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Publié par Guy Millière le 6 février 2011

Ce dimanche, Ronald Reagan aurait eu cent ans. Il ne les a pas eu physiquement, mais son œuvre et ses accomplissements vivent. Plus le temps passe et plus sa stature grandit sur l’horizon. Référence essentielle de George Walker Bush, Reagan fut, comme lui, détesté, raillé et traité d’imbécile au temps de sa présidence. Aujourd’hui, s’il sert de référence fondamentale aux tea parties et au mouvement conservateur, il se trouve utilisé par la gauche américaine qui tente, sans le moindre scrupule, de lui comparer Obama.  

J’ai connu Ronald Reagan. Je n’ai aucune envie de connaître Barack Obama. Ronald Reagan était un homme lucide, simple, imprégné tout à la fois d’une grande gentillesse et d’une profonde détermination.  

Economiquement, quand bien même il n’a pu accomplir tout ce qu’il aurait souhaité accomplir, il a simplifié radicalement les procédures de création d’entreprise, abaissé les impôts, procédé à une déréglementation drastique qui a permis un recours très vaste au capital risque, une mutation de la finance et une transformation de l’économie américaine dont on a aujourd’hui encore du mal à prendre la mesure de ce côté de l’Atlantique. C’est sous sa présidence qu’ont été lancées ou dynamisées les principales entreprises du secteur biotechnologique et que la plupart des entreprises de microinformatique ont pris leur essor. C’est sous sa présidence aussi que les bases de ce qui deviendra internet ont été posées. Les concepteurs de l’économie de l’offre ont été ses plus proches conseillers, Arthur Laffer et Jude Wanniski, George Gilder  et Robert Bartley.  

Stratégiquement et dans le domaine de la politique étrangère, il a procédé au réarmement matériel et moral des Etats-Unis, n’hésitant pas à parler de bien et de mal et à désigner l’Union soviétique comme l’ »empire du mal ». C’est sous sa présidence que l’Initiative de Défense Stratégique a été lancée, premier de tous les boucliers anti-missiles et clé de la victoire américaine dans la guerre froide. Ses conseillers essentiels en ce domaine ont été mon ami Martin Anderson, auteur du meilleur livre à avoir été publié sur les années Reagan, Revolution, car, comme me l’a répété Martin, Ronald Reagan a été et est toujours un révolutionnaire : au service de la liberté, ainsi que Richard Pipes, le père de Daniel Pipes. C’est Richard Pipes qui a expliqué magistralement pourquoi l’Union soviétique était un géant monstrueux qui ne pouvait survivre qu’en faisant peur et en exerçant la prédation, et qui s’effondrerait s’il ne pouvait plus faire peur et exercer la prédation. Dans le discours inaugural de sa présidence, Ronald Reagan disait que le communisme soviétique était l’une des pages les plus sombres de l’histoire de l’humanité, mais que les dernières lignes de cette page étaient en train de s’écrire, et que d’ici dix ans, la page serait tournée. On l’a traité de fou et de provocateur. C’était en 1981. En 1991, l’empire soviétique était tombé.  

Lorsqu’il a quitté la Maison Blanche, Ronald Reagan a dit qu’il avait été élu pour changer l’Amérique, et qu’il avait, en fait, changé le monde. Et c’était exact. Au cours des années qui ont suivi sa présidence, l’effondrement de l’empire soviétique qui a suivi la chute du mur de Berlin a permis l’émancipation de l’ensemble de l’Europe centrale, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, une immense vague de démocratisation dans toute l’Amérique latine. C’est sous Reagan aussi que la Chine a  véritablement mis en place son glissement vers le capitalisme.  

Ronald Reagan ayant considéré  que l’objectif principal était la chute du communisme, il y a subordonné tous les autres objectifs à l’échelle planétaire, et il a laissé de côté le problème que poserait plus tard l’islam radical. Certains lui reprochent d’avoir armé la résistance afghane, catapultant ainsi les époques les unes dans les autres et oubliant au passage que nul à l’époque ne parlait du danger islamiste, qui semblait circonscrit à l’Iran et au Liban.

Reagan savait très exactement à  quoi s’en tenir concernant la guerre arabe contre Israël parce qu’il connaissait la différence entre démocratie et totalitarisme. Et il a écrit de sa main, l’un des textes les plus lumineux et les plus éthiquement clairs qu’il m’ait été donné de lire sur la question. J’ai inclus ce texte dans le recueil de ses Ecrits personnels, que j’ai fait éditer aux Editions du Rocher voici quelques années, après les avoir traduits, annotés et préfacés. Ronald Reagan a inlassablement œuvré pour la libération des dissidents soviétiques et tout particulièrement pour celle des refuzniks, juifs soviétiques désireux de vivre leur vie au sein du peuple juif.  

L’amour et l’admiration qu’un nombre croissant d’Américains vouent à Ronald Reagan reste un mystère pour nombre d’Européens. Sans doute que, pour comprendre, il faut aimer l’Amérique : ce qu’elle fut, ce qu’elle est, ce qu’elle sera. Ronald Reagan aimait l’Amérique de tout son être. Il l’aime toujours. Il est le plus grand Président que les Etats-Unis aient eu au vingtième siècle, et il est, avec George Washington, Thomas Jefferson, Abraham Lincoln, l’un des très grands Présidents des Etats-Unis.  

J’y pense avec une émotion intacte à chaque fois que je prends la route au nord de Los Angeles pour aller jusqu’à Simi Valley, en haut de la colline où a été érigée la Ronald Reagan Library et où se trouve sa tombe.

Guy Millière

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