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Publié par Guy Millière le 13 mai 2011

Je croyais, en termes d’imbécillité absolue avoir tout lu et tout entendu.

Je me trompais.

Un ami a attiré mon attention sur le dernier billet rédigé par un certain Michel Colomès, pour le magazine Le Point. Ce billet vaut la peine d’être lu si on veut comprendre à quel niveau est tombé ce qu’on appelle encore l’information en ce pays.  

Après avoir la semaine dernière énoncé, de manière très simpliste, qu’Obama avait tenu la promesse faite par Bush au peuple américain (c’est beaucoup plus compliqué que cela, j’y reviendrai), monsieur Colomès cette semaine s’intéresse au « dernier message » de Ben Laden. Et qu’en déduit-il ? Que ce message était porteur de justesse.  

Que contenait donc ce message juste ? Ceci : « les Américains – et avec eux tous les autres Occidentaux – ne pourront pas vivre sereinement tant que les Palestiniens n'auront pas un État aux frontières reconnues, condition indispensable d'une vie apaisée ».  

Autrement dit, l’urgence des urgences, comme le dit Ben Laden, est de créer un Etat palestinien aux « frontières reconnues », et tout sera pour le mieux ensuite dans le meilleur des mondes. Que manque-t-il pour que cet Etat voie le jour ? L’acceptation par Israël d’un retour aux « frontières de 1967 », retour qui impliquerait, poursuit Colomès, un redécoupage impliquant « au bas mot le transfert et la réinstallation de 100 000 Israéliens ». Et Colomès précise qu’il ne s’agit pas de méchants colons illégalement installés sur le « territoire palestinien », non : il s’agit d’Israéliens vivant sur un territoire considéré comme « Israélien depuis 1967 ». Colomès ne précise pas où vivent ces 100.000 Israéliens. Sont-ce des habitants de Jérusalem ? Il précise néanmoins qu’il faudra « forcer la main » du gouvernement israélien, qui devra vaincre un « complexe d’encerclement ». Et il ajoute qu’Obama n’a, pour l’heure, pas vraiment fait pression sur Israël. Il précise aussi, pour faire bonne mesure, que c’est pour parvenir à ce résultat que « toutes les révoltes arabes » ont eu lieu. Et il ajoute que cet automne, si les Etats-Unis n’y font pas obstacle et si Obama est vraiment digne de confiance, ce résultat sera obtenu par la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien aux Nations Unies, reconnaissance que la France et le Royaume-Uni sont prêts à entériner, avec 110 autres pays, ajoute Colomès.  

Donc : Ben Laden avait raison de soutenir le terrorisme palestinien (curieux : Colomès n’évoque pas le terrorisme, sinon pour le justifier par la bande), car celui-ci incarne une juste cause.  

Donc encore, Colomès en est sûr et certain : un retour aux frontières de 1967 et, semble-t-il, l’abandon quasi total de Jérusalem et celui des lieux saints par Israël transformerait soudain les gens du Hamas et des Brigades des martyrs d’al Aqsa en hippies, prêts à dire « faites l’amour, pas la guerre ».  

Colomès en est sûr aussi : il faudrait un retour aux frontières de 1967, et rendre tout le territoire ethniquement pur de toute présence juive pour que les gentils hippies soient satisfaits. Le pacifisme et la tolérance, cela commence par l’épuration ethnique, c’est bien connu, non ?  

Colomès en est convaincu : les Israéliens sont légèrement malades du cerveau et ont un « complexe » ; ils s’imaginent qu’ils sont entourés de gens qui ne leur veulent pas de bien. Comment ne peuvent-ils pas se rendre compte que les membres du Hamas, ceux des Brigades des Martyrs d’al Aqsa, ceux du Fatah, ceux du Hezbollah sont simplement des hippies légèrement frustrés. Les attentats suicides ? Des gestes d’amour sans aucun doute, demandez à Colomès. Les égorgements d’enfants et de bébés ? Des gestes d’amour encore, avec une légère nuance de frustration, demandez, toujours à Colomès.  

D’une même façon, Colomès n’a pas du tout perçu qu’Obama n’avait cessé depuis janvier 2009, de faire pression sur Israël et de contribuer à la délégitimation et à la diabolisation internationale d’Israël : et d’une certaines manière, il a raison. Obama n’a pas vraiment fait pression comme l’aurait fait Colomès : il a eu beau s’efforcer, le gouvernement d’Israël n’a pas accepté de rayer Israël de la carte du monde. Que c’est frustrant ! Que c’est intolérable !    

Colomès a, par ailleurs, une perception des émeutes du monde arabe très fréquente au café d’à côté de sa salle de rédaction, tout spécialement après quelques verres de rouge : ces émeutes avaient pour objectif central la création d’un Etat palestinien. Evident, non ?  

Colomès pense, c’est clair, qu’Obama doit se rallier aux 110 pays dont il parle et à la France et au Royaume-Uni pour donner un Etat à la coalition Fatah-Hamas qui régit désormais l’Autorité Palestinienne. Et Colomès vous le garanti : le monde, alors, se portera bien.  

Colomès n’a jamais lu le programme du Hamas ou celui des Frères musulmans. Il est trop occupé à méditer sur les œuvres complètes du judicieux Ben Laden. Il n’a jamais écouté les discours d’Ahmadinejad ou ceux de Khamenei : cela aurait pu le détourner des discours du si lucide Ben Laden.

Colomès connaît, par ailleurs, extrêmement bien l’histoire de la région : c’est pour cela qu’il sait, de source sûre, que les gentils hippies du Hamas et du Fatah sont les représentants légitimes d’un peuple qui existe depuis des millénaires, mais dont, inexplicablement, nul ne trouve de trace avant les lendemains de la guerre de 1967 : le peuple palestinien. C’est pour cela qu’il sait qu’avant la guerre de 1967, la Judée-Samarie et Gaza étaient les terres d’un pays appelé la Palestine, qui lui-même existe depuis très longtemps. La preuve : Colomès a vu des cartes dessinées par le Hamas et le Fatah. Il y a un détail qui aurait pu le perturber, bien sûr : sur les cartes dessinées pour le Hamas et le Fatah, sur les cartes de l’Autorité Palestinienne, Israël n’existe pas du tout.

Mais si on s’arrêtait à ce genre de détail, on pourrait penser que les Israéliens ne sont pas des malades mentaux, et que les « Palestiniens » ne sont pas de gentils hippies, et si on commence comme cela, on risque de se retrouver très vite isolé, puis exclu de toute salle de rédaction dans ce beau pays qu’est la France où, dit-on, on trouvait autrefois de l’intelligence.  

C’était il y a longtemps, je sais. Et en ce temps-là, Michel Colomès n’était pas encore journaliste. Aujourd’hui, il y a des gens comme Michel Colomès dans toutes les rédactions. C’est ce qui rend la presse française si instructive.

Guy Millière

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