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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 28 juillet 2011

Un des éléments qui a fissuré le récit de la femme de ménage, et a renforcé les doutes du procureur Cyrus Vance vient de se retourner. Il s'agit du coup de téléphone qu'elle a passé à son ami, dealer et trafiquant, alors qu'il se trouve en prison.

Le New York Times, début juillet, cite un officiel qui a accès au dossier (bonjour la confidentialité de la procédure), et rapporte la conversation téléphonique que Nafissatou aurait eu avec son ami trafiquant : "Ne te fais pas de souci, ce type a beaucoup d'argent. Je sais ce que je fais".
 
Le soupçon d'un coup monté par Nafissatou devenait alors très lourd.
 
Si l'on y ajoute le gros compte en banque aux mouvements louches, les nombreuses lignes de téléphone, le mensonge sur son nombre d'enfants afin d'avoir de meilleures aides sociales, les inexactitudes sur son dossier d'immigration, et sur son passé de réfugiée violée, la coupe emplit vite.
 
Ce sont des faits qui, dans l'état du dossier, plombe la crédibilité de Nafissatou.
 
Et il y a autre chose. Dans ses interviews à Newsweek et ABC cette semaine, Nafissatou se montre peu convaincante. La preuve d'un viol se réduit souvent à "il a dit"/ "elle a dit", et ses larmes de crocodile ne plaident pas en sa faveur.
 
Ce n'est pas un fait, mais une impression, elle fera certainement pencher le jury, dans un sens ou dans l'autre.
 
Le dossier de la femme de chambre s'effrite, donc.
 
Sauf que voilà : Elle vient de passer huit heures dans le bureau du procureur, avec Kenneth Thompson, son avocat. Objet de la visite : l'écoute et la traduction de la fameuse conversation avec le voyou de la maison d'arrêt.
 
L'avocat de Nafissatou a déclaré, en sortant du bureau du procureur : "Je tiens à vous dire que parmi les choses qui ont été dites (note de JPG : dans la conversation téléphonique), certaines ont été mélangées entre-elles dans ce qui a été répété au New York Times".
 
"Toutes les parties ont écouté l'enregistrement de la conversation avec un interprète qui parle le dialecte peul de la femme de chambre. Nous avons écouté l'enregistrement, explique Thompson, et la victime n'a jamais prononcé ces mots (rapportés par le New York Times)"
 
"Elle a dit : 'quelqu'un a tenté de me violer et c'est un homme puissant, un homme important'".
 
A la fin de cette longue réunion, le procureur Vance a refusé de faire la moindre déclaration.
 
L'audition de Strauss Kahn a été repoussée au 23 août car Tristane Banon va être entendue par la justice américaine, ainsi qu'un nouveau témoin, Marie-Victorine, âgée de 38 ans, qui a expliqué au magazine suisse l'illustré (2) avoir été sa maîtresse pendant un an en 1997 quand elle vivait à Sarcelles et qu'il était maire. 
 
Rendez-vous secrets, baisers volés, Marie-Victorine évoque une dévorante passion amoureuse. «Mon premier grand amour», dit-elle.
 
Extraits.
 
Marie-Victorine : "Dans mon entourage, il n'y avait que deux personnes qui étaient au courant de ma liaison passée avec lui… (quand l'affaire a été révélée) elles n'ont pas manqué de m'appeler". "Dis, tu as vu ça ? Qu'est ce que tu en penses ?". Et je leur répondais à chaque fois: "oui, c'est incroyable, mais en même temps, il est ce qu'il est!".
 
Marie-Victorine : "Ensuite, je me suis demandé si Dominique était devenu stupide avec l’âge. Il était sur la route du succès et il avait saboté toutes ses chances. Mais au fond de lui, je ne suis pas certaine qu’il voulait vraiment être président de la République. C’est un acte manqué. Mais je n’imagine pas que ce soit conscient de sa part."
 
Marie-Victorine : "je pense que c’est un homme qui aime le sexe, qui a un gros appétit sexuel, qui aime les femmes, donc, qu’effectivement, il est peut-être allé un peu trop loin, beaucoup trop loin. Et je suis convaincue que, dans son esprit, il est intimement persuadé de ne pas être coupable."
 
