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Publié par Shmuel Trigano le 8 avril 2011

Le débat annoncé sur la laïcité provoque des remous. Son instrumentalisation à des fins politiciennes et électoralistes semble évidente. Il n’en reste pas moins que la question est réellement posée. Mais peut-elle être posée ?

Le voile idéologique (le politiquement correct) qui recouvre tout, et notamment ce qui concerne l’islam,  a tellement déformé la réalité que dès qu’elle montre son nez, c’est le scandale qui éclate, de sorte que tout débat devient impossible.

C’est là une situation déjà ancienne qui a commencé dans les années 1990 quand l’immigration devînt un problème politique. C’est dans ce cadre-là que Mitterrand inaugura la stratégie du « front républicain », utilisant Le Pen comme un levier pour lancer une O.P.A. « républicaine » sur la droite.

L’intégration de l’islam pose une double question : nationale et religieuse.

Cette religion est, en effet, apparue tardivement sur le sol français par le biais d’une immigration de nationaux d’autres pays. L’adjonction d’une nouvelle population, on le comprend, remet en jeu les paramètres morphologiques d’une nation et de son identité. Jusqu’à ce jour, aucune instance partisane ou gouvernementale n’a trouvé la force de s’y confronter dans ces termes qui sont politiques. On a préféré l’inscrire dans le cadre humanitaire de la lutte contre la discrimination et le racisme.

La dimension religieuse est secondaire.

Elle est posée cette fois à l’Etat plus qu’à la nation. La laïcité concerne, en effet, les rapports des religions avec l’Etat. Or, sur ce plan-là, le cas de l’islam est spécifique, pour des raisons purement historiques. Il n’a pas eu, comme le judaïsme et le christianisme, à se réformer pour bénéficier de la reconnaissance de l’Etat (napoléonien) qui durent se soumettre à la réforme qu’il exigeait d’eux pour les accepter. Elles durent renoncer à toute envergure politique susceptible de concurrencer le monopole de l’Etat en matière de pouvoir et de légitimité. Le problème de l’islam est donc à la fois intrinsèque, une religion non modernisée, et extrinsèque puisqu’il est le fait d’une importante population d’origine immigrée, de surcroît dans un contexte international où l’islamisme menace la paix du monde. De ce point de vue (la modernisation et la réforme), il y a bien un problème de l’islam et de la laïcité, qui doit être résolu sur le plan de l’Etat.

Les anciennes religions concordataires (chrétiennes et juive) ne partagent avec la religion récente aucun intérêt commun quant à leur statut et à leur reconnaissance. Néanmoins, les gouvernements successifs ont créé une situation trompeuse : parce qu’ils n’ont pas eu le courage de lui faire face dans ses dimensions politiques et nationales, ils n’ont trouvé à l’aborder que par le biais de la religion, avec toutes les confusions qui s’en suivent. C’est parce qu’ils n’ont pas eu le courage d’entreprendre une véritable procédure de réforme, puis d’intégration de l’islam qui, seul, posait problème, qu’ils ont systématiquement mêlé les deux autres religions au sort de l’islam, entrainant une régression de leur statut et de leurs droits, comme si leur effort d’adaptation bi-séculaire avait été réduit à néant, comme si leur intégration dans l’Etat était encore en jeu.

Ce faisant, il s’est produit, notamment pour le judaïsme, une politisation en retour de leur statut, profondément nuisible à leur avenir et à leur condition pratique et symbolique. Dommage que leur leadership n’ait pas relevé le défi.

Shmuel Trigano

Chronique publiée dans ActuJ le jeudi 31 mars 2011

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