Publié par Ivan Rioufol le 6 avril 2011

 

S'il s'agit d'illustrer l'incapacité du PS à se remettre en question, il suffit de lire les grandes lignes de son programme, dont l'intégralité a été présentée mardi. Le "mouvement" annoncé ressemble à un sur-place, voire à un retour en arrière tant la lecture replonge dans les recettes de jadis, sur les emplois jeunes, les encadrements des loyers, la fiscalité contre les riches, etc. L'enthousiasme de la presse militante est d'ailleurs très relatif, ce matin.

Cette visible incapacité du parti à s'assumer comme réformiste et progressiste illustre le décrochement de la gauche, nouveau parti conservateur. Aux faillites de l'Etat-providence et de la société multiculturelle, qui sont parmi les raisons du déclin de la France que le PS reconnaît cependant, Martine Aubry ne propose rien sinon des mesures qui aggraveront les dépenses publiques. Son électoralisme, qui lui fait faire des risettes aux jeunes qui auront à payer les largesses de leurs aînés (à moins qu'ils s'y refusent, et ils n'auraient pas tort), devrait la conduire à de semblables flatteries en direction des cités. Il est à remarquer, cependant, que les dernières élucubrations du think tank socialiste Terra Nova  en faveur d'un communautarisme musulman n'ont pas été reprises dans l'avant-projet. La secrétaire générale du PS aurait-elle des interrogations sur les limites d'une stratégie de dragage des suffrages ?

Ce qui surprend est bien l'état du manque de réflexion de ce parti sclérosé, qui compte pourtant des personnalités intéressantes. La droite ne vaut guère mieux sans doute, mais au moins tente-t-elle, pressée par les réalités, de sortir de sa paresse intellectuelle et de ses dénis. Alors que l'électorat en révolte rejette les idéologies et leurs idées tordues pour réclamer davantage de pragmatisme et de raison, le PS n'a toujours pas entrepris sa révolution mentale, qui consisterait à quitter sa bulle pour rejoindre la terre ferme. Cette normalité, dont se réclame d'ailleurs François Hollande, devrait pourtant lui permettre d'aborder la crise sociale autrement qu'avec des recettes d'il y a trente ans, et la crise identitaire autrement qu'en feignant de ne rien voir du problème que pose, et que posera encore plus demain, un islam dogmatique au coeur d'une démocratie ouverte et tolérante. En attendant, la faiblesse de ce pré-programme ressemble à une bonne nouvelle pour l'UMP. Mais la droite aussi à encore beaucoup à prouver d'ici 2012.

Ivan Rioufol

L'article original peut être consulté sur le blog de Ivan Rioufol

 

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