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Publié par Ftouh Souhail le 4 février 2011

De plus en plus, le scénario à la tunisienne apparaissait comme possible sur les bords du Nil. Mais les similitudes avec la Révolution du Jasmin sont peu susceptible de se répéter en Égypte.

L’opinion égyptienne est très marquée par la "Révolution du Jasmin." Les Égyptiens ont été massivement impressionnés par la révolution tunisienne, et il souhaitent reproduire les évènements tunisiens en Égypte.

Tout comme en Tunisie, où le peuple, sans commanditaire et spontanément, est sorti dans la rue pour clamer son ras-le-bol contre le dictateur qui le gouvernait, la jeunesse Egyptienne a fait sortir le peuple dans la rue du Caire et de l'ensemble des autres villes, en bravant la peur qui les tétanisait, pour mettre fin au règne musclé et injuste du vieillissant Moubarak.

Le mouvement, lancé par les jeunes militants pro-démocratie surnommés le groupe du "6-avril", réclame de meilleures conditions de vie dans un pays où l'état d'urgence est imposé depuis près de trente ans, sous le régime d'Hosni Moubarak, et où plus des 40% des 80 millions d'habitants vivent avec moins de deux dollars par jour et par personne.

Agé de 82 ans, de santé fragile, Hosni Moubarak ne peut plus se maintenir au pouvoir longtemps. Les Égyptiens continuent de demander sa démission. Pour la dixième  journée consécutive, plusieurs milliers de manifestants étaient massés au centre du Caire. Les affrontements entre forces de l'ordre et manifestants ont fait une centaine de morts depuis le début des manifestations.

En septembre 2005 seulement un électeur sur cinq avait voté pour lui. Sa dernière victoire était trop timide alors que sa succession était  restée vague, avec une forte attente de transition démocratique. L'élection présidentielle d'octobre prochain, si elle a lieu, doit être l'occasion d'une transition démocratique qui aurait dû être préparée depuis longtemps.

Mais qui aurait imaginé il y a quinze jours que la Révolution de Jasmin mette fin aux spéculations sur un passage de relais à son fils Gamal ? Ce mardi 1er février 2011, Moubarak annonçait que l'assemblée devrait retoucher la Constitution (art 76 et 77) de façon à limiter le nombre de mandats présidentiels, tout en affirmant qu'il irait au bout de son cinquième mandat qui expire en septembre 2011.

Sans vouloir attendre les présidentielles prévues pour  octobre 2011, le peuple égyptien, fait preuve de maturité, et ne veut plus du régime de son Président, injuste et pourri jusqu'à la moelle. «  Que tous ces vieux dictateurs dégagent ». « Bon vent, et bon débarras » crient les  jeunes égyptiens.

Le soulèvement égyptien, qui ne montre aucun signe d'essoufflement, a posé de façon plus criante la question des alternatives au régime d'Hosni Moubarak. Le président musèle l'opposition et limite ses activités en invoquant l'état d'urgence. Rares sont les partis autorisés à exister et les associations, syndicats, l'appareil juridique et la presse sont anéantis par des années de dictatures.

Chaque  matin les manifestants sont plus nombreux sur la place Tahrir au centre du Caire.

Comme en Tunisie, Internet et la téléphonie mobile ont joué un rôle crucial dans le déclenchement des manifestations. Le gouvernement égyptien a compris qu’il devait gagner la guerre de l’information qui a coûté le pouvoir à Ben Ali. Le régime a oeuvré pour empêcher les manifestants de communiquer avec le monde. Mais les opposants sont toujours plus nombreux. La censure a été  contournée. Les effets de cette censure, pourtant sans précédent, ont montré leurs limites. Le mouvement du 6 avril et d’autres organisations des droits de l’Homme ont reçu le soutien actif de plusieurs fournisseurs d’accès internet étrangers et des géants Google et Twitter, des stratégies de contournement ont été mises en place pour permettre aux manifestants d’échanger des informations, de se mobiliser et de s’organiser.

Twitter et Google ont mis en place, lundi soir, un système permettant de twitter sans avoir à recourir à une connexion Web. Baptisé Speak2tweet, l’outil permet de laisser un message vocal, depuis une ligne fixe, vers trois numéros hébergés à l’étranger (aux Etats-Unis : +16504194196, en Italie : +390662207294, à Bahrein : +97316199855).

Après l’échec de la stratégie de la censure, le régime est passé à la repression de masse. Les nuits du Caire sont ponctuées de combat autours de la place Tahrir, ou des manifestants anti-Moubarak ont été tués par dizaines. Dès l’aube chaque jour, des milliers de personnes convergent de nouveau vers la place, malgré les risques et les demandes d’arrêt des manifestations faites par les autorités. Des chars de l’armée sont utilisés  pour faire reculer les partisans du changement. De nombreuses voix s’élèvent et accusent le gouvernement d’avoir équipé et rémunéré les "manifestants" pro-Moubarak qui ont semé le chaos cette semaine. Les pro-Moubarak auraient utilisé des armes à feu et des bombes artisanales.

La tension est à son comble.

Selon Al Jazeera, les heurts entre les deux parties auraient fait au moins cinq morts et des centaines de blessés ce jeudi. Selon Al Jazeera toujours, des forces militaires importantes ont été envoyées en renfort dans toute l'Egypte pour lutter contre les émeutes. Des hélicoptères patrouillent également au-dessus du Caire afin de faire revenir l'ordre public. 

Ce vendredi 4 février va être le jour de tous les dangers.

L’opposition a appelé à une nouvelle journée de manifestation pour ce qu’elle appelle le "vendredi du départ", en référence à la démission espérée d’Hosni Moubarak.

Vendredi est jour de prière hebdomadaire. L'opposition espère donc rassembler encore plus de monde, au moins un million de personnes.

Et si  les égyptiens jetaient vraiment leur président dehors ?

Ftouh Souhail, Tunis

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