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Publié par Guy Millière le 8 février 2013

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Quelques ennuis de santé m’ont empêché de voir plus tôt le film de Kathryn Bigelow Zero Dark Thirty. C’est fait. Et je peux dès lors en parler.

C’est un film dépouillé, fort, souvent intense, droit, comme un constat. Il s’agit, on le sait de la traque de Ben Laden jusqu’à l’exécution de celui-ci.

Kathryn Bigelow, qui avait réalisé avec rigueur l’excellent Démineurs sur la guerre d’Irak, fait mieux encore cette fois-ci.

Elle nous rappelle d’emblée la réalité : trois mille morts le onze septembre aux Etats-Unis, dix fois plus de personnes en souffrance, traumatisées, mutilées à vie. Elle nous montre des gens cherchant les coupables pour les punir et les responsables de futurs attentats pour les mettre hors d’état de nuire. Elle montre aussi à quel point c’est difficile et parsemé de dangers mortels à chaque seconde. Elle souligne que quiconque entend lutter contre le terrorisme islamique s’engage dans une lutte longue, âpre, mais qui en vaut la peine en termes de vie sauvées.

Cela commence au cours de l’administration Bush, qui a toujours su qu’il y avait une guerre contre le terrorisme islamique, et cela se poursuit sous Obama qui a beaucoup freiné les opérations : le film ne le dit pas explicitement, mais le montre.

Des scènes de « torture » sont présentes dans le film. Elles ont suscité des réserves de l’administration Obama et de la CIA, et ont coupé au film la route des Oscars : ces scènes sont nécessaires. Elles sont des constats : cela s’est fait et cela s’est fait ainsi, dit le film.

En ne condamnant pas la « torture », le film assume celle-ci, et rappelle que le recours à certains procédés fut nécessaire pour obtenir des informations capitales.

Je place le mot « torture » entre guillemets, car c’est un mot qui me semble très excessif : il n’y a, de fait, aucune scène de torture véritable dans Zero Dark Thirty. Juste de scènes où des gens sont contraints de boire beaucoup trop d’eau ou beaucoup trop de soupe, sont maintenus éveillés trop longtemps, placés dans une chambre vraiment trop petite, ou munis d’un collier de chien domestique. La torture véritable, c’est autre chose : des aiguilles rougies enfoncées sous les ongles, des perforations de dents sans anesthésie par exemple. En voyant ces scènes, qui correspondent aux pratiques effectives des interrogateurs de la CIA, j’ai pensé au scandale qui a grondé dans les médias du monde entier concernant les « prisons secrètes » de la CIA, les ignominies commises à Abou Ghraïb, les menaces proférées par l’administration Obama contre les interrogateurs de la CIA, qu’elle a failli faire passer en jugement.

J’ai une aversion profonde pour les bien pensants de gauche qui ont les mains si propres qu’ils seraient prêts à laisser des centaines de gens mourir dans une explosion plutôt que de risquer de parler impoliment à celui qui a placé la bombe, et qui ne veut pas parler. Et je me suis toujours interrogé sur la perversion morale inhérente au fait de préférer ne pas blesser un criminel plutôt que sauver la vie d’innocents.

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A la fin du film, l’élimination de Ben Laden est montrée de façon très réaliste, et bien qu’on sache ce qui va se passer, le suspense est là : Kathryn Bigelow est une grande cinéaste. Les membres de l’unité spéciale qui a éliminé Ben Laden sont des héros authentiques, des gens qui devraient figurer dans les livres d’histoire.

En quittant la salle, j’avais, je dois le dire, des sentiments mêlés. Les interrogateurs de la CIA, la femme qui mène l’enquête jusqu’au bout et qui, par une extraordinaire opiniâtreté, finit pas obtenir un feu vert pour que l’action soit menée, les soldats impliqués, font partie de l’Amérique que j’aime : un pays de droiture et de courage, où on sait ce qui sépare le bien du mal et que les criminels doivent être punis. Comme le dit l’hymne national, « the land of the free and the home of the brave », le pays des hommes libres et la patrie des braves. Le pays de George Washington et Thomas Jefferson, Abraham Lincoln, Ronald Reagan, George Walker Bush. Et le film de Kathryn Bigelow vient de cette Amérique là.

Malheureusement, cette Amérique là se trouve abimée, détraquée, par les tenants d’une autre Amérique. Celle qui triomphe aujourd’hui à Washington.

Cette autre Amérique a failli gagner, déjà, en 2000, car il s’en est fallu de très peu : Al Gore aurait pu être élu. Si Al Gore avait été élu, je n’ose imaginer ce qui se serait passé après le onze septembre. Ben Laden serait toujours là, sans doute. Il n’y aurait pas de films tels que Zero Dark Thirty, car il n’y aurait pas matière pour faire des films tels que Zero Dark Thirty.

Après avoir freiné les opérations, menacé les interrogateurs de la CIA, Barack Obama s’est attribué toute la gloire de l’élimination de Ben Laden. Je pourrais dire que c’est honteux, mais s’il n’y avait rien d’autre de honteux chez Barack Obama, ce serait fort peu.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour www.Dreuz.info

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