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Publié par Guy Millière le 7 mars 2012
 
 
Si j’écrivais dans la grande presse française, j’écrirais comme Laure Mandeville, correspondante du journal socialiste de droite le Figaro, et je dirais, avec une visible satisfaction, que Netanyahu se rapproche, contraint et forcé des positions d’Obama, que je me garderais bien de critiquer. Mais je n’écris pas dans la grande presse française. La dernière fois que le Figaro a publié un de mes articles, c’était en 2003, et j’y exposais des faits. Quelle horreur ! Des faits ! C’est le genre de choses qu’on n’expose pas dans la grande presse française.
 
Si j’avais subi une lobotomie, je tomberais un peu plus bas, et entre deux visites dociles chez mon psychiatre, j’écrirais un article anonyme et mensonger dans Le Monde, pour faire comme tous les rédacteur du Monde. Il n’y a pas de dernière fois où j’ai publié dans Le Monde : je n’y ai jamais publié quoi que ce soit. Je n’ai jamais subi de lobotomie.
 
Ecrivant dans Dreuz, où on peut évoquer les faits et procéder à des analyses, je dirai ce qui doit l’être.
 
Obama a prononcé devant l’AIPAC à Washington dimanche un discours d’une hypocrisie nauséabonde. Après avoir juré qu’il était un « grand ami d’Israël », aux fins de racoler les voix juives qui pourraient lui manquer, il en est venu au vif du sujet : la nucléarisation de l’Iran. Et il s’en est tenu à la ligne qui est la sienne depuis janvier 2009 : permettre à l’Iran de gagner du temps et d’avancer sans troubles majeurs jusqu’à l’acquisition d’une arme atomique. Pour donner le change, Obama a parlé, très précisément, de possession effective d’une « arme atomique » par l’Iran, et a procédé à une distinction subtile entre la possession effective (qu’il refuse) et le fait de disposer de tous les moyens de fabriquer (qu’il accepte) : ce qui signifie pour ceux qui n’auraient pas compris que si l’Iran acquiert tous les moyens de fabriquer, mais ne rend pas l’arme immédiatement opérationnelle, Obama trouvera que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Comment saura-t-il établir la distinction ? Ce n’est pas dit dans le discours, sinon ce ne serait pas un discours d’Obama.
 
Pour donner encore davantage le change, Obama a dit, bien sûr, que « toutes les options » étaient sur la table et qu’il ne pratiquait « pas une politique d’endiguement ». Obama sait qu’il peut prendre des millions de gens pour des idiots et qu’il n’a aucune raison de s’arrêter puisque cela fonctionne. 
 
Pour montrer qu’il prenait effectivement ceux qui l’écoutaient pour des idiots, Obama a ajouté qu’il fallait encore recourir à la diplomatie et aux négociations. Cela quelques semaines après avoir refusé que le Congrès vote des sanctions efficaces contre le régime iranien, et quelques jours après que les tenants de la ligne la plus dure et la plus fanatique se soient renforcés à Téhéran. Si je pensais qu’Obama est un abruti complet (façon dirigeants de l’Union Européenne), je penserais qu’il ne voit pas que les dirigeants iraniens cherchent à gagner du temps en tergiversant : comme je sais qu’Obama n’est pas un abruti complet, je sais qu’il veut se faire complice des tergiversations des dirigeants iraniens.
 
Ce que cherche Obama, en fait, c’est à permettre sans encombres à l’Iran de devenir une puissance nucléaire tout en semblant le déplorer.
 
Pour tenir cette position tout en se disant « ami d’Israël » implique pour lui de dire qu’il « protègera » Israël tout en faisant obstruction à toute velléité d’action israélienne contre l’Iran.
 
Ce qui implique pour lui de dire que des frappes seraient « prématurées », que « d’autres solutions » existent, qu’une « action hâtive » aurait des conséquences terribles, bien sûr.
 
