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Publié par Gilles William Goldnadel le 3 octobre 2011

William Goldnadel revient cette semaine sur le concept de personnalité "engagée" et sur le conformisme dont semble souffrir les médias français…

 

Ils ont osé…

Lundi, l’humoriste maison de France Inter s’en prend au Figaro et à ses journalistes qualifiés de « militants ». Bravo ! Ça c’est du courage et de l’originalité. C’est vrai, Sophie Aram aurait pu étriller Libération ou Médiapart. Mais c’eut été particulièrement injuste, s’agissant d’observateurs dénués de préjugés idéologiques. La même Sophie avait, on s’en souvient peut-être, défrayé mollement la chronique en traitant les électeurs du Front National de « pauvres cons ». Là encore, lorsque l’on pousse l’audace antifasciste jusqu’à prendre de tels risques. Respect. C’eut été tellement banal, tellement dans la tradition de la radio de service public de qualifier avec la même distinction les sympathisants du PCF, ou du Nouveau Parti Anticapitaliste.

Dans la même veine irrésistiblement drolatique et intrépide, on accordera un second accessit à son prédécesseur, Stéphane Guillon, qui a remplacé dans la mairie de son mariage le portrait de l’actuel locataire de l’Elysée par celui de François Hollande. Il fallait oser.

 

Quand "engagé" veut dire "de gauche"

Dans un ordre d’idées voisin, on complimentera l’audiovisuel de service public, en particulier la troisième chaine de télévision nationale, pour sa programmation du « Choix d’Adèle » ce mardi 20. La présentation qui est faite de cette fiction par l’hebdomadaire Télé Cable est illustrative : « Miou-Miou incarne une institutrice confrontée à la détresse d’une famille albanaise sans-papiers. Une fiction qui colle aux engagements bien réels de la comédienne, fortement investie dans cette cause. » Plus loin, l’actrice présentée comme « engagée » en faveur des sans-papiers, prend soin de préciser qu’elle signait des pétitions en leur faveur, qu’elle était à la Bastille quand certains ont été délogés et en lien avec RESF (réseau éducation sans frontières).

Pour ne pas qu’on fasse semblant de ne pas comprendre ce que je veux dire, je vais lourdement préciser que je ne verrais aucun inconvénient à la diffusion d’une telle fiction préconisant la désobéissance civique aux lois républicaines de régulation des flux migratoires, présentées, il est vrai depuis des lustres comme purement et simplement vichyssoises. Mais tout citoyen, doté d’un minimum d’intelligence et de bonne foi, sait pertinemment que le terme « engagé » est un euphémisme hypocrite qui signifie « de gauche » et qu’une fiction qui aurait pour thématique de célébrer le combat ingrat d’un flic pour s’opposer à une immigration clandestine présentée, à tort ou à raison, comme dangereuse ne serait pas qualifiée d’œuvre « engagée » mais de propagande haineuse.

A dire le vrai, cette fiction est inconcevable, précisément compte tenu du formatage idéologique incessant, qui a décérébré les esprits non engagés. Quant à invoquer le principe de neutralité du service public, il ferait rire le Tout-Paris.

Pour terminer sur ce registre, on remarquera que la même chaine de télévision nationale a confié à l’excellent Serge Moati une série documentaire, à raison d’un épisode chaque premier lundi du mois, jusqu’au 7 mai 2012 pour présenter les coulisses de la campagne présidentielle. Télé Cable rappelle que ce conseiller audiovisuel de François Mitterrand est « subjectif et engagé ». Décidément, Marianne et Libé avaient raison, Sarkozy tient fermement les médias dans sa main droite .

J’allais oublier France 2. Chez Ruquier, l’acteur Gérard Darmon s’est taillé un franc succès populaire en décrivant mon confrère Gilbert Collard, absent, comme un « petit con, à la droite d’Hitler. » Insoutenable légèreté de l’être artistique « engagé » par conformisme obligé. Darmon devrait davantage étudier l’histoire de la seconde guerre mondiale. Ou se contenter de demeurer l’excellent acteur qu’il est. C’est vrai, on n’est pas obligé de parler de ce qu’on ne connait pas.

