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Publié par Michel Garroté le 24 août 2012

Michel Garroté – Dans la ville libanaise de Tripoli, les services libanais de sécurité intérieure sont contrôlés par les éléments libanais et syriens des forces anti-syriennes sunnites. Et les services secrets militaires libanais sont contrôlés par les éléments libanais et syriens du dictateur alaouite (et donc chiite) syrien Bachar al-Assad. En clair, les services secrets libanais de Tripoli sont contrôlés, tantôt par les insurgés syriens, tantôt par le régime syrien. Ce que les Libanais de Tripoli subissent, c’est – notamment mais pas uniquement – une guerre entre L’Iran chiite et l’Arabie saoudite sunnite.

L’Etat libanais n’ayant pas réussi à offrir aux milliers de miliciens libanais sunnites du quartier tripolitain de Bab al Tabbaneh une alternative, ces miliciens sont maintenant rémunérés par des groupes extrémistes sunnites, libanais et syriens ; et en fait, pas uniquement par des groupes extrémistes sunnites. Le Hezbollah chiite libanais (qui dispose, dans la plaine libanaise de la Bekaa, notamment à Baalbek et à Britel, ainsi qu’au sud-Liban, de 50’000 missiles iraniens, ayant transité par la Syrie, entre 2006 et 2012, et dont certains ont une portée pouvant atteindre la totalité du territoire israélien, y compris la moitié sud de l’Etat hébreu), lui aussi, rémunère ces miliciens libanais sunnites, qui auparavant recevaient l’argent du sunnite libano-saoudien Saad Hariri.

C’est un scénario que l’on trouve désormais partout au Liban. Ce n’est plus l’appartenance confessionnelle (sunnite ou chiite, sachant que les alaouites sont une branche chiite), mais le profit qui décide maintenant de la vente et de l’utilisation des armes ; et pas seulement à Tripoli. Concernant cette ville libanaise située en bord de mer dans le nord du pays du cèdre, après la tombée de la nuit, munitions, obus de mortier, missiles Stinger, missiles sol-air Lutfallah-II libyens et équipements de défense antiaérienne Sam, chargés sur des bateaux, jettent l’ancre au large, loin du port tripolitain.

Là, les contrebandiers déchargent les armes sur leurs canots pneumatiques. Les armes proviennent de la ville libyenne de Benghazi et font escale dans le port égyptien d’Alexandrie, avant de poursuivre leur route maritime jusqu’au large de la ville libanaise de Tripoli. Depuis le début du conflit syrien, le prix des armes – sur le marché noir libanais – a quintuplé.

Une fois de plus, le peuple libanais, notamment la communauté chrétienne libanaise, devient la victime collatérale d’un conflit, dont les tenants et aboutissants viennent de l’étranger. Vu sous cet angle-là, la visite de Benoît XVI au Liban en septembre prochain est très audacieuse ; certains diront même qu’elle est téméraire…

Michel Garroté

Rédacteur en chef

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