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Publié par Abbé Alain Arbez le 15 janvier 2013

Arbez
Alain René Arbez : Naomi, tu as 17 ans et tu vis en Suisse depuis quelques années, avec ta Maman et ton beau-père. Avant, tu vivais au Nigéria, dans un milieu animiste et musulman. Quels sont tes souvenirs d’enfance ?

Naomi : Je garde en moi quelques souvenirs marquants de mon enfance. Je sais que Maman a eu de graves problèmes à résoudre, et j’ai des souvenirs de ma grand-mère qui me gardait dans sa maison très pauvre et délabrée. Je me souviens très bien des muezzins qui criaient continuellement le Coran depuis les minarets du quartier pauvre où nous vivions, à Lagos.

ARA : Ta Maman t’a raconté, quand tu as été plus grande, combien il a été difficile pour elle de défendre sa survie et la tienne dans un environnement hostile. Qu’en penses-tu ?

C’est à ce moment qu’elle a tourné le dos à Allah

N : Oui, Maman m’a expliqué que des Musulmans du quartier avaient décidé de la tuer, parce qu’elle avait été violée par des cousins, et ils allaient me tuer en même temps, moi qui n’étais pas encore née. Elle a dû s’enfuir juste à temps et elle a beaucoup souffert dans cette période angoissante. Mais c’est à ce moment qu’elle a rencontré le Dieu de la Bible auprès de chrétiens qui l’ont aidée à se cacher et qu’elle a tourné le dos à Allah. Aujourd’hui, je n’arrive pas à comprendre qu’on veuille s’attaquer à une femme et à un bébé innocent au nom d’une religion qui se prétend pacifique.

ARA : Naomi, tu es arrivée en Suisse il y a quelques années. Tu t’es sentie en sécurité, bien entourée par ta Maman et accueillie par son mari, qui t’a tout de suite prise en charge comme un père. Comment as-tu vécu cette étape ?

N : Tout au début, je ne parlais pas un mot de français, j’étais anglophone. J’ai été scolarisée en primaire, et là j’ai fait des progrès rapidement. Mais j’ai aussi souffert de réflexions désagréables de certains sur la couleur de ma peau. Ca a été mieux ensuite au cycle.

ARA : Parle-nous du grand tournant de ton existence : ton baptême.

Peu à peu j’ai apprécié la prière, les chants, le fait que les gens si différents se parlent gentiment

N : Le point de départ, c’est que j’accompagnais Maman et mon beau-père à la messe à St Pierre, à Thônex. Peu à peu, de mois en mois, j’ai apprécié la prière, les chants, le fait que les gens si différents se parlent gentiment après l’office. Quand Maman, qui avait été musulmane, a reçu le baptême deux ans après, cela m’a fait réfléchir, et j’y ai pensé pour moi aussi. Ma décision a été personnelle, mais je partageais beaucoup de convictions avec ma mère et mon beau-père.

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Ce qui m’a aussi convaincue de faire le pas, c’est la réunion hebdomadaire de catéchisme où je suis venue participer avec mes copines de classe. On s’entendait bien et j’aimais bien les discussions sur la vie d’aujourd’hui et sur la foi des chrétiens. Je me suis aperçue que bien qu’imprégnée d’islam, j’avais déjà bien avancé dans la connaissance de la Bible et de l’histoire d’Israël.

J’ai poursuivi ma préparation au baptême, avec un membre laïc du catéchuménat, et la célébration a eu lieu à Pentecôte, en présence de toute la communauté. De Assia, je suis devenue Naomi.

ARA : Ce nouveau départ en lien avec Jésus Christ et la Bible t’a apporté beaucoup de joie. Comment as-tu senti le changement dans ta vie ?

L’envie d’approfondir la Parole de Dieu, de me retrouver avec d’autres chrétiens

N : Mon baptême et ma première communion ont renforcé ce que j’avais découvert en me préparant : l’envie d’approfondir la Parole de Dieu, de me retrouver avec d’autres chrétiens, de participer à la messe et de chercher à vivre ma foi dans la vie de chaque jour. A l’église, tout le monde se parle et se respecte, entre personnes d’horizons très divers.

ARA : Naomi, tu es une jeune fille de ton temps, comment ressens-tu les jeunes que tu côtoies, et qu’est-ce que tu espères pour le monde où nous vivons ?

Ma foi m’aide à affirmer ma personnalité

N : Je sens que ma foi m’aide à affirmer ma personnalité, sans me laisser influencer par les autres. J’aimerais bien que les jeunes et les plus âgés communiquent mieux entre eux, sans préjugés. Ce que je souhaite pour le monde actuel, c’est la paix. Il faut que les personnes se respectent et s’entraident, quelles que soient leurs origines ou leurs opinions, que les peuples se donnent la main. Quant à mon pays d’origine, j’ai tiré un trait sur le passé, trop pénible.

Je voudrais tellement qu’il y ait beaucoup plus de justice dans le monde où l’on constate tant de souffrances, et que l’on défende notre environnement. Je prie pour cela.

Propos recueillis par Alain René Arbez

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour www.Dreuz.info

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