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Publié par Guy Millière le 13 mars 2012
 
 
Je sais que derrière François Hollande se profilent tous les revenants des années socialistes. 
 
Je connais les positions d’Arnaud Montebourg, de Jean Glavany et d’Elisabeth Guigou sur le Proche-Orient, je discerne parfaitement le caractère inepte et envieux de la proposition de création d’une tranche d’impôt sur le revenu à 75%. Je ne doute pas que l’élection du candidat du PS aux élections présidentielles françaises au mois de mai prochain aura, le cas échéant, des conséquences délétères.
 
Je doute, cela dit, même s’il semble remonter dans les sondages, que Nicolas Sarkozy puisse être réélu. Et je vois derrière cette perspective un responsable majeur : Nicolas Sarkozy lui-même.
 
Pour trouver quoi que ce soit à sauver des cinq années qui viennent de s’écouler, il faut être imprégné d’une générosité absolue ou d’un aveuglement confondant : je ne suis imprégné ni de cette générosité, ni de cet aveuglement. Je pourrais dire, à la rigueur : cela aurait pu être pire. Et c’est exact : cela aurait, sans doute, pu être pire.
 
En 2007, Nicolas Sarkozy aurait pu dire la vérité sur la situation réelle du pays : il ne l’a pas fait. Il aurait pu enclencher une série de réformes permettant de replacer la France sur la voie du dynamisme et de l’esprit d’entreprise : il ne l’a pas fait non plus . Il aurait pu tracer une ligne directrice claire et précise, et s’y tenir : il n’a pas même offert une ligne brisée.
 
En termes économiques, des gens de l’UMP peuvent aujourd’hui critiquer les trente cinq heures : il ne les ont jamais vraiment remises en cause. Ils peuvent s’inquiéter des projets fiscaux de leurs adversaires : ils ont, depuis 2007, entériné la création d’une quarantaine de nouvelles taxes et n’ont pas été capables d’expliquer de manière cohérente les dangers de la progressivité de l’impôt pour l’investissement, l’épargne et la création d’emplois, bien au contraire. Ils ne peuvent dénoncer les impasses du système de retraite par répartition : ils l’ont rafistolé pour quelques années et le font survivre sous perfusion comme on fait survivre un malade en phase terminale sans lui dire qu’il va mourir. Ils ne sont pas crédibles pour dénoncer le socialisme à la française, les asphyxies créées par l’Etat providence et par l’environnementalisme débridé, ils en ont offert une version à eux qui a laissé penser à des millions de gens qu’il y avait du bon dans tout cela. Et ils ne devraient pas s’étonner quand des gens viennent dire que, tant qu’à faire du socialisme, qu’à recourir à l’Etat providence et qu’à faire l’écologiste, on peut en rajouter quelques doses.
 
L’UMP est aujourd’hui face à sa propre nullité intellectuelle. Quant à Nicolas Sarkozy, comme pourrait le dire Alain Madelin, le seul homme politique français, avec Claude Goasguen, pour qui j’ai vraiment de l’estime (et il s’est placé en retrait de la politique), quelqu’un a dû lui prêter un livre il y a quelques années, il n’a pas fini de le colorier, et ce n’était, à l’évidence, pas un livre d’économie. Ce n’était pas non plus un livre de géopolitique, sinon, il n’aurait pas installé des islamistes au pouvoir en Libye. Ce n’était, à l’écouter parler des « Palestiniens » censés vivre, selon lui, au Proche-Orient depuis des siècles, pas un livre d’histoire non plus.
 
Des journalistes habitués à réfléchir aux mille et une façons de sodomiser les mouches s’intéressent à la stratégie déployée par Nicolas Sarkozy depuis qu’il est en campagne, et ils ont matière à le faire, car Nicolas Sarkozy semble s’y connaître, en matière de sodomisation de mouches. 
 
Ils qualifient son positionnement de « très à droite ». Certains le taxent même de « libéralisme ». Je vois chez Nicolas Sarkozy des accents d’extrême droite, effectivement, mais ces accents sont aussi ceux d’une certaine extrême gauche. Quant au « libéralisme », il est rigoureusement absent chez l’actuel hôte de l’Elysée. Je n’ai pas entendu Nicolas Sarkozy parler une seule fois des vertus de l’économie de marché, du dynamisme économique ou des apports de la mondialisation. Je ne l’ai pas entendu parler non plus de la fécondité de la civilisation occidentale. Je l’ai entendu, par contre, parler de TVA à augmenter, de justice sociale, de protectionnisme, de la présence de trop d’immigrés en France, de préservation du « modèle social » français, de sécurité, de protection ou de nécessité de sauver l’Europe, cette chose informe et technocratique dont Herman van Rompuy est le Président.
 
