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Publié par Guy Millière le 14 août 2011

 

 
Les émeutes qui viennent de toucher le Royaume-Uni ont une dimension ethnique et religieuse. Tenter de le nier, comme le font largement les médias français, est ridicule. 
 
Voici quelques jours, des autocollants indiquant l’entrée dans des zones soumises à la charia ont fait leur apparition dans plusieurs quartiers de Londres et de Birmingham. 
 
Mais lire les émeutes au Royaume-Uni seulement sous un angle ethnique et religieux serait une erreur. Il existe aussi outre Manche une population blanche, pauvre, marginalisée. Et si les émeutiers étaient le plus souvent noirs, pakistanais ou arabes, ils étaient aussi issus de cette population blanche, pauvre, marginalisée. 
 
Lire correctement les émeutes au Royaume-Uni impliquerait de prendre en compte d’autres facteurs. Les émeutiers venaient, le plus souvent, c’est ce qui ressort des statistiques établies sur la base des gens arrêtés, de familles monoparentales : une mère, plusieurs enfants laissés à eux-mêmes que la mère a eu de pères différents, pas de père présent au foyer. Ces familles qui n’ont plus de famille que le nom subsistent grâce à des allocations multiples. La valeur travail en est absente, tout comme l’idée de responsabilité. 
 
On peut ajouter qu’on n’y rencontre pas de sentiment d’appartenance à la société et à la culture britanniques. On y parle un anglais rudimentaire, ou pas d’anglais du tout. Les enfants posent leurs repères en se retrouvant dans une bande ou dans un groupe communautaire, et la bande ou le groupe communautaire donnent les seuls repères disponibles. L’argent des allocations multiples ne suffisant pas, et des moyens d’en gagner plus étant à portée de main, des trafics divers et lucratifs s’organisent. Les bandes rentrent en rivalité entre elles et la rivalité peut se faire violente. L’ennemi commun des bandes est ce qui constitue l’ordre établi : celui-ci est incarné par la police, bien sûr, mais aussi par l’école, par les entreprises susceptibles d’offrir un contrat d’embauche et attendant que celui qui passe un contrat le respecte.
 
Les groupes communautaires se reconnaissent dans leur communauté et sont eux-mêmes en rivalité avec d’autres communautés. Ils peuvent utiliser l’ordre établi lorsque celui-ci les sert : ils peuvent aussi rentrer dans une relation d’hostilité à l’ordre établi, dès lors que celui-ci leur apparaît comme étranger, extérieur à leur communauté, en contradiction avec les repères de celle-ci. Les principaux groupes communautaires concernés sont musulmans. Mais il existe aussi des groupes sikhs et noirs antillais, et si les musulmans font bloc face à l’ordre établi, ils se répartissent néanmoins en plusieurs groupes : des frictions fortes peuvent exister entre Indonésiens et Pakistanais, entre Arabes et Albanais. Trois des cinq morts durant les émeutes sont musulmans : ils ont été tués par des noirs antillais. Des milices musulmanes s’organisent depuis, promettant de « couper la tête » à tous les noirs antillais. 
 
La situation d’ensemble que je viens de décrire est ce qu’en sociologie, depuis les travaux d’Emile Durkheim, on appelle l’anomie : la disparition des normes permettant que fonctionne ce que Friedrich Hayek appelle la « grande société ». Plus qu’une disparition simple des normes, il vaudrait mieux parler, dans le cas présent, de l’existence de systèmes normatifs incompatibles les uns avec les autres et devant coexister au sein d’un ensemble auquel rien ne les rattache. 
 
L’anomie britannique est née de l’effet des systèmes d’Etat providence qui, outre le fait qu’ils broient les économies des pays où ils sont mis en place, créent de la désocialisation, font apparaître l’argent venant du gouvernement comme un dû, l’emploi comme une punition, l’entreprise comme une source d’injustice. 
 
