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Publié par Michel Garroté le 5 janvier 2013

Pétain

Michel Garroté, réd en chef – Décidément, la gauche politico-médiatique parisienne est parmi ce qu’il y a de plus ringard et sectaire en ce bas-monde. Un acteur et entrepreneur français, pour des motifs qu’il a décidé avec son plein libre-arbitre, change de nationalité et de pays. Un choix tout-à-fait courant et banal de nos jours. Mais pour la gauche politico-médiatique parisienne, c’est l’occasion de se livrer à une véritable délation néo-pétainiste, à un lynchage, et, même, à une incitation à la vindicte populaire. Mi-Robespierre, mi-Pétain, les gauleiters de la caste des faux-culs donneurs de leçons passe ses journées à s’acharner sur Gérard Depardieu, soudain devenu fauteur de tous les malheurs de la terre. Les bouseux endimanchés de la République socialiste française auraient préféré voir Depardieu dans le rôle suicidaire de l’agneau qui mange avec le loup, du cochon apprenti-charcutier.

Terreur

A ce propos, sur lexpress.fr, Philippe Manière écrit cette chronique (extraits adaptés ; cf. lien vers source en bas de page) : Il est normal que l’exil fiscal de Gérard Depardieu ait fait causer, et même qu’il ait choqué : sa décision était fondée sur son seul intérêt personnel. L’égoïsme est moralement critiquable, mais suffit-il à ôter toute légitimité aux démarches de ceux qui en font montre ? Peut-on, sur ce seul constat, leur reprocher un « comportement minable », les accuser de « déserter », voire les qualifier de « traîtres » – pour ne retenir que les commentaires les moins grossiers ?

Philippe Manière : Dans un pays libre, l’égoïsme est un droit – d’ailleurs, cela seul, quand on y pense, fait que la générosité est méritoire. Dans un pays libre, partir aussi est un droit. Le propre des dictatures est d’interdire tout départ et, pour ceux qui s’en vont malgré tout, de les déchoir de leur nationalité (comme l’a proposé pour Depardieu le député PS Yann Galut) puis de confisquer leurs biens (ce que son collègue Jérôme Lambert n’a pas manqué d’ajouter). Sans s’en aviser, les détracteurs de Depardieu semblent s’être ingéniés, par leurs outrances – dont certaines glacent les sangs – à lui fournir de vraies raisons de quitter le pays.

Philippe Manière : On me dira que j’exagère, que quelques ministricules mal embouchés ou députés incultes ne donnent pas le « la » et que le gouvernement n’a jamais brandi de telles menaces. Mais l’exécutif a-t-il officiellement pris ses distances vis-à-vis de ces billevesées, ne serait-ce qu’au nom de l’image de la France ? Pas que l’on sache. On m’objectera aussi que Depardieu ne fuit pas parce que sa liberté de conscience ou sa sécurité sont en danger. J’en conviens, Obélix est loin d’être un refuznik.

Philippe Manière : Pourtant, lorsque l’acteur se dit maltraité, on ne peut lui donner tort. Dès 2012, avant même la fameuse tranche à 7 %, on pouvait, en cumulant tous les impôts, être redevable au percepteur de plus de 85% de son revenu, voire être dans la nécessité de céder une partie de son patrimoine pour payer la facture. Si cela n’est pas confiscatoire, alors les mots n’ont plus de sens. Or le droit de propriété est l’une des libertés publiques dont jouit chaque citoyen français. Même la Constitution de l’an II (24 juin 1793), pourtant quasi bolchevique, la décrivait comme un droit sacré et inaliénable.

Philippe Manière : Hélas, les libertés publiques n’intéressent pas nos belles âmes. Ce qui les préoccupe, c’est la « justice sociale » – aspiration à laquelle on ne peut que souscrire, mais si protéiforme qu’on peut tout lui faire dire. C’est ainsi en son nom qu’on ordonne aujourd’hui à Depardieu et à tous les « riches » de se laisser tondre au motif qu’ils auraient bien assez pour vivre. « 120 millions de dollars [fortune estimée de Depardieu], cela laisse un peu de marge, non ? », grincent ainsi deux intellectuels dans Libération. Comme si les libertés publiques, universelles, pouvaient être découpées par population cible, réservées à certains citoyens, au motif qu’ils sont démunis, et déniées à d’autres, parce qu’ils ne le sont pas.

Philippe Manière : Dans le fond, c’est l’ignorance parfaite où sont beaucoup de nos intellectuels et responsables politiques de ce qu’est vraiment l’Etat de droit, c’est leur désintérêt complet pour les principes fondateurs de la République et même, plus trivialement, pour la logique élémentaire, qu’a révélés l’affaire Depardieu. Nolens volens, l’acteur a permis que s’exprime à découvert une certaine pensée française s’autorisant de sa prétendue vertu pour n’être ni tolérante ni même rigoureuse. De quoi Depardieu est-il le nom ? De la confusion intellectuelle et politique extraordinaire qui ravage aujourd’hui notre pays et ses représentations collectives, conclut Philippe Manière. (Fin des extraits adaptés de la chronique de Philippe Manière parue sur lexpress.fr ; cf. ci-dessous lien vers source et biographie de l’auteur).

Reproduction autorisée

Avec mention www.dreuz.info

Et source :

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/affaire-depardieu-dans-un-pays-libre-l-egoisme-est-un-droit-partir-aussi_1205559.html

Chroniqueur, Philippe Manière a été journaliste au Quotidien de Paris, au Nouvel Economiste et au Point. Il a été rédacteur en chef de L’Expansion. Il a été à la tête de l’Institut Montaigne avant de créer Footprint > consultants, qu’il dirige aujourd’hui.

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