egypte. Et là aussi, les choses deviennent de plus en plus claires : après avoir lâché Ben Ali, l’administration Obama a décidé de lâcher Hosni Moubarak. 

Je dois le dire : j’ai beaucoup de mal à croire au caractère purement spontané d’émeutes aussi vastes. Je sais, car c’est avéré, et les documents sont disponibles sur le net, que l’administration Obama a entretenu des liens étroits avec divers activistes égyptiens, au cours des deux années passées, aux fins de mener à bien une déstabilisation du régime Moubarak. Je sais, car c’est avéré aussi, que l’administration Obama a des liens étroits avec Mohamed El-Baradei, dont les liens avec les Frères musulmans ne sont un secret pour personne, sauf la plupart des journalistes de ce pays, et dont le financement par l’Iran n’est lui-même un secret pour personne, sauf pour ceux qui le présentent comme un « démocrate » et comme un prix Nobel de la paix, obtenu pour ses bons et loyaux services en faveur de la nucléarisation du régime des mollahs. 

Je sais, car c’est avéré là encore, que l’ancien ambassadeur Frank Wisner, envoyé au Caire pour transmettre les ordres d’Obama à Moubarak, a profité de son séjour pour rencontrer aussi des dirigeants des Frères musulmans en Egypte. 

J’ai suivi de près, malgré plusieurs jours de voyage, les déclarations d’Obama exigeant une transition immédiate, et un abandon du pouvoir sans délai par Hosni Moubarak, ainsi que celles montrant une « ouverture » américaine à la participation des Frères musulmans au nouveau pouvoir en Egypte. 

Hosni Moubarak est un dictateur. L’avancée de la société égyptienne vers davantage de liberté n’a cessé d’être un objectif souhaitable. Ce qui se profile, au delà des mots, n’a sans doute rien à voir avec la liberté. Au mieux, et je dis bien au mieux, cela s’achèvera par un changement dans le régime, avec passation des pouvoirs au général Omar Souleimane, récemment nommé vice-président. Et ce changement de régime se traduira sans doute par une inflexion anti-occidentale et anti-israélienne. Au pire, cela conduira à une prise de pouvoir par les Frères musulmans. Ceux-ci sont sunnites et financés en bonne partie par l’Arabie Saoudite, mais ils sont financés aussi depuis quelques années par l’Iran qui finance leur branche « palestinienne », le Hamas. 

Ce qui pourrait se profiler à terme serait une république islamique d’Egypte, une rupture du traité de paix avec Israël, un passage du canal de Suez aux mains d’islamistes, et un effet de contagion qui deviendrait cataclysmique. 

J’ai dit plusieurs fois qu’Obama promettait d’être pire que Carter. J’aurais préféré me tromper. Carter restera dans l’histoire comme l’homme grâce à qui la république islamique d’Iran a vu le jour. Obama semble devoir rester, selon l’expression d’un journaliste américain comme l’ "homme qui a perdu l’Egypte". 

S’il se limitait à être « l’homme qui a perdu l’Egypte » ce serait déjà une horreur. Mais ce que recèle potentiellement la situation actuelle est bien plus horrible encore. J’y reviendrai dans les prochains jours. 

Et j’ajouterai, à l’attention de ceux qui penseraient naïvement qu’Obama s’est converti à la doctrine Bush, que celle-ci reposait sur l’idée de réformes graduelles et de création d’institutions, et d’un terreau propice à la démocratie, qui, comme tous les discours de Bush l’attestent, signifiait pour lui le pluralisme, l’état de Droit, le respect des droits de propriété, la protection des minorités, et l’égalité de droit, pas du tout la démocratie absolue susceptible de résulter du chaos, ou d’un processus révolutionnaire, tout à fait à même de conduire à une vague de terreur.

On doit noter en supplément qu’Obama semble surtout intéressé à s’en prendre aux régimes alliés des Etats-Unis. On me répondra que c’est un hasard, sans doute. Les opposants iraniens qu’Obama a laissé Ahmadinejad et Khamenei massacrer sans dire un mot auraient aimé bénéficier de ce hasard : Obama ne pouvait se prononcer en leur faveur. Ils se soulevaient contre un régime hostile aux Etats-Unis. Et cela doit se savoir : Obama aime les régimes hostiles aux Etats-Unis. Si, en supplément, ce sont des régimes hostiles à Israël, c’est encore mieux.

Guy Millière

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