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Publié par Guy Millière le 28 septembre 2012

Je n’ai pas regardé le discours d’Ahmadinejad aux Nations Unies.

Je connais tout son répertoire, et les insanités racistes et génocidaires d’un malade mental ne m’intéressent pas. Les délégations canadienne, israélienne et américaine aux Nations Unies ont quitté la salle pendant qu’il parlait, pas les délégations européennes : la lâcheté est la maladie commune aux dirigeants indignes d’un continent où les valeurs morales sont perdues depuis longtemps. Je n’ai pas regardé non plus le discours de divers autres pitres et dictateurs : à l’Assemblée générale de l’ONU, c’est comme dans l’univers prévu par Andy Warhol, version cauchemardesque. Chacun peut avoir cinq minutes en pleine lumière, mais la plupart de ceux qui se succèdent sont des crétins ou d’infects salauds.

J’ai regardé l’imposteur de la Maison Blanche. J’ai trouvé que Clint Eastwood avait eu raison de le remplacer à la Convention républicaine par une chaise vide : une chaise vide a davantage de sincérité qu’Obama et davantage de consistance, et elle a un avantage sur Obama : elle ne parle pas. Le problème avec Obama est qu’il parle.

Au premier degré, pour le lecteur superficiel, Obama a rendu hommage à l’ambassadeur des Etats-Unis tué à Benghazi, il a défendu les principes américains, la liberté de pensée et de parole, il a même dit, seule phrase présentable de tout son discours que l’accès de l’Iran à l’arme nucléaire n’était pas un problème qui pouvait être réglé par l’endiguement.

En écoutant et en regardant de plus près, Obama a menti sur la mort de l’ambassadeur, foulé aux pieds les principes américains, et s’est refusé à dire clairement qu’il posait des limites à l’action de l’Iran. De fait, il a stipulé à plusieurs reprises que les émeutes et l’attaque du consulat de Benghazi étaient le fruit de la colère du monde musulman contre une vidéo abominable. Il n’a pas dit une seule seconde qu’il s’agissait d’émeutes islamistes et, à Benghazi, d’une attaque terroriste préparée de longue date (ce qu’il sait depuis le premier jour). Il s’est à nouveau dit désolé que des vidéos aussi abominables que celle incriminée puissent être produites et diffusées. Il s’est même laissé aller à une proclamation digne d’un musulman pieux : « L’avenir n’appartient pas à ceux qui calomnient le prophète de l’islam ». Enfin, concernant l’Iran, il n’a pas dit, selon la formule consacré, que « toutes les options étaient sur la table », mais au contraire qu’il restait du temps pour négocier (ce qui a dû amuser Ahmadinejad), et s’est refusé à tracer a moindre « ligne rouge ». Obama a laissé une impression de faiblesse et de pusillanimité à tous les dictateurs et salauds présents, ce qui était sans doute le but recherché. Et il a rassuré les pitres et les crétins (Un titre dans Le Monde : « A l’ONU, Obama défend la liberté d’expression » : bien sûr), ce qui était l’autre but recherché. Obama a très peu parlé d’Israël, ce qui était sans doute le mieux qu’il pouvait faire : au moins n’a-t-il par dit à nouveau que les préoccupations du gouvernement israélien étaient un « bruit » par lequel il ne se laisserait pas perturber, comme il l’avait fait deux jours plus tôt. Obama s’est ensuite éclipsé, et lui qui, dans l’entretien où il avait parlé de « bruit » avait parlé des morts de Benghazi comme de « cahots sur la route » a poursuivi sa trajectoire sans rencontrer de nouveaux obstacles : non seulement il n’a pas rencontré Netanyahou, il n’a rencontré personne. Pourquoi rencontrer des chefs d’Etat quand on peut rencontrer Beyoncé, Jay Z ou Whoopi Goldberg ?

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Si j’ai regardé l’imposteur de la Maison Blanche par devoir, et presque comme une punition, j’ai regardé Binyamin Netanyahou avec attention et avec un profond respect.

Je considère Binyamin Netanyahou comme un homme d’Etat, au sens le plus noble que peut avoir ce terme, le seule en ce temps avec Stephen Harper, l’un de ceux que je placerais dans mon estime à hauteur de Winston Churchill, Margaret Thatcher, Ronald Reagan. Netanyhou semblait soucieux. On le serait à moins. Il a procédé à un exposé magistral passant de l’ancrage du peuple juif dans la terre d’Israël depuis trois mille ans aux innovations multiples nées en Israël, de l’explicitation des valeurs éthiques inhérentes au judaïsme à un énoncé limpide et lapidaire sur le danger que représente l’islam radical pour toute l’humanité, d’une explication de ce qui sépare une mentalité du vingt-et-unième siècle d’une mentalité fanatique et moyen-âgeuse à une démonstration logique, précise et imparable du caractère criminel et dément du régime de Téhéran. Il a, enfin, évoqué la « ligne rouge » que Barack Obama ne veut pas tracer. Et il a réfuté tous les arguments de l’administration Obama : une ligne rouge, a-t-il dit, ne signifie pas une déclaration de guerre, elle est le seul moyen d’éviter une guerre qui sans cela devient inéluctable. Se refuser à tracer une ligne rouge, c’est se rapprocher non pas de la paix, mais de la guerre. La dissuasion, a-t-il souligné, ne peut pas fonctionner avec des acteurs délirants qui préfèrent la mort à la vie et qui sont prêts à faire exploser le monde entier pour parvenir à l’apocalypse dont ils rêvent, car c’est le monde entier qui est concerné, et pas seulement Israël. Netanyahou a fixé sa propre ligne rouge, qu’il a tracée au marqueur, au printemps prochain. Il a dit qu’ensuite, ce serait trop tard.

Il savait, je pense, que les Européens n’écoutaient pas, que les représentants d’Obama n’écoutaient guère non plus, et qu’il était assez seul. Il n’en avait pas moins dit ce qui devait l’être. Il n’en avait pas moins placé le monde civilisé devant ses responsabilités.

Il n’a pas dit, lui non plus, que toutes les options étaient sur la table. Mais il n’avait pas besoin de le dire. C’était explicite. Attendra-t-il le 6 novembre ? Se donnera-t-il un délai supplémentaire ? Attend-il le résultat de l’élection pour voir si l’imposteur est remplacé par un Président des Etats-Unis ? Lui seul le sait. Des responsabilités immenses pèsent sur ses épaules.

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