 

Le procureur Courroye, convoqué en vue d’être mis en examen

Je suis un de ceux qui se sont le plus opposé à sa bien curieuse manière de mener une instruction outrancièrement à charge. Notre opposition frontale a défrayé plusieurs fois la chronique. J’ai écrit, concernant l’affaire de l’Angolagate, que celui-ci s’était affranchi à plusieurs reprises de toutes les obligations procédurales prévues pour respecter les droits de ses prévenus. La Cour d’Appel de Paris a sévèrement sanctionné sa vision du dossier et lorsqu’il s’insurge aujourd’hui contre la manière d’instrumentaliser une procédure pour le faire passer pour un délinquant, il connait magistralement son sujet.

Ceci fermement posé, parce que je n’aime pas piétiner un homme le genou à terre, et parce que surtout, je me veux intellectuellement plus honnête que lui, j’observerai :

  •  Que le Monde, censé être aujourd’hui sa victime, aura été le journal qui, pour des raisons idéologiques touchant à l’antipathie naturelle que lui inspiraient les personnalités qu’il poursuivait, aura le plus fermé les yeux sur ses méthodes expéditives (voir mon article dans le Figaro du 12 mai).
  •  Qu’ainsi que je l’ai déjà écrit dans ces colonnes, il est loin d’être acquis juridiquement, contrairement à ce qui s’écrit partout, que policiers et procureur aient violé la loi en tentant de connaître les interlocuteurs de quelqu’un ayant manqué aux devoirs de sa charge, fussent-ils journalistes au Monde.

 

Appelez-moi "Mademoiselle" !

Nouveau problème essentiel au progrès humain : l’emploi du vocable « Mademoiselle » relèverait d’un sexisme d’un autre âge, voire d’un outrage. Le type même de la polémique victimaire artificielle dont les médias sont si friands qu’ils placent au centre du débat des associations dénuées de toute représentativité. Si l’on a bien compris les promotrices de cette nouvelle proscription verbale, on ne devrait pas davantage nommer ainsi une jeune femme que l’on ne nomme « jeune vierge » un homme jeune. Encore que je ne prétende pas connaître à fond les mœurs de mes jeunes contemporaines non mariées, j’avais cru comprendre qu’elles n’étaient plus toutes natives de Domrémy.

Dans mon esprit rétrograde, l’usage du terme bientôt interdit se voulait plutôt aimable. Et j’avais la naïve impression d’être agréablement entendu. Puisque les défenseurs intransigeantes, pardon défenseuses, des droits de la femme veulent gommer toutes civilités condescendantes, je propose que, désormais, lors des prises d’otages, on ne libère plus en priorité les femmes.

Plus sérieusement, j’attire l’attention des esprits strictement soucieux d’égalité, sur le déséquilibre en matière de politique carcérale. Cécile Prieur, peu suspecte de misogynie, révélait déjà dans un article du Monde intitulé « La justice est plus clémente envers les femmes qu’envers les hommes » qu’à égalité de délits, les juges enfermaient infiniment moins systématiquement et moins longuement les femmes que les hommes (cité dans mes Martyrocrates Plon 2OO4). Il est vrai, que c’est infiniment moins important que les civilités, il ne s’agit seulement que de la liberté des hommes. Et des femmes.

Enfin, la Libye…

Un siège meurtrier de Syrte qui risque de tourner au carnage pour les civils. Les islamistes qui tiennent de plus en plus le haut du pavé (le Figaro du 27 septembre), les Noirs, suspects de complicité avec l’ancien régime que l’on continue de pourchasser, dix mille missiles qui ont disparu des stocks d’armement. Sarkozy a eu raison de venir encaisser rapidement les bénéfices de printemps. L’automne est là.

© Gilles William Goldnadel

L'article original peut être consulté sur le blog de Gilles William Goldnadel

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