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Publié par Guy Millière le 21 mars 2011

Je serai absent de France pendant une semaine. Je publierai sur ce blog au cours de cette période quelques extraits de mon prochain livre, qui sera en librairie le 15 avril. Ce livre s’appellera « Comme si se préparait une seconde shoah ». Il traitera de la remontée de l’antisémitisme en Europe, de l’islam radical, de la haine d’Israël qui s’insinue dans les esprits sur ce continent. Voici un premier extrait.  

L’EUROPE A-T-ELLE TOURNE LA PAGE ? 
 
Bien sûr. Nul, en Europe, n’envisage de recréer des camps d’extermination. Nul ne propose plus, sur le sol européen, d’assassiner en masse les populations juives.   
 
Auschwitz est aujourd’hui un musée que visitent chaque année des centaines de milliers de touristes, et ceux-ci en repartent presque tous imprégnés d’un sentiment d’horreur qui les poursuit longtemps après.
 
Des cérémonies  solennelles sont organisées chaque année au cours desquelles se trouvent répétées les paroles du souvenir et de la mémoire nécessaire.
 
L’accusation d’antisémitisme est considérée comme si grave et si infâmante, que ceux qui en sont les destinataires n’ont de cesse de s’en défaire et de laver leur honneur.  
 
La croix gammée et l’ensemble de ce qui peut rappeler le Troisième Reich symbolisent tout ce qui semble détestable et à rejeter.  
 
L’Europe a tourné la page, dit-on. 
 
Elle incarne la paix, la tolérance, et quand bien même les difficultés économiques et financières l’assaillent, elle n’en est pas moins, ajoute-t-on, la concrétisation d’un idéal inimaginable voici peu.  
 
Puis-je me permettre de venir nuancer cette description et lui ajouter ici ses parts d’ombre.  
 
Puis-je noter que non seulement les ombres existent, mais qu’elles grandissent à un rythme inquiétant.  
 
Nul ne veut recréer des camps d’extermination en Europe, non.  Et il ne s’en recréera pas. Cela semble assuré. Nul en Europe ne propose non plus d’assassiner en masse les populations juives. 
 
Cela ne signifie pour autant pas que la haine qui a conduit des multitudes vers l’extermination, voici sept décennies, s’est éteinte.
 
La haine a tout juste changé de visage, de mots, d’accoutrements, d’armes et de moyens de tuer. Elle s’est adaptée à l’ère de la télévision et des nouveaux médias. Elle n’en est pas moins là. Elle est même, sous ses nouveaux atours, plus forte que jamais. Et parce qu’elle est insidieuse et se dissimule, plus dangereuse sans doute encore.
                                                                                                        
A Auschwitz, les visiteurs se pressent, certes. Et presque tous repartent avec un sentiment d’horreur, mais pas tous, loin de là, voire même très loin de là : certains, toujours davantage, viennent à Auschwitz comme ils iraient dans un lieu banal, anodin, comme si ce qui s’est passé là n’importait plus vraiment, comme s’il s’agissait d’un musée pareil aux autres, à inscrire dans un circuit touristique, qui comprendrait aussi le château du dix-huitième siècle, fraîchement rénové par la maire d’Oswiecim, et les églises en bois de la région de Cracovie.   
 
Quand des cérémonies sont organisées, ceux qui viennent y assister sont de moins en moins nombreux, et lorsque des articles paraissent dans les journaux sur le sujet, les commentaires qui leur font suite, sur les sites internet, montrent une lassitude qui s’installe, et se teinte d’irritations de plus en plus visibles. « Faut-il continuer à ressasser infiniment ces vieilles histoires », écrira l’un. « Il n’y en a vraiment que pour les Juifs », ajoutera un autre, sous couvert d’anonymat.  
 
Des commentateurs brodent à partir de là, et rappellent avec insistance qu’il y a eu d’autres génocides, et tellement d’autres crimes, qu’il est indécent de parler toujours de celui-là. Se glissent alors dans les textes l’évocation des Tutsis au Rwanda, ou celle des Arméniens en Turquie. Puis, celle des morts du goulag, ou des grandes famines sous Staline. L’évocation des Africains emportés par la traite négrière vient affleurer assez vite. Une expression est venue décrire la tendance ainsi dessinée : « concurrence mémorielle ». Des promesses sont énoncées, disant que toutes les mémoires seront honorées et respectées, et que, bien sûr, tout être humain valant tout autre être humain, ce que nul ne peut contredire, aucune n’a de prééminence par rapport aux autres.  
 
L’accusation d’antisémitisme, en ce contexte général, semble s’émousser. L’objectif doit être la lutte contre le racisme, sous toutes ses formes et toutes ses dénominations et, disent les organisations antiracistes, il y a tellement de formes de racisme plus visibles, en Europe aujourd’hui, que l’antisémitisme. D’ailleurs, ajoutent-elles parfois, l’antisémitisme existe-t-il encore en Europe ? Qui est encore antisémite ? Quelques octogénaires d’extrême droite, nostalgiques d’Adolf Hitler ou du maréchal ? Une poignée de skinheads ? Allons…
 
La croix gammée et l’attirail du Troisième Reich eux-mêmes ont disparu, et figurent à peine encore au rang des accessoires de cinéma. 
 
L’Europe a tourné la page, c’est clair.  
 
Ou, plus exactement, on s’efforce d’y penser, et d’y considérer que la page a été tournée, et qu’une autre page, très différente des pages antécédentes, est désormais en cours d’écriture.
  
On s’efforce d’y penser et d’y considérer : pour ne plus voir, ne plus regarder vraiment ce qui figurait sur la page antécédente et sur tant d’autres pages.  
 
Pour ne plus se souvenir peut-être. Ou plus vraiment.  
 
Guy Millière
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