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Publié par Guy Millière le 2 janvier 2013

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C’était, le 30 décembre dernier, le soixante dixième anniversaire de Vladimir Boukovsky. Cela n’a été signalé dans aucun média d’Europe. C’est logique. Vladimir Boukovsky a été un dissident en Union Soviétique. Il est toujours un dissident en Europe aujourd’hui.

Il n’a pas fait tomber le totalitarisme soviétique. Mais il est de ceux qui ont contribué à l’ébranler, qui ont montré sa monstruosité et son imposture, et qui, à partir de là, ont ouvert les yeux de ceux qui ont porté les derniers coups. Ronald Reagan, dont on ne dit pas assez qu’il voulait la chute de ce qu’il a appelé, dès la première année de sa présidence, l’ « empire du mal », et qu’il a élaboré, avec des hommes tels que Richard Pipes, une stratégie à cette fin, disait ce qu’il devait aux dissidents soviétiques, et s’il citait les refuzniks et Natan Sharansky, citait aussi Vladimir Boukovsky, avec admiration.

Il y a, de fait, quelque chose d’admirable dans le courage dont ont fait preuve des hommes tels que Sharansky, et Boukovsky.

Affronter à mains nues, presque seuls, un appareil brutal, son système concentrationnaire, ses asiles psychiatriques, garder les idées claires, une lucidité et une détermination intactes après des années d’un combat qui semblait destiné à rester vain, suppose un tempérament hors du commun.

Vladimir Boukovsky a été relâché par l’Union Soviétique en 1976, ou, pour être précis, il a été échangé contre le communiste chilien Luis Corvalan, en prison sous le régime d’Augusto Pinochet. L’Union Soviétique, le jour de l’échange, a compté sur son sol un apparatchik stérile de plus, le monde libre a gagné un homme libre supplémentaire et pas n’importe quel homme libre.

En 1983, Vladimir Boukovsky a fondé, au Royaume Uni, L’internationale de la résistance et a promis de ne pas cesser de rappeler aux Européens tentés par l’apaisement que celui-ci constituait une démission morale. Il a tenu parole.

En 1992, après la chute de l’Union Soviétique, il est retourné en une Russie qui n’était plus l’Union Soviétique et a travaillé, avec Boris Eltsine, à la préparation d’un procès contre l’organisation criminelle appelée Parti Communiste d’Union Soviétique. Le procès n’a pas eu lieu. Mais Vladimir Boukovsky a eu pendant quelques mois accès à toutes les archives du régime défunt, et en a tiré un livre précis et implacable, Jugement à Moscou*, paru en 1995. Il avait auparavant publié deux livres sur ses années de dissidence et sur son attachement à la liberté économique, politique et intellectuelle : Et le vent reprend ses tours, ma vie de dissident*, en 1978, et Cette lancinante douleur de la liberté*, en 1981. Au temps de L’internationale de la résistance, il a publié aussi, Les pacifistes contre la paix : nouvelle lettre aux Occidentaux*.

Il s’est ensuite tourné vers l’Europe, où il réside, et a publié, en 2005, l’un des livres les plus lucides sur l’Union Européenne : L’Union européenne, une nouvelle URSS ?. C’est un livre plus que jamais d’actualité alors que l’Union Européenne vient de recevoir un « prix Nobel de la paix ».

Vladimir Boukovsky est toujours un dissident en Europe aujourd’hui, disais-je.

Parce qu’il a mis au jour les rouages totalitaires de l’Union Européenne, montré en détail en quoi la Commission européenne avait des proximités dans son fonctionnement avec l’ancien Soviet Suprême qui siégeait à Moscou, et le Conseil européen des ressemblances avec l’ancien Politburo, il n’est jamais cité, jamais invité à la radio ou à la télévision.

Le totalitarisme tel qu’il fonctionne en Europe semble plus ouvert que le totalitarisme soviétique. Il est tout aussi écrasant.

Quand il s’effondrera, car il finira par s’effondrer, comme tous les dispositifs stériles et stérilisants, on relira des hommes tels que Vladimir Boukovsky. En attendant, on peut les lire dès à présent. Vladimir Boukovsky peut servir d’antidote aux doses de poison quotidien disséminées par le vide sidéral des grands médias d’un continent à l’agonie.

J’essaie de fournir moi aussi quelques doses d’antidote. Et je constate chaque jour à quel point c’est difficile.

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