Elle est née de la dissémination de l’envie, de l’irrespect pour la propriété et pour la vie d’autrui, excroissance monstrueuse d’un relativisme généralisé qui interdit de parler de bien et de mal, de vérité et de fausseté, et qu’épandent les médias et le système scolaire lui-même, qui entretient ainsi les conditions menant à l’irrespect qu’il subit en retour. 
 
Elle est née de la victimisation générale qui fait qu’un criminel est traité en ce contexte comme victime de sa propre condition ou victime de la société. Elle est née de l’irrespect généralisé pour la police qui renonce à maintenir l’ordre dans les quartiers tenus par les bandes et les communautés ethniques, et qui se tourne vers d’autres activités : harceler les automobilistes, arrêter d’honnêtes gens blancs et n’appartenant à aucune minorité remuante qui ont défendu leurs biens ou leur famille contre des agresseurs avec une arme à feu. 
 
Elle est née du laxisme de la justice qui, comme l’a écrit Mark Steyn, « a donné ces dernières années un sentiment d’impunité aux criminels et s’est montré sévère avant tout envers les victimes de criminels ». 
 
Elle est née de flux migratoires qui ont conduit à l’installation au Royaume Uni de populations venus de contrées où, comme l’a écrit le politologue Lawrence Harrison voici deux décennies, le « sous-développement est un état d’esprit ». Ces populations, très majoritairement, ne se sont pas intégrées : on ne leur a pas demandé de s’intégrer. On leur a parlé de multiculturalisme et de droit à la différence. On leur a dit, de surcroît que le capitalisme, c’est mal, et que l’Occident est toujours coupable. Certains de leurs membres deviennent commerçants, malgré tout, d’autres vivent en marge, attendent le chèque de fin de mois, font un enfant de plus qui rapportera de quoi payer le prochain téléviseur et, dix ans plus tard, errera dans la rue. 
 
L’anomie se trouve renforcée par le fait que ceux qui viennent de pays où le « sous-développement est un état d’esprit » reçoivent les chaînes de télévision des pays d’où ils viennent, et se sentent souvent davantage d’affinités avec leur pays d’origine qu’avec leur pays d’accueil, ce qui a un impact sur la politique étrangère suivie par le gouvernement : entrer en conflit avec un pays dont on abrite de nombreux ressortissants est dangereux, être ami d’un pays qui est lui-même en conflit avec un pays dont on abrite de nombreux ressortissants est tout aussi dangereux. 
On a, avec les émeutes, le résultat. L’ordre sera rétabli au Royaume-Uni, pour quelques mois ou quelques années. David Cameron a, dans ses discours, situé une part des sources du problème. Il entend s’inspirer des politiques de tolérance zéro existant aux Etats Unis. Ce qui est un geste dans la bonne direction. La gauche britannique va continuer à dire, bien sûr, que les émeutiers sont des victimes de la société et qu’il faudrait davantage d’Etat providence. C’est, fondamentalement, le discours de la gauche britannique qui a conduit à ce résultat. Comme les médecins du temps de Molière qui soignaient un patient à l’agonie en prescrivant des saignées, la gauche britannique entend faire que l’agonie se poursuive et que le patient meure. Quoi que fasse Cameron, on doit dire qu’il est déjà extrêmement tard. 
 
L’anomie est très avancée au Royaume-Uni. 
 
On doit dire qu’elle est très avancée, en fait, dans la plupart des pays d’Europe. Et ce qui peut se dire du Royaume-Uni serait aisément transposable, avec quelques changements de détails, en France ou en Belgique, en Espagne ou aux Pays-Bas. 
 
Les civilisations sont mortelles. Je crains que nous ne soyons au crépuscule des civilisations européennes. Je crains que ce crépuscule soit porteur de paupérisation, et strié de violence et de petites guerres civiles tout à fait susceptible de grandir et de créer un vaste incendie.
 
Guy Millière
 
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