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Publié par Gilles William Goldnadel le 31 octobre 2011

Pourquoi les commentateurs européens préfèrent-ils respecter le verdict des urnes au Maghreb – même lorsqu'il préfigure des lendemains potentiellement dangereux pour la démocratie – que tout ce qui est perçu comme une forme de populisme même validé par des résultats électoraux en Europe ? 

A en croire le médiateur du Monde (29 octobre), l’éditorial du 27 intitulé : « Et si, en Tunisie, la démocratie passait par l’islam ? » a déchainé colères et passions.

Comme il fallait s’y attendre, ni la Charia libyenne, ni l’Ennadha tunisienne n’auront entamé l’optimisme de principe du quotidien qui est, au demeurant et sans surprise, celui du nouveau locataire du Quai d’Orsay.

Il n’est pas nécessaire de reprendre longuement l’argumentation : le verdict des urnes est souverain, l’islamisme est incontournable en terre arabe et le diaboliser serait faire injure à la « complexité », (selon Gilles Paris le spécialiste maison), enfin ne pas faire de procès d’intention.

Et à dire le vrai, tous ces arguments peuvent être soutenus. Plus sur le papier que dans la vraie vie, certes, mais lorsque ces théories auront été confrontées à la pratique cruelle de l’islamisme quotidien, il y a longtemps que leurs promoteurs les auront oubliées.

Comme on aimerait que cette prudence intellectuelle, ce sens de la nuance critique, ce refus du jugement à l’emporte-pièce, cet effort de compréhension pour la complexité de l’identité nationale et religieuse appliqué aux « islamistes modérés » se retrouvent dans les mêmes colonnes, lorsque, par exemple, sont examinées les angoisses identitaires ou sécuritaires judéo-chrétiennes européenne ou proche-orientales ainsi que les progrès électoraux de ce qu’ils appellent « le populisme » de droite.

Qui a consulté les peuples en matière d’immigration ?

Dans un ordre d’idées assez voisin, le même quotidien publie le 26 octobre un article du philosophe allemand Habermas, paradoxalement intitulé : « Rendons l’Europe plus démocratique ! Penser la crise de l’union européenne ». Pour promouvoir une « communauté supranationale démocratiquement légalisée » l’auteur écrit : « Seul le populisme de droite continue de projeter la caricature de grands sujets nationaux qui se ferment les uns aux autres et bloque toute formation de volonté dépassant les frontières. Après 50 ans d’immigration du travail (sic), les peuples étatiques européens, au vu de leur croissant pluralisme ethnique, langagier et religieux, ne peuvent plus être imaginés comme des unités culturelles homogènes »

A supposer que cela fut vrai, qui a consulté les peuples en matière d’immigration ? et qui se propose de le faire en matière d’intégration européenne renforcée ?

N’y a-t-il donc désormais qu’au Maghreb islamique, qu’il conviendrait de célébrer sans réserve le résultat des urnes ? De « l’élection, piège à cons » de mai 68 à l’empathie extatique pour l’occupation des rues par des « indignés » qu’il serait malséant de qualifier de « populistes de gauche », la légitimité véritable d’un président élu par un peuple qui n’aurait pas suivi les mots d’ordre du parti médiatique se pose désormais crument dans la société post démocratique européenne.

François Hollande, lors de la convention d’investiture du PS, (Le Monde du 22 octobre) aura singulièrement bien tracé la frontière qui sépare le camp des prétendus gentils rêveurs de celui du réalisme ingrat. Sans nuances ni précautions, il s’est réclamé de l’héritage de ces enfants de mai 68 qui « marchaient la tête dans les étoiles ». Tendant la main aux « indignés » et à son « cher Stéphane Hessel » (présent dans la salle), il a morigéné son principal compétiteur, le qualifiant de représentant « de la société d’hier ou d’avant-hier ».

Si la conception hollandaise de la modernité correspond à la xénophilie du « Nous sommes tout des juifs allemands ! », à la reductio ad Hitlerum obsessionnelle du « CRS SS ! », au nihilisme crétinisant du « Il est interdit d’interdire », et à l’indigence hesselienne gentille envers le terrorisme, qui, il est vrai, ont accouché du monde d’aujourd’hui, je conseille fortement à celui que l’impétrant définitif a qualifié de « réactionnaire » de relever le gant.

Car il se pourrait que, finalement, les « cons » flairent le piège.

© Gilles William Goldnadel.

L'article original peut être consulté sur le blog de GW Goldnadel.

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