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Publié par Ftouh Souhail le 16 septembre 2011

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, était en visite en Egypte, en Tunisie et en Libye du 12 au 15 septembre, pour renforcer le rôle de la Turquie dans les trois pays où des soulèvements populaires dits « printemps arabe », ont fait tomber les régimes autocratiques. 
 
En Egypte, le chef du gouvernement turc a rencontré le président du haut conseil militaire et ministre de la Défense, le maréchal Mouhammed Tantawi, ainsi que le Premier ministre égyptien Essam Charaf. 
 
En Tunisie le 14 septembre, il s’est entretenu avec le président intérimaire Foued Mebazza, le Premier ministre tunisien Béji Caïd Essebsi, et les principaux acteurs politiques.
 
Puis le Premier ministre turc s’est rendu le 15 septembre en Libye, et a rencontré le président du Conseil nationale de transition libyen Moustapha Abdeljalil.
 
Pour la Turquie, cette tournée est vitale, afin de surfer sur le vent de révolte qui souffle sur le monde arabe. La Turquie d’Erdogan, qui voulait à toute fin rentrer dans l’EU, tente aujourd’hui de s’imposer comme un modèle pour le monde musulman. Ainsi, Ankara s'est éloigné d'Israël pour se rapprocher du monde arabe.
 
La politique d’Ankara est maintenant axée sur sa capacité à capter efficacement les nouvelles aspirations des populations arabes révoltées. Dans le contexte actuel, Ankara est assuré de l'admiration, sinon la sympathie, de la perception de la Turquie par ses voisins arabes. Les Egyptiens, les Tunisiens et les libyens applaudissent la politique arabe d'Ankara et sa défense « des droits des palestiniens ». L'affaire de la flottille de Gaza a été extrêmement positive pour l'image de la Turquie dans le monde musulman.
 
Le leader turc est vu comme un héros par les arabes. Erdogan a défendu à plusieurs reprises la population de Gaza. En se radicalisant contre Israël, le gouvernement Erdogan a tenté de rassembler l’opinion publique autour de lui et il y est parvenu.
 
L’objectif d’Erdogan est de réaffirmer la domination régionale turque, et de revendiquer la puissance perdue des Ottomans comme dirigeants du monde islamique. Sa décision, en 2006, d’être le premier dirigeant au monde à accueillir les maîtres terroristes du Hamas en visite officielle, après leur victoire aux élections palestiniennes, était une tentative claire de la Turquie de gagner en popularité auprès des masses arabes.
 
En politique étrangère, le maître d’œuvre de cette opération de séduction est un universitaire jusque là peu connu, Ahmet Davutoğlu, qui a longtemps enseigné en Malaisie. Sa stratégique est claire : un rapprochement avec « tous les pays voisins » et un durcissement des positions envers l’Etat d’Israël.
 
Ce pays, qui poursuit sa dérive vers l’islamisme, se pose aujourd’hui comme un modèle donneur de leçons aux nouveaux régimes en Egypte, en Tunisie et en Libye. Le gouvernement islamique qui est à la tête de la Turquie depuis 2003 et le chef de l’AKP (justice et développement) sont pourtant loin de représenter un modèle pour les mouvements de révolte populaire lancés en Tunisie, en Egypte et en Libye.
 
Tout d’abord parce que la Turquie d’Erdogan a toujours évité de dénoncer les violations des droits de l’Homme dans les pays musulmans. Pendant la répression de la « Révolution verte » en Iran, il avait soutenu les dirigeants autoritaires de Téhéran. La répression contre l'opposition réformiste en Iran est passée sans choquer le dirigeant turc, qui n’a jamais manifesté la moindre sympathie pour les deux leaders de l'opposition réformatrice d’Iran, Mir Hossein Moussavi et Mahdi Karoubi, qui avaient été emprisonnés.
 
Erdogan avait même défendu son ami Ahmadinejad, et le groupe des politiciens soutenus par les Gardiens de la Révolution et la milice idéologique des Bassidjis, qui est responsable de la destruction de tous les courants réformistes d’Iran. Le chef de l’AKP était contre le soulèvement populaire pour instaurer la démocratie, suite aux élections truquées du 12 juin 2009.
 
Erdogan, qui se présente comme le champion de la démocratie dans les pays musulmans a aussi soutenu le président soudanais, Omar Hassan al Bachir, en disant « qu’un Musulman ne peut commettre de génocide ». Erdogan a été insensible aux massacres au Darfour, et il continue de défendre l’assassin face au mandat d’arrêt lancé par la CPI contre le président soudanais, pour crimes de guerre et génocide. Voila la Turquie d’Erdogan, modèle d'islam, qui se rallie du coté du génocidaire soudanais.
 
La démocratie selon Erdogan, c’est surtout établir un État islamiste – soi-disant démocratique – qui s’inspire de la Sharia, avec un gouvernement majoritairement conservateur et religieux. Ce qui se passe en Turquie n'est d’ailleurs pas une source de fierté pour les turcs.
 
Malheureusement, la Turquie d’Erdogan n’est plus la Turquie d’avant Erdogan. La Turquie est devenu islamiste. L’armée turque, qui était garante de la laïcité, et le rempart de l’islamisme, est infectée. Malheureusement encore pour la Turquie, l’armée, qui était la gardienne de l’héritage d’Ataturk, a été muselée tandis que le pays s’enfonce dans la dictature et la barbarie, les traits d’union de tous les pays musulmans – sans exception.
 
Ce pays, coupable du génocide contre les Arméniens en 1915, contre les Kurdes, depuis 1920, et contre les religieux non musulmans, ne peut en aucun cas prétendre être un modèle à suive.
 
A donner des leçons aux nouvelles sociétés issues des printemps tunisiens, égyptiens et libyens, il faut rappeler que ce Pays, qui a commis le premier génocide du XXe siècle, sans jamais le reconnaître, ce pays qui laisse ses citoyens commettre des crimes de sang au nom de l’honneur, et qui massacre et spolie les Kurdes, y compris en plein ramadan, ne peut en aucun cas servir de modèle pour le reste des pays musulmans. Il faut demander aux Arméniens, aux Kurdes, aux Grecs, aux Chypriotes ce qu’ils en pensent.
 
Avant qu’Erdogan ne se permette de donner des leçons, qu'il interdise les crimes d'honneur, l'esclavage des femmes, ou l'emprisonnement des enfants…. et on en reparlera.
 
Le champion de la démocratie en terre musulmane, qui se donne le droit de défendre la liberté, a même fait de la Turquie un cimetière de la liberté d’expression. 
 
Selon Reporter sans frontières, la Turquie occupe le 138ème rang sur 178 au hit-parade des pays qui respectent la liberté d’expression. Au lendemain des rafles de journalistes du printemps 2011, de nombreuses protestations ont fleuri, tant du côté de la Cour européenne des droits de l’homme que de Washington. Rien de ceci n’est mentionné par les médias arabes.
 
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© Ftouh Souhail pour www.Dreuz.info
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