Les paroles ne suffisant pas, Obama a souligné que les Etats-Unis contribuaient à armer Israël : comme aurait dit don Vito Corleone dans le Parrain, il a fait une offre que Netanyahu est censé ne pas refuser. « Vous voulez l’amitié de l’Amérique », dit le Parrain, « sachez la mériter, ne me décevez pas ».
 
En coulisse, les consiglieri du Parrain, tels Anthony Blinken, ont parlé et dit à Netanyahu qu’Obama avait de fortes chances d’être réélu et qu’il lui fallait être sage, très sage si Israël voulait obtenir des pièces de rechange pour le matériel militaire américain qu’utilise l’armée israélienne.
 
N’hésitant jamais à faire de la basse politique politicienne, Obama s’est même permis de rajouter que le prix du pétrole et celui de l’essence à la pompe aux Etats-Unis étaient élevés à cause de ceux qui faisaient courir des rumeurs de guerre contre l’Iran : autrement dit, les tensions actuelles sont censées venir, selon Obama, non pas des discours génocidaires de Khamenei (bien sûr que non !), mais des Républicains et du gouvernement israélien. Dire cela à l’AIPAC, c’est faire de la basse politique politicienne, mais c’est aussi du grand art ! L’artiste Barack est une crapule, mais c’est néanmoins un artiste. Saul Alinsky serait fier de lui.
 
En ce contexte, Netanyahu a fait ce qu’il pouvait, et, dans un dialogue très diplomatique avec l’artiste, a rappelé qu’Israël était un pays souverain qui se réservait le droit d’agir en fonction de ses propre impératifs de sécurité.
 
Ce rappel a été digne et courageux. Il a été suivi d’un discours devant l’AIPAC qui était l’envers exact du discours d’Obama. Là où Obama a été hypocrite, Netanyahu a incarné la droiture, et là où Obama a fait de la basse politique, Netanyahu a parlé en homme d’Etat.
 
Les discours passés, il faut en venir aux faits. Israël peut-il se permettre d’agir seul ? Sans doute le faudra-t-il, et sans doute le temps est-il compté.
 
Obama compte retarder une frappe israélienne jusqu’à novembre et jusqu’à sa réélection, après quoi sera trop tard, et après quoi il pourra reprendre de plus belle sa stratégie de destruction d’Israël (tout en proclamant toujours son « amitié » pour Israël, cela va de soi). Il gardera, le cas échéant, comme un atout maître, la possibilité de frapper l’Iran lui-même si cela lui semble utile pour être réélu, mais on peut penser qu’il n’en aura pas besoin pour l’emporter.
 
Israël ne peut pas se permettre d’attendre jusqu’à novembre sans risquer de se trouver pris dans un engrenage mortifère dont les prochaines étapes seraient la proposition d’une dénucléarisation régionale généralisée (qui celle-ci viserait-elle ? Vous n’avez pas deviné ?) et le retour aux « frontières de 1967 », en attendant plus de frontières du tout. 
 
Est-il possible pour Israël de ne pas attendre ? Attendre serait mortifère, je viens de l’écrire. Agir serait risqué, très risqué, et devrait se faire sans appui américain, avec des possibilités de représailles américaines ultérieures, car Obama a de la mémoire. Obama semble considérer qu’une action israélienne compromettrait ses chances, présentement, hélas, très fortes, de réélection. A-t-il raison ?
 
Si une action israélienne avait lieu, si elle était couronnée de succès et si elle compromettait les chances de réélection d’Obama, Israël se rendrait service en assurant sa survie et rendrait service à l’humanité. Est-ce envisageable ? On le saura bientôt.
 
La possibilité qu’une action israélienne débouche sur une guerre régionale sont, en tout cas, assez faibles, quoi qu’on dise ici ou là : le Hezbollah est sur la défensive en raison de la situation en Syrie, le Hamas est tenu par les Frères musulmans qui, en Egypte, ont autre chose à faire qu’attaquer Israël. L’Arabie Saoudite et la Turquie ne seraient pas fâchées de voir l’Iran plus déstabilisé qu’il l’est déjà avec la déstabilisation du clan Assad à Damas.
 
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© Guy Millière pour www.Dreuz.info
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