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Publié par Abbé Alain Arbez le 14 juin 2011

 

La dignité d’une femme

Par A. R. Arbez

Michel Garroté – Je publie ci-dessous un document d’A. R. Arbez sur la dignité de la femme, document qui – tout au moins pour ce qui me concerne – constitue une véritable anthropologie judéo-chrétienne de la femme, de sa dignité et de sa liberté de choisir. Ce document me semble particulièrement bienvenu en ces temps où plus de 150'000 (cent cinquante mille) journaux et magazines de par le monde ont consacré leur ‘Une’ à l’affaire DSK et ses effets collatéraux.

 

A. R. Arbez – Au cours des siècles, en Occident, Marie de Magdala ou Marie Madeleine, est devenue un personnage ambigu, sorte de prostituée convertie, malheureuse figure d’amalgames successifs. L’évangile de Luc nous la présente comme une femme galiléenne « devenue disciple de Jésus, et délivrée par lui de sept démons » donc rescapée d’une situation gravissime. Si dans son traité sur la pénitence, Ambroise refuse encore de confondre la sœur de Lazare avec la pécheresse décrite par Luc, c’est Augustin (4ème-5ème s.) qui assimile les deux personnages. Avec Grégoire le Grand (6ème s.), c’est clair, la pécheresse et Marie Madeleine ne font qu’un. Enfin pour Bède le Vénérable, Marie, sœur de Lazare, est une « femme de mauvaise vie » (Luc), qui, pénitente, devient chaste (Jean). Le personnage sulfureux s’est donc élaboré par étapes, alors qu’en Orient, on n’a pas du tout adopté cette approche moralisante et la distinction a été maintenue entre deux Marie différentes.

Comment restituer à Marie de Magdala son authenticité originelle, sinon en retrouvant le contexte de son existence sociale ? D’abord, il faut être conscient du fait que la Marie Madeleine pécheresse propulsée sur le devant de la scène au Moyen-Age occidental correspond à la tendance conjoncturelle d’une théologie restrictive de l’âme et du corps focalisant le péché sur le charnel. Il y avait sans doute le souci justifié de proposer aux femmes en dérive morale un modèle pédagogique de rédemption. L’époque médiévale, aux mœurs souvent brutales, est en même temps celle qui fait la promotion de la « dame » à travers l’amour courtois et qui popularise le respect dû aux femmes. L’image de « Notre Dame » pour vénérer la Vierge est dans le même sillage et a certainement joué un rôle protecteur du statut de la femme.

Ce contexte éclaire la mise en scène progressive d’une Marie Madeleine ressemblant à des femmes voulant sortir de leur instrumentalisation sexuelle par les hommes. Pourtant, lorsque Jérôme (4ème s.) précise : « Marie Madeleine est celle-là même dont le Christ avait expulsé sept démons, afin que là où avait abondé le péché surabondât la grâce », encore faut-il bien saisir le sens de cette phrase. S’il est question d’une « Marie de Magdala libérée de sept démons » au contact de l’enseignement de Jésus, c’est simplement la manière hébraïque de nous dire qu’une femme a complètement assaini sa vie grâce à la Parole de Dieu. « Si l’œil est dans la lumière, toute la vie sera dans la lumière ».

Précisément, le sept est le signe de la plénitude. Les démons représentent tout ce qui divise l’être humain et le retient captif de ses ténèbres. Pas question de sexe ici. On peut en déduire logiquement que Marie de Magdala est certainement l’une de ces femmes juives du 1er siècle qui suivent Jésus par soif d’une spiritualité libératrice en phase avec leur époque tourmentée. L’évangile de Luc évoque des femmes (Jeanne, Suzanne et d’autres) qui font partie du groupe itinérant des disciples en contribuant à leur entretien, mais aussi en s’instruisant de la Torah à égalité avec les hommes. Marie de Magdala, l’une d’entre elles, a pris sa vie en mains grâce à l’enseignement messianique de Jésus, elle a réalisé son émancipation spirituelle en se purifiant de toute influence du paganisme ambiant et en refusant, par là-même, les fausses valeurs destructrices de l’humain. On comprend sa reconnaissance et sa fidélité envers le Maître : elle sera aux pieds de la croix du Golgotha, comme elle sera le premier témoin de la résurrection du Christ.

C’est donc avant tout cet aspect spirituel majeur qui donne sens au personnage de Marie-Madeleine, et non pas une quelconque saga érotico-mystique à la manière des Da Vinci Code et autres délires insidieux concoctés à partir d’un ésotérisme bas de gamme. Pour mieux comprendre qui est réellement cette femme forte imprégnée d’esprit biblique et assumant fièrement sa féminité par un choix de vie exigeant, il vaut la peine de s’intéresser à son nom : « Magdala » qui a donné en français Marie la Magdaléenne ou Marie Magdeleine.

De l’hébreu mi-gd-al, « croître », Marie Magdala est cette personne à qui une rencontre décisive avec le Messie a permis de grandir en faisant le lien entre la Parole de Dieu et sa vie de femme qui prend ses responsabilités. Affranchie des influences démoniaques du paganisme, son âme a été libérée et grandie. Mais migdal signifie aussi « tour de guet ». Marie qui s’est réapproprié son avenir et sa dignité en se mettant à l’école de Jésus a accédé spirituellement à la même position que cette tour, fréquente aux abords des vignes en Israël, et du haut de laquelle un veilleur posté voit se lever l’aurore d’un jour nouveau.

La tour des veilleurs aux abords de la vigne. Chacun sait combien la vigne symbolise Israël dans la littérature biblique. Ainsi, Marie de Magdala, fille d’Israël prise en considération dans sa dignité de femme et sa quête d’une foi en lien avec la vie, est devenue témoin-clé de la résurrection de Jésus. Elle est l’une des premières proches de Yeshua, Messie d’Israël, lumière pour le monde entier, Christ également « aîné d’une multitude de frères et de sœurs » appelés à la vraie vie.

Abbé Alain René Arbez

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