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Publié par Michel Garroté le 8 mars 2011

 

C’est la faute aux Juifs

Par Michel Garroté depuis Tel Aviv

Les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus. Je lis cela dans la presse depuis plusieurs jours. A vrai dire, j’ai déjà lu cela une première fois, en 1983, à Jérusalem, au temps de mon passage, de l’athéisme, à la croyance des catholiques. Croyance des catholiques, à laquelle j’adhère, encore aujourd’hui, en 2011.

J’ai déjà lu, en 1983, que les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus. Concrètement, j’ai déjà lu cela, en 1983, dans le catéchisme de l’Eglise catholique, dans les récits évangéliques, dans les écrits de saint Bernard de Clairvaux et dans les écrits de Jacques Maritain.

La vraie question n’est donc pas : pourquoi annonce-t-on – en 2011 seulement – que les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus ?

La vrai question est : pourquoi, malgré le fait que l’Eglise catholique affirme – depuis toujours – que les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus, pourquoi, malgré cela, certains membres de l’Eglise, passée et présente, ont-ils considéré et considèrent-ils encore, que les Juifs étaient – et demeurent – collectivement responsables de la mort de Jésus ?

Mais revenons d’abord au fait que les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus.

Ainsi donc, comme je l’ai mentionné ci-dessus, l’on nous annonce, ces jours-ci, dans les médias, que les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus. Cette affirmation – j’insiste encore une fois – n’est pas aussi nouvelle que le croient certains.

En effet, le catéchisme de l’Eglise catholique, au point 597, stipule qu’en tenant compte de la complexité historique du procès de Jésus, complexité manifestée dans les récits évangéliques – et quel que puisse être le péché personnel des acteurs du procès, Judas, le Sanhédrin, Pilate, péché personnel que seul Dieu connaît – on ne peut en attribuer la responsabilité à l’ensemble des Juifs de Jérusalem, malgré les cris d’une foule manipulée (cf. Mc 15, 11) et les reproches globaux contenus dans les appels à la conversion après la Pentecôte (cf. Ac 2, 23. 36 ; 3, 13-14 ; 4, 10 ; 5, 30 ; 7, 52 ; 10, 39 ; 13, 27-28 ; 1 Th 2, 14-15).

Le catéchisme de l’Eglise catholique, toujours au point N° 597, précise que Jésus lui-même, en pardonnant sur la croix (cf. Lc 23, 34), et, Pierre, à sa suite, ont fait droit à "l’ignorance" (Ac 3, 17) des Juifs de Jérusalem et même de leurs chefs. Encore moins peut-on, à partir du cri du peuple "Que son sang soit sur nous et sur nos enfants" (Mt 27, 25) qui signifie une formule de ratification (cf. Ac 5, 28 ; 18, 6), étendre la responsabilité aux autres Juifs dans l’espace et dans le temps. Voilà donc la vision défendue par le catéchisme de l’Eglise catholique au point N° 597.

En fait, selon la vision de l’Eglise catholique, tous les pécheurs furent les auteurs de la passion du Christ. Le catéchisme de l’Eglise catholique, au point N° 599, stipule que la mort violente de Jésus n’a pas été le fruit du hasard dans un concours malheureux de circonstances. La mort de Jésus appartient au mystère du dessein de Dieu, comme saint Pierre l’explique aux Juifs de Jérusalem dès son premier discours de Pentecôte : " Il avait été livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu" (Ac 2, 23).

Dans cet esprit, l’Église catholique a rappelé – au Concile Vatican II – que ce qui a été commis durant la passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. Les Juifs ne doivent pas être présentés comme réprouvés par Dieu, ni maudits comme si cela découlait de la Sainte Écriture (Document NA 4 du Concile Vatican II).

Revenons maintenant à la vrai question qui est : pourquoi, malgré le fait que l’Eglise catholique affirme – depuis toujours – que les Juifs ne sont pas collectivement responsables de la mort de Jésus, pourquoi, malgré cela, certains membres de l’Eglise, passée et présente, ont-ils considéré et considèrent-ils encore, que les Juifs étaient – et demeurent – collectivement responsables de la mort de Jésus ?

Le travail des idées, sur ce point précis, reste ardu. Car, certains catholiques, vont alléguer, que leur Eglise, n’a jamais été antisémite, vu que les textes, de cette même Eglise, n’ont jamais été antisémites. Ce à quoi les Juifs rétorqueront avec raison : mais alors, pourquoi certains membres de l’Eglise, passée et présente, ont-ils considéré et considèrent-ils encore, que les Juifs étaient – et demeurent – collectivement responsables de la mort de Jésus ?

Personnellement, je serais heureux, le jour où les historiens et les sociologues, parviendront, à répondre à cette question concernant l’Eglise catholique, sans toujours chercher, tantôt à accabler des coupables, tantôt à les absoudre. Je trouve, en effet, regrettable, que des historiens de l’Eglise catholique et des sociologues de l’Eglise catholique, portent un jugement, sur les acteurs d’événements passés ou présent. Car il est évident que certains membres de l’Eglise, passée et présente, ont considéré et considèrent encore, que les Juifs étaient – et demeurent – collectivement responsables de la mort de Jésus.

L’histoire en témoigne et personne ne peut nier cela. Le travail des historiens et des sociologues, n’est donc pas, de condamner les coupables ; ou de les acquitter. Pour  nous éclairer sur ce qu’il faut acquitter ou condamner, il y a la philosophie, la morale et la justice. Ce que doivent accomplir les sociologues et les historiens, c’est un travail de recherche sur les raisons – temporelles et spirituelles – qui sont à l’origine, de l’antisémitisme et de la judéophobie, dans l’Eglise catholique, à travers les âges. A cet égard, deux faits ont profondément marqué l’histoire du siècle passé : d’abord la Shoah ; et ensuite, la renaissance, en terre d’Israël, de la Nation des Juifs.

La Shoah n’a pas eu lieu au Rwanda ou au Soudan. La Shoah a eu lieu en Europe. Et l’Europe était, au temps de la Shoah, un continent de culture judéo-chrétienne. La « création » de l’Etat d’Israël en 1948 n’était pas une « création ». On ne peut pas « créer » deux fois la même chose. Cette « création » était la renaissance, en terre d’Israël, de la Nation des Juifs.

La Shoah n’est pas « la cause » de la « création » de l’Etat d’Israël, de la renaissance, en terre d’Israël, de la Nation des Juifs. La Shoah a, certes, contribué, à la prise de conscience, chez les Juifs, qu’il était temps de rentrer au pays, pour ceux d’entre eux qui le désiraient. Mais la Shoah n’est pas « la cause » de la renaissance, en terre d’Israël, de la Nation des Juifs.

C’est sous cet angle de vue, que les historiens de l’Eglise catholique et les sociologues de l’Eglise catholique parviendront, peut-être, un jour, à nous expliquer, pourquoi, certains membres de l’Eglise, passée et présente, ont considéré et considèrent encore, que les Juifs étaient – et demeurent – collectivement responsables de la mort de Jésus.

Ma suggestion est terriblement audacieuse.

Elle va même faire hurler certaines et certains.

Par Michel Garroté depuis Tel Aviv

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