Je l’ai entendu aussi vanter un « pacte fiscal » voulu par Angela Merkel, et qui n’entrera sans doute jamais en vigueur tant il ressemble à une purge absolutiste et déflationniste, dont le Premier ministre espagnol nouvellement élu a dit explicitement ne pas vouloir. Je l’ai entendu vanter les vertus du référendum quelques années après avoir escamoté un référendum concernant le traité de Lisbonne.
 
Je l’ai entendu remettre en cause les accords de Schengen sur un ton digne de Jean-Marie Le Pen, reprendre une proposition venue de Franklin Roosevelt en 1933, puis s’approprier, en matière d’inquisition fiscale planétaire, une proposition de Jean-Luc Mélenchon.
 
J’ai entendu, dans un discours, un candidat exalter l’esprit d’entreprise, un seul : c’était François Hollande. Oui. C’est ainsi.
 
Nicolas Sarkozy est un dirigeant autoritaire, sans principes ni scrupules, qui non seulement ignore tout de la pensée économique moderne non socialiste et non keynesienne, mais ignore tout, en outre, de la géopolitique contemporaine, du monde musulman, de la Chine, et de milliers d’autres sujets. 
 
Il a imaginé pouvoir compenser son ignorance encyclopédique en se branchant constamment sur le deux cent vingt volts, en prise directe. Il a tenté de séduire à gauche et chez les Verts sans que ses actes de séduction passent pour autre chose que des subterfuges. Il s’est adressé à l’électorat du Front National qui, comme les socialistes et les Verts, a toujours préféré l’original à la copie. Il s’est rendu antipathique à nombre de ceux qui auraient pu, à la rigueur, lui trouver des circonstances atténuantes, et il est resté antipathique aux yeux de ceux qui le trouvaient d’emblée antipathique. Il a déçu ceux qui se sont fait des illusions sur lui et a, souvent, confirmé les craintes de ceux qui n’avaient aucune illusion. Il n’a avancé qu’à l’intimidation et à la schlague.
 
Il a sous-estimé François Hollande : il a eu tort. La victoire du candidat socialiste est probable. Je crains depuis des années que le résultat soit celui-là. J’ai écrit des articles critiques sur la gestion du pays par Nicolas Sarkozy et sur ses innombrables erreurs et errements en me disant que, peut-être, on me lirait et que, peut-être, il finirait par y avoir un pilote dans l’avion. Je doute qu’on m’ait lu très largement, et je sais que ceux qui m’ont lu ont été très fâchés : un vieux proverbe chinois dit que quand on leur montre la lune, les imbéciles regardent le doigt. Il n’y a, à l’évidence, pas de pilote dans l’avion. Il y a, dans la posture du pilote, un agité à l’allure fatiguée et crispée (être branché constamment sur le deux cent vingt volts, cela use).
 
S’il est battu, l’agité prendra des vacances et, il l’a promis, quittera la vie politique : il pourra, le cas échéant, revoir son ami Barack, un « très grand Président », a-t-il déclaré récemment, avec la lucidité qui le caractérise et qui lui avait fait qualifier Mahmoud Abbas d’ « homme d’Etat » et Netanyahou de menteur. L’UMP renaîtra-t-elle alors de ses cendres ? Je ne l’imagine pas, tant l’encéphalogramme de l’UMP semble plat, mais qui sait…
 
Les socialistes, s’ils arrivent au pouvoir, seront-ils aussi désastreux que je l’anticipe ? C’est très possible. Mais qu’y puis-je ?
 
Devrais-je préférer la réélection de l’agité ? Je dois le dire : si l’élection probable de Hollande m’inquiète, la réélection de Nicolas Sarkozy, certains jours, m’inquiète bien davantage. Il reste une force chez Sarkozy, dites-vous ? Je trouve à cette force une dimension Poutinienne. Et ce n’est, de ma part, pas du tout un compliment. Nicolas Sarkozy est capable de n’importe quoi, y compris du pire, et pour tenter d’être réélu, il montre avant tout le pire. Certains sont séduits, paraît-il. Le côté obscur de la force, moi, ne me séduit pas du tout.
 
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