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Publié par Ivan Rioufol le 15 septembre 2011
En s'accusant, dans le JDD, d'avoir été le porteur de valises de billets de banques offerts par des chefs d'Etat africains à Jacques Chirac et Dominique de Villepin, l'avocat français Robert Bourgi dévoile un scandale d'Etat. Ce lundi matin, sur Europe 1, Me Bourgi a évalué à 20 millions de dollars les sommes remises par lui-même à Chirac et Villepin, de 1995 à 2005, tandis que les deux hommes défendaient la moralisation de la vie publique. Il a assuré, citant une confidence de Jacques Foccard, décédé 1997, que ces pratiques existaient "avec Pompidou, Giscard d'Estaing et Mitterrand". Sous Mitterrand, il explique avoir "souvent croisé" en Afrique François de Grossouvre et Roland Dumas. Il assure que ces financements auraient cessé avec Nicolas Sarkozy, qu'il aurait mis au courant en 2005. Selon Me Bourgi," toute la classe politique savait". S'il admet n'avoir "aucune preuve" de ce qu'il avance, il explique avoir décidé de parler car: "Je veux une France propre, à droite et à gauche."  Ses aveux viennent en appui du livre de Pierre Péan, La République des mallettes, qui vise notamment Villepin.
 
On n'est pas obligé de croire Me Bourgi sur parole quand il explique que les pompes à fric de la Francafrique, illégales au regard de la législation sur le financement des partis, auraient immédiatement cessé avec Sarkozy. On peut être également sceptique quand il évoque "une simple coïncidence" entre ses révélations, l'actuel procès des emplois fictifs de la ville de Paris, qui accuse Chirac, et la prochaine décision de la cours d'appel sur le sort de Villepin dans l'affaire Clearstream.  En revanche, la somme de détails qu'il révèle donne une crédibilité à ses propos, qui le placent d'ailleurs lui-même en situation de complice d'une corruption. On peut comprendre son soudain désir de dénoncer ces turpitudes auxquelles il a prêté son concours quand il explique: "Trop c'est trop. A 66 ans, j'en ai assez des donneurs de leçons et des leçons de morale". Mieux vaut tard que jamais. Il reste à espérer que la Justice, dont on ne comprend pas pour l'instant pourquoi elle n'a jamais été saisie par ceux qui savaient, saura approcher la vérité et dire le droit. 
 
Pour autant, le PS est mal venu de déclarer si rapidement, comme l'a fait Laurent Fabius ce matin, que cette affaire est "peut-être un des plus gros scandales de la droite". A en croire Me Bourgi, la gauche mitterrandienne n'aurait pas été plus regardante que la droite chiraquienne, toutes deux se retrouvant dans un discours éthique et politiquement correct aux applications apparemment flexibles. Après l'affaire DSK, l'affaire Bourgi risque de conforter les Français désabusés dans le sentiment d'assister à une décomposition de la vie politique, incapable d'appliquer les règles morales qu'elle prétend défendre.
 
©Ivan Rioufol
 
L’article original peut être consulté sur le blog d’Ivan Rioufol
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