L'illustré : DSK vous parlait beaucoup de lui ? De ses ambitions politiques ?
 
Marie-Victorine : "Très peu. Je me souviens à l’époque qu’il voulait être ministre, ça oui, clairement. Président ? Il avait eu un jour cette phrase : «Je ne pourrai jamais être président parce que je suis juif et franc-maçon.»
 
L'illustré : Avez-vous l’impression que DSK peut être très manipulateur?
 
Marie-Victorine : "Oui. Il peut être très manipulateur. Je n’ai pas l’impression qu’il l’était avec moi, il ne m’a jamais forcée et j’assume complètement. Mais la manipulation n’est pas quelque chose qui me surprend chez lui. Il suffit de regarder par exemple les liaisons qu’il a eues ou de se remémorer cette lettre de Piroska Nagy, lorsqu’elle dit: «J’avais le sentiment que j’étais perdante si j’acceptais, et perdante si je refusais.» Il y a clairement manipulation ou chantage."
 
L'illustré : Kenneth Thompson, l’avocat de Nafissatou Diallo, vous a-t-il contactée?
 
Marie-Victorine : "Oui, nous nous sommes parlé au téléphone…(…) Ses questions étaient vraiment salaces, chirurgicales. Il m’a proposé aussi de rencontrer sa cliente, mais j’ai refusé."
 
L'illustré : On m’a parlé d’un avortement durant votre liaison avec Dominique Strauss-Kahn…
 
Marie-Victorine : "Je refuse de parler de ça.
 
L'illustré : Mais DSK vous a-t-il forcée à avorter?
 
Marie-Victorine : "Kenneth Thompson m’a posé la même question et je lui ai répondu ceci: «Il m’a forcée à ne rien faire du tout.» Il y a des choses qui doivent rester entre deux personnes, et Dieu.
 
L'illustré : DSK a-t-il été parfois violent avec vous?
 
Marie-Victorine : "Kenneth Thompson m’a aussi posé la question. C’est quoi la violence ? Un homme qui vous plaque au mur et qui vous embrasse, c’est violent ? Il y a violence et violence. Pour moi, ce n’était pas violent. Il ne l’a jamais été avec moi. Ni physiquement ni verbalement. Je considère notre relation davantage comme de la passion que comme de la violence. Nous étions dans une relation consentie. Donc, même s’il l’avait été dans l’intimité, ça ne regarderait que nous.
 
L'illustré : Avez-vous la conviction qu’il a pu violer Nafissatou Diallo?
 
Marie-Victorine : "Franchement, je pense qu’il y a eu une relation entre eux, une relation forcée. Je ne sais pas s’il s’agit de viol. C’est un homme qui est physique, donc il est tout à fait possible qu’il ait étreint cette femme de façon brusque ou brutale. Mais on en revient toujours à la même question : qu’est ce que la définition exacte de la violence ? Dominique m’a étreinte parfois de façon brusque, mais, pour moi, c’était de la passion, pas de la brutalité. Cette femme dit qu’elle a lutté, je veux bien la croire. Mais ça m’étonne un peu, car, d’après mes souvenirs, Dominique n’est pas le genre d’homme qui a besoin de forcer. C’est là que la manipulation séductrice intervient peut-être. La force n’est pas le moyen qu’il utilise… Il utilisera le charme, définitivement, mais pas la force…
 
L'illustré : Si on vous le demande, êtes-vous prête à aller témoigner devant le procureur de New York?
 
Marie-Victorine : "Oui, j’imagine que oui. Mais je pense que ça servirait sans doute plus la défense que l’accusation.
 
Reproduction autorisée avec la mention suivante et le lien vers cet article :
© Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info
 
(1) http://www.theaustralian.com.au/news/world/tape-proves-dsk-maid-no-gold-digger/story-e6frg6so-1226103250107
(2) http://www.illustre.ch/DSK-maitresse-FMI_114733